Un gardien devant une grille d'accès à la prison de Besançon, le 13 septembre 2023 ( AFP / ARNAUD FINISTRE )
"Il s'est mis à la drogue dure pour supporter des conditions d'incarcération déplorables": la famille d'un détenu considéré comme "vulnérable", mort en prison après avoir consommé héroïne et médicaments, attaque l'Etat devant la justice pour dénoncer les manquements de l'administration pénitentiaire.
Ce dossier "concentre toutes les problématiques des maisons d'arrêts françaises", soulignent les avocats de la famille, Florent Diaz et Jules Briquet. A savoir "surpopulation carcérale, insalubrité, vulnérabilité psychique des détenus, trafic de drogue et de médicaments", selon eux.
Père de quatre enfants, John Gheidene est décédé à 34 ans, le 29 décembre 2023, à l'issue d'une longue descente aux enfers, dans la cellule de 9 m2 qu'il partageait avec deux codétenus à Besançon. L'un d'eux est mort le même jour que lui, pour les mêmes raisons, à savoir la consommation d'un mélange d'héroïne et de médicaments.
Or John Gheidene est devenu toxicomane en détention, selon Me Briquet, qui décrit un "enfer carcéral régulé par le paradis artificiel".
Le détenu qui avait fourni la drogue aux deux défunts a été condamné en février 2025 à quatre ans de prison pour homicide involontaire, et sa compagne à six mois pour avoir introduit les stupéfiants lors d'un parloir. En revanche, "aucun personnel pénitentiaire n'a été mis en cause dans la procédure judiciaire", souligne l'administration pénitentiaire.
Pour Me Diaz cependant, la maison d'arrêt est responsable de "manquements en cascade", sans lesquels le trentenaire "ne serait pas mort cette nuit-là".
Les deux avocats ont donc saisi le 13 septembre le tribunal administratif de Besançon. "Les ayants-droits réclament (à l'Etat) l'indemnisation des préjudices en lien avec le décès", confirme la juridiction qui devrait examiner le dossier dans un délai d'un an environ.
Le directeur de la maison d'arrêt a "l'obligation de préserver l'intégrité physique des détenus", soulignent auprès de l'AFP les avocats qui dénoncent le manque de surveillance et de prise en charge adaptées de M. Gheidene, pourtant identifié comme "un détenu particulièrement vulnérable".
"Surréaliste"
Un gardien dans la prison de Besançon, le 13 septembre 2023 ( AFP / ARNAUD FINISTRE )
Condamné à un an de prison pour violences intrafamiliales, il subit lui-même des violences de la part d'autres détenus, dès son incarcération le 30 juillet 2023. En septembre, il tente de se suicider par pendaison, ce qui conduit à son hospitalisation sans consentement en psychiatrie.
A son retour à la maison d'arrêt, il est affecté au "B2", le deuxième étage du bâtiment B, "réservé en priorité aux détenus signalés comme fragiles", relève Me Diaz. Contrairement au principe de l'encellulement individuel, il y partage une cellule de 9 m² avec deux autres détenus, dont l'un est toxicomane.
"C'est surréaliste: s'il y a bien un endroit où il ne faut pas faire de +triplette+ ni mettre deux toxicomanes ensemble, c'est le B2", fustige l'avocat.
La prison bisontine accueillait à l'époque 430 détenus pour 276 places, soit un taux d'occupation de 156%, selon les avocats. Un taux qui a encore augmenté depuis, à près de 166% en août 2026, selon le ministère de la Justice.
Ouverte en 1885, la maison d'arrêt de Besançon souffre de "vétusté" et d'une désorganisation "indéniable" liée au manque de personnel, s'est alarmé en mars le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), après une visite sur place en 2024.
Interrogée par l'AFP, l'administration pénitentiaire souligne lutter "quotidiennement" contre le trafic de stupéfiants dans cet établissement, notamment avec des "filets antiprojections".
"En 2023, l'année où l'incident s'est produit, plus de 1.000 fouilles de cellules ont été réalisées, ainsi que deux opérations de fouille sectorielle de grande ampleur", et "ces opérations se poursuivent", assure la même source.
Les prisons françaises sont régulièrement épinglées -y compris par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH)- pour leur surpopulation chronique, de mauvaises conditions de vie et une pénurie de personnel.
Plusieurs centaines de personnes "meurent chaque année en France" dans un lieu privatif de liberté, "sans que leur nombre exact soit connu", a dénoncé vendredi la CGLPL, pointant aussi un taux de suicide en détention parmi les plus élevés d'Europe.

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