par Francois Murphy
La maison natale d'Adolf Hitler en Autriche a été officiellement convertie en commissariat de police mercredi, une transformation dont le gouvernement autrichien espère qu'elle dissuadera les nostalgiques du nazisme de s'y rendre en pèlerinage.
Cette grande bâtisse traditionnelle mitoyenne dans la petite ville de Braunau-am-Inn, à la frontière de l'Allemagne, a longtemps appartenu à des particuliers et a abrité un centre pour personnes handicapées. Après des années de débats, l'Etat autrichien l'a finalement acquise par expropriation en 2017 et a annoncé en 2019 qu'elle serait réaménagée et transformée en commissariat de police.
Même avant cette transformation, le seul signe de son importance historique était une pierre dans le trottoir provenant du camp de concentration de Mauthausen, portant l'inscription "Plus jamais de fascisme", sans mentionner le nom d'Adolf Hitler. Seule l'inscription "Police" a été ajoutée à la façade blanche.
"L'objectif était d'éviter toute association avec Adolf Hitler, afin de la dépouiller de ce mythe", a déclaré aux journalistes Stephan Mlczoch, responsable du département Histoire au ministère autrichien de l'Intérieur, lors d'une présentation du bâtiment aux médias.
Ce "mythe" a été construit par les nazis eux-mêmes qui avaient fait de la "maison natale du Führer" un musée d'art. Adolf Hitler n'y a pourtant vécu que quelques semaines en 1889 avant que sa famille ne déménage, a rappelé Stephan Mlczoch.
Des passants s'arrêtent régulièrement pour la prendre en photo, sans pour autant afficher leur opinion sur Adolf Hitler. Seuls quelques "incidents isolés" se produisent encore parfois, disent les autorités locales, mais bien moins qu'auparavant, alors que le salut et les symboles nazis sont interdits en Autriche.
Interrogé sur la réaction de ses administrés face à ce projet de transformation en commissariat, le maire Johannes Waidbacher a déclaré à Reuters: "Je pense que, dans l'ensemble, les habitants de Braunau l'ont accepté et peuvent s'en accommoder."
CRITIQUES
Johannes Waidbacher a fait partie d'une commission qui a recommandé de consacrer le bâtiment à des fins caritatives ou administratives. Y installer une association caritative l'aurait toutefois rendu trop accessible au public, a-t-il expliqué.
"Je pense que ce n'est pas une mauvaise approche mais quant à savoir si cela fonctionnera comme nous l'espérons et l'attendons tous, il faudra attendre pour voir", a-t-il ajouté.
Ce projet a toutefois suscité des critiques, notamment de la part du comité Mauthausen, principale organisation de survivants de l'Holocauste en Autriche, qui avance deux arguments: il est inapproprié d'y installer un commissariat de police et la ville doit en faire davantage pour entretenir la mémoire des crimes commis par Adolf Hitler.
"Chaque année, au mémorial du camp de concentration de Mauthausen, il y a une cérémonie pour dire: plus jamais. Et à Braunau, ils disent: oublions aussi vite que possible", déplore Robert Eiter, membre du comité Mauthausen et du Réseau contre le racisme et l'extrême droite.
Pendant des décennies, l'Autriche s'est présentée comme la première victime du nazisme en raison de son annexion par l'Allemagne en 1938. Le pays admet désormais une implication autrichienne dans les crimes nazis mais le sujet est rarement abordé dans le débat public.
"Le monde n'oubliera pas où est né le pire meurtrier de masse de l'Histoire. Wikipedia ne modifiera pas ses articles", a déclaré Robert Eiter, affirmant que le nombre de néonazis effectuant "le pèlerinage à Braunau" ne diminuerait pas.
Certains habitants doutent aussi de la pertinence de la transformation du bâtiment en commissariat.
"J'aurais préféré qu'ils fassent autre chose, mais c'est comme ça", dit Irène, 74 ans, ajoutant qu'elle aurait souhaité que le centre pour handicapés reste sur place.
La plupart sont cependant favorables à ce projet.
"C'est super et c'est une bonne idée", dit Thomas Spreitz, un agent immobilier. "De temps en temps, il y a des groupes (néonazis) mais maintenant c'est du passé."
(version française Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet)

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