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L'ex-président prorusse favori des élections dans une Bulgarie en proie à la lassitude démocratique
information fournie par Reuters 16/04/2026 à 13:35

par Edward McAllister, Alex Lefkowitz et Stoyan Nenov

Les Bulgares sont une nouvelle fois appelés aux urnes dimanche pour les huitièmes élections législatives en cinq ans dans un pays où se succèdent de fragiles coalitions incapables de lutter contre un désenchantement démocratique alimenté par une corruption latente.

Dans cette crise politique perpétuelle a émergé un favori, l'ancien président Roumen Radev, un ancien pilote de chasse à l'allure austère, favorable à un rapprochement avec la Russie et contempteur de l'euro, que la Bulgarie a adopté en janvier.

Elu chef de l'Etat en 2016, Roumen Radev a démissionné en janvier de ce poste essentiellement honorifique afin de pouvoir se présenter aux élections législatives à la tête de son parti Bulgarie progressiste (BP), donné favori avec environ 30% des intentions de vote.

Soutenu essentiellement par la Bulgarie rurale et âgée, aux yeux de laquelle il incarne une promesse d'intégrité et de stabilité, Roumen Radev promet de briser ce qu'il qualifie d'"oligarchie" d'hommes politiques professionnels et corrompus.

Comme beaucoup d'électeurs interrogés par Reuters, Nikolaï Vassiliev veut croire à cet engagement.

"Je vois en lui un dirigeant qui peut mettre en oeuvre ce changement drastique et apporter la sécurité aux gens", dit cet agriculteur d'une vallée verdoyante de la province d'Haskovo, qui affirme être empêché depuis des années d'agrandir son élevage bovin par des responsables locaux corrompus.

"Le moment est venu pour nous de régler en profondeur les problèmes de ce pays", ajoute-t-il.

Pays d'environ 6,5 millions d'habitants sur les rives de la mer Noire, la Bulgarie est classée au 84e rang à l'indice de perception de la corruption de Transparency International, soit le niveau le plus bas pour un membre de l'Union européenne à égalité avec la Hongrie. Pour les experts, la corruption est effectivement largement répandue en Bulgarie, de l'attribution des marchés publics à l'achat de voix lors des élections.

COALITION PROBABLEMENT NÉCESSAIRE

La dénonciation de la corruption a été l'un des moteurs de la vaste contestation ayant emporté en décembre le gouvernement sortant, qui avait en outre suscité un large mécontentement avec un projet de budget prévoyant des hausses d'impôts.

Le départ du gouvernement n'a pas suffi à assouvir la soif de changement d'une grande partie des Bulgares et Roumen Radev est alors apparu pour beaucoup comme une voie de recours tandis que le pays adoptait l'euro, accusé de contribuer au renchérissement du coût de la vie.

"Les faiseurs de coalition ont introduit l'euro en Bulgarie sans vous demander votre avis. Et maintenant, quand vous payez vos factures, souvenez-vous toujours quels responsables politiques vous ont promis que vous seriez dans le 'club des riches'", a dit Roumen Radev mercredi, promettant aussi de s'en prendre aux "seigneurs féodaux (...) qui étouffent des régions entières de la Bulgarie".

Alors que la plupart des dirigeants de l'Union européenne se sont ouvertement réjouis après la cuisante défaite de Viktor Orban dimanche en Hongrie, ils pourraient devoir rapidement batailler contre un nouveau partisan d'un rapprochement avec la Russie malgré la guerre en Ukraine.

"Nous sommes le seul pays membre de l'Union européenne à la fois slave et orthodoxe oriental", a dit Roumen Radev dans une interview avec le journaliste bulgare Martin Karbovski.

"Nous pouvons être un lien très important dans ce mécanisme global (...) de restauration des relations avec la Russie", a ajouté l'ancien président, qui s'est opposé à l'accord de sécurité conclu le mois dernier entre la Bulgarie et l'Ukraine.

Même en cas de victoire dimanche, sa marge de manoeuvre pourrait toutefois être limitée par la nécessité de rechercher des partenaires de coalition.

Roumen Radev a exclu toute alliance avec le GERB de l'ancien Premier ministre Boïko Borissov, que son parti devance d'une dizaine de points de pourcentage dans les intentions de vote, et avec le Mouvement des droits et des libertés, formation frappée de sanctions par les Etats-Unis et le Royaume-Uni pour corruption.

AIDE DE L'UE CONTRE LA DÉSINFORMATION EN LIGNE

Un allié potentiel pourrait être la coalition pro-européenne Nous continuons le changement - Bulgarie démocratique (PP-DB), qui est créditée d'environ 12% des intentions de vote et convient qu'un changement est nécessaire en Bulgarie.

Afin de lutter contre la lassitude démocratique des électeurs alors que le taux de participation pourrait être inférieur à 50%, le gouvernement d'affaires courantes s'est dit déterminé à batailler contre les achats de voix et a sollicité l'aide de l'UE pour contrer la désinformation en ligne, notamment celle qui émane selon lui de Russie.

Roumen Radev a dénoncé cette initiative qu'il perçoit comme une tentative de peser sur le choix des Bulgares. "Personne ne peut venir de l'extérieur et nous dire pour qui et quoi voter. Cela est décidé ici, par nous les Bulgares", a-t-il dit, tandis que la Russie dément toute tentative d'ingérence.

La Bulgarie s'est rapidement développée depuis la chute du communisme en 1989 et son adhésion à l'UE en 2007. L'espérance de vie y a fortement augmenté, le taux de chômage y est le plus faible de l'UE et son économie est censée disposer désormais de la stabilité promise par l'euro.

Dans le centre de Sofia, les terrasses des bars longeant les rues pavées et les parcs soigneusement entretenus sont bondés en ces soirs de printemps. En hiver, les stations de ski du pays attirent des touristes venus de toute l'Europe.

Dans les villages de province en revanche, comme dans celle d'Haskovo, les habitants souffrent d'années de sous-investissements et du départ des jeunes. Le revêtement des routes est régulièrement défoncé et les toits des fermes mériteraient souvent d'être rénovés.

Pour l'agriculteur Nikolaï Vassiliev, peu importe que Roumen Radev soit ou non prorusse. Il attend avant tout des qualités morales.

"Le premier mot qui me vient à l'esprit quand je pense à un dirigeant, c'est 'digne'", dit-il. "Pour être un dirigeant digne, il faut être une personne digne."

(Rédigé par Edward McAllister, version française Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet)

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