Hausse des prix des carburants en Allemagne
par Kate Abnett et Alexander Chituc
Les ministres de l'Énergie des pays membres de l'Union européenne (UE) ont débattu lundi des moyens d'atténuer l'impact de la hausse des prix de l'énergie provoquée par la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, alors que le conflit entre dans sa troisième semaine.
La forte dépendance des Vingt-Sept vis-à-vis du pétrole et du gaz importés rend le bloc européen très vulnérable aux fluctuations mondiales des prix de l'énergie, et certains responsables et analystes doutent que l'UE puisse trouver des solutions rapides.
Selon des responsables européens, la Commission européenne élabore actuellement des mesures d'urgence qui comprennent l'examen des aides d'État aux industries, la réduction des taxes nationales et le recours à une prochaine révision du marché européen du carbone pour faire baisser les prix du carbone en augmentant l'offre de quotas d'émission.
L'APPROVISIONNEMENT EST ASSURÉ, ASSURE LA COMMISSION
"Nous sommes en pleine crise des prix", a déclaré le commissaire européen à l'énergie, Dan Jorgensen, aux journalistes avant la réunion des ministres de l'Énergie.
Il a toutefois affirmé que l'approvisionnement en pétrole et en gaz de l'UE était assuré, la majeure partie provenant des États-Unis, de la Norvège et d'autres fournisseurs qui ne sont pas directement touchés par les réductions de production au Moyen-Orient.
Dan Jorgensen a fait savoir que Bruxelles préparait des mesures "ciblées et à court terme" qui devraient éviter une refonte de la conception du marché européen de l'électricité, bien que certains gouvernements aient suggéré d'étudier cette possibilité.
L'Allemagne, la Roumanie et la Suède ont exclu de revenir sur la suppression progressive du gaz russe en Europe comme moyen de réduire les coûts. La Hongrie a demandé la semaine dernière à Bruxelles de lever les sanctions sur l'énergie russe.
"Un approvisionnement en gaz russe signifierait un retour à une situation d'insécurité totale et un soutien à un belliciste. C'est hors de question", a insisté la ministre allemande de l'Énergie, Katherina Reiche.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a quant à elle dit que Bruxelles envisageait également de plafonner les prix du gaz. Cette mesure, introduite après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, n'a jamais été mis en œuvre.
Certains pays ont exprimé leur inquiétude au sujet du risque que cela limiterait la capacité de l'Europe à s'approvisionner en combustible sur les marchés mondiaux si les prix venaient à flamber en cas de crise.
Ursula von der Leyen doit envoyer cette semaine aux dirigeants de l'UE une liste restreinte d'options d'urgence, en amont d'un sommet européen prévu jeudi.
Le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen a estimé que l'UE devait contribuer à garantir la liberté de navigation pour le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz pour assurer un approvisionnement mondial de pétrole régulier et à limiter la hausse des prix.
Environ un cinquième du pétrole et du gaz mondial transite par le détroit d'Ormuz, fermé de fait par l'Iran en guise de riposte aux attaques américaines et israéliennes. Le président américain Donald Trump a appelé dimanche ses alliés à former une coalition militaire pour sécuriser le détroit.
LES GOUVERNEMENTS SOUS PRESSION
Les prix de référence du gaz en Europe ont augmenté de plus de 50% depuis le début de la guerre en Iran le mois dernier.
Certains gouvernements, dont l'Italie, souhaitent une intervention radicale de l'UE – telle que la suspension du système communautaire d'échange de quotas d'émission de carbone – afin de limiter l'influence des centrales à gaz émettrices de CO2 sur les prix de l'électricité.
La Pologne, qui critique depuis longtemps le système d'échange de quotas d'émission, a adopté lundi un ton plus prudent.
"Le marché et les investisseurs ont besoin de stabilité, nous ne pouvons donc pas, du jour au lendemain, suspendre les règles", a déclaré le ministre polonais de l'Énergie, Wojciech Wrochna.
Certains gouvernements s'attendent à ce que Bruxelles axe ses propositions sur des baisses d'impôts nationales ou des subventions nationales, "afin de renvoyer la balle aux États membres pour les mesures majeures", a déclaré un diplomate européen.
Cela risque en revanche d'aggraver les inégalités entre les États membres riches et les plus pauvres de l'UE.
Sur les plus de 500 milliards d'euros dépensés par les gouvernements européens en mesures de soutien pendant la crise énergétique de 2022, 158 milliards d'euros provenaient de l'Allemagne, première économie européenne, selon le groupe de réflexion Bruegel.
Joanna Pandera, directrice du groupe de réflexion polonais Forum Energii, a déclaré que les différents mix énergétiques et les différentes taxes des pays se traduisait par des variations des prix au sein de l'UE à 27.
"Il existe des raisons structurelles qui expliquent pourquoi les prix de l'énergie sont élevés en Europe", a-t-elle déclaré.
Le secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Simon Stiell, qui était présent à la réunion des ministres européens de l'Energie, a déclaré à Reuters que les perturbations sur les marchés énergétiques provoquées par la guerre en Iran constituent une leçon sur les risques liés à la dépendance aux combustibles fossiles.
"S'il y a jamais un moment pour accélérer cette transition énergétique et rompre les dépendances qui entravent les économies, c'est bien maintenant."
(Rédigé par Kate Abnett et Alexander Chituc ; avec Charlotte Van Campenhout, Sudip Kar-Gupta, Susanna Twidale et Miranda Murray ; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)

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