La ministre de la Santé Stéphanie Rist le 27 mai 2026, à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )
Elle a beau être la "grande cause" nationale depuis plus d'un an, la santé mentale souffre toujours, de l'avis général, d'un manque d'avancées concrètes. Le gouvernement promet désormais de relancer le dossier.
"Le sujet a gagné en visibilité, en légitimité, (mais) ça ne suffit pas", a déclaré mardi, au ministère de la Santé, l'ex-Premier ministre Michel Barnier qui avait décrété la santé mentale "grande cause nationale" pour 2025.
L'ancien Premier ministre, qui a appelé à "un nouveau cycle", était invité par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, à l'occasion d'un bilan de cette grande cause prolongée en 2026 par l'actuel chef du gouvernement, Sébastien Lecornu.
Ces dernières années, la santé mentale a pris une part prépondérante dans les discours publics, notamment face aux préoccupations pour l'état mental des jeunes dans la période post-Covid, et, plus largement, dans un contexte depuis longtemps difficile pour la psychiatrie, frappée par un manque de moyens et de bras.
Illustration de la situation préoccupante chez les jeunes, deux lycéens sur dix disent avoir des pensées suicidaires, selon une enquête réalisée en 2024 et présentée mardi par l'agence Santé publique France.
Mais, selon nombre d'acteurs, la "grande cause" n'a donné que des résultats limités. Fin mai, dans le Monde, un collectif d'élus - dont M. Barnier et des anciens ministres de la Santé - et de soignants regrettait un "manque de visibilité sur la mise en œuvre d’actions concrètes".
Le ministère de la Santé a toutefois présenté mardi deux nouvelles mesures. La première, dite "coupe-file", doit permettre à un élève d'être orienté en moins de 48 heures vers un suivi adéquat quand il apparaît en grande détresse psychique.
Ce dispositif n'est pas, en soi, une nouveauté mais il ne pouvait jusque-là être utilisé que par les médecins scolaires, absents de nombreux établissements. Dans sa nouvelle version, qui doit entrer en vigueur à la rentrée 2026, le "coupe-file" pourrait, par exemple, être mobilisé par les infirmiers.
"C'est une avancée, c'est ce qu'on attendait depuis très, très longtemps", a salué Gwenaëlle Durand, secrétaire générale du syndicat d'infirmiers scolaires Snies-Unsa.
Mais l'annonce suscite déjà le scepticisme, faute d'éléments concrets sur la manière d'assurer que les élèves trouveront le soutien adéquat en temps voulu. Ce sera aux professionnels de santé de "s'organiser entre eux" de manière à "libérer des créneaux" pour ces "urgences", selon Mme Rist.
"Ces annonces sont hyper-bienvenues dans l'absolu mais se heurtent dans la pratique à l'état de déliquescence de la médecine pour enfants et adolescents", a jugé Grégoire Ensel, porte-parole de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), auprès de l'AFP.
"On a perdu un tiers de pédopsychiatres et la moitié des médecins scolaires en dix ans, et l'hémorragie se poursuit", se désole pour sa part Christophe Clec'h, secrétaire général du syndicat de médecins scolaires SNMSU-Unsa.
- Grève à Sainte-Anne -
La ministre a aussi annoncé vouloir mettre fin aux pratiques de contention - qui consistent à entraver physiquement certains patients - dans les établissements psychiatriques d'ici 2030. Son abolition suivrait une revendication de longue date des associations de patients et de défenseurs des droits humains.
Le flou demeure sur la marche à suivre, et certains médecins émettent des doutes sur le réalisme de cette mesure, faute d'ambition plus large sur une refonte de la psychiatrie française.
Parallèlement à ces annonces, le gouvernement met en avant certaines réalisations, comme la hausse du nombre de places d'internes en psychiatrie, l'essor des "premiers secours" en santé mentale, visant à donner à tout un chacun les techniques pour répondre immédiatement à une situation d'urgence psychique, et la poursuite de "Mon Soutien Psy", un système qui permet de rembourser certaines consultations chez le psychologue.
Reste que ces sujets ne font pas tous l'unanimité. De nombreux psychologues refusent d'intégrer "Mon Soutien Psy", jugeant insuffisants les tarifs remboursés et le nombre de séances, et plusieurs spécialistes ont mis en cause le sérieux de certaines formations aux premiers secours, soulignant qu'elles étaient souvent données par des praticiens de pseudothérapies sans base scientifique.
L'actualité vient illustrer, au-delà des discours, les difficultés persistantes du secteur. Un mouvement de grève dure depuis une semaine aux urgences psychiatriques de l'hôpital parisien Sainte-Anne, emblème du monde de la psychiatrie, le personnel dénonçant une surcharge démesurée de patients.

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