Aller au contenu principal
Fermer

L'assaut sans précédent du Hamas a surpris Israël
information fournie par Reuters 09/10/2023 à 15:53

        * 
      Le Hamas a donné l'impression que l'économie était au
centre des
préoccupations 
    

        * 
      Israël a mal interprété l'entraînement du Hamas-source
    

        * 
      "C'est notre 11 septembre, déclare le porte-parole de
l'armée
israélienne
    

  
    par Samia Nakhoul et Jonathan Saul
       9 octobre (Reuters) - Israël a été pris au dépourvu par
l'offensive sans précédent, soigneusement planifiée et
dissimulée par le groupe palestinien du Hamas, qui a ouvert la
plus grande brèche dans les défenses israéliennes depuis
l'offensive militaire surprise conduite conjointement par la
Syrie et l'Egypte en 1973. 
    Alors qu'Israël pensait avoir calmé la situation dans la
bande de Gaza en offrant des incitations économiques aux
travailleurs, les combattants du Hamas se sont formés et
entraînés, souvent au vu et au su de tous, a commenté une source
proche du mouvement.
    Cette source a fourni de nombreux détails sur l'attaque et
sa préparation, qui a été reconstituée par Reuters.
    Trois sources au sein des services de sécurité israéliens,
qui ont demandé à ne pas être identifiées, ont également
contribué à ce compte-rendu.
    "Le Hamas a donné à Israël l'impression qu'il n'était pas
prêt à se battre", a déclaré la source proche du mouvement,
décrivant les plans de l'attaque la plus inattendue depuis la
guerre du Kippour, il y a tout juste 50 ans. 
    "Le Hamas a utilisé une tactique de renseignement sans
précédent pour tromper Israël au cours des derniers mois, en
donnant publiquement l'impression qu'il n'était pas prêt à se
battre ou à se confronter à Israël tout en préparant cette
opération de grande envergure", a déclaré la source.
    Israël admet avoir été pris au dépourvu par une attaque qui
coïncidait avec le shabbat juif et la fête religieuse du
Souccot.
     Les combattants du Hamas ont pris d'assaut les villes
israéliennes, tuant plus de 800 Israéliens, selon le dernier
bilan rapporté lundi par la presse israélienne.
    D'après le dernier bilan fourni par le ministère de la Santé
de Gaza, au moins 560 Palestiniens ont trouvé la mort depuis
samedi et 2.900 ont été blessé lors de la riposte israélienne.
    "C'est notre 11 septembre", a déclaré le major Nir Dinar,
porte-parole des forces de défense israéliennes. 
    "Ils nous ont eus", a-t-il dit.
    "Ils nous ont surpris et sont arrivés rapidement de
plusieurs endroits, tant par les airs que par la terre et la
mer".
    Cette attaque, estime Osama Hamdan, représentant du Hamas,
montre que les Palestiniens ont la volonté d'atteindre leurs
objectifs "quelles que soient la puissance et les capacités
militaires d'Israël". 
     
    "NOUS NOUS SOMMES TROMPÉS"
    L'un des éléments les plus frappants de ces préparatifs a
été la construction par le mouvement islamiste palestinien d'une
fausse colonie israélienne à Gaza, où les combattants se sont
entraînés à l'atterrissage militaire et à la prise d'assaut, a
déclaré la source proche du Hamas, ajoutant qu'ils avaient même
enregistré des vidéos de ces opérations.
    "Israël les a certainement vues, mais il était convaincu que
le Hamas ne souhaitait pas s'engager dans une confrontation", a
déclaré la source.
    Le Hamas a cherché entre-temps à convaincre Israël qu'il se
souciait davantage de veiller à ce que les travailleurs de Gaza,
une étroite bande de terre bordant la Méditerranée où vivent
plus de deux millions de personnes, aient accès à des emplois de
l'autre côté de la frontière et qu'il n'avait aucun intérêt à
déclencher une nouvelle guerre.
    "Le Hamas a réussi à donner l'impression qu'il n'était pas
prêt à se lancer dans une aventure militaire contre Israël", a
commenté la source.
    Depuis la guerre de dix jours entre les deux camps en 2021,
Israël s'est efforcé d'assurer un niveau minimum de stabilité
économique à Gaza en offrant des incitations, notamment des
milliers de permis permettant aux habitants de Gaza de
travailler en Israël ou en Cisjordanie, où les salaires dans les
secteurs de la construction, de l'agriculture ou des services
peuvent être dix fois plus élevés.
    "Nous pensions que le fait qu'ils viennent travailler et
apportent de l'argent à Gaza créerait un certain niveau de
calme. Nous nous sommes trompés", a déclaré un autre
porte-parole de l'armée israélienne.
    Une source de sécurité israélienne a reconnu que les
services de sécurité israéliens avaient été dupés par le Hamas.
    "Ils nous ont fait croire qu'ils voulaient de l'argent", a
déclaré la source. "Et pendant tout ce temps, ils étaient
impliqués dans des exercices jusqu'à ce qu'ils se déchaînent".
    Ces deux dernières années, le Hamas s'est abstenu de mener
des opérations militaires contre Israël, alors même qu'un autre
groupe armé islamiste basé à Gaza, le Djihad islamique, lançait
ses propres assauts contre l'Etat hébreu. 
    
     ÉVITER LES FUITES
    La retenue dont a fait preuve le Hamas avait suscité des
critiques publiques de la part de certains de ses partisans, qui
ont une fois de plus cherché à donner l'impression que le
mouvement se concentrait sur des préoccupations économiques
plutôt que sur une nouvelle guerre, a indiqué la source.
    Le groupe, a notamment essuyé des critiques en Cisjordanie,
sous contrôle de l'Autorité palestinienne, pour son apparente
inaction. 
    Dans une déclaration publiée en juin 2022, le Fatah, parti
de président Mahmoud Abbas, avait accusé les dirigeants du Hamas
de fuir vers les capitales arabes pour vivre dans des "hôtels et
villas luxueux", laissant leur peuple dans la pauvreté à Gaza.
    A une période, Israël pensait que le chef du Hamas à Gaza,
Yehia al Sinwar, était plus préoccupé par la gestion de
l'enclave que par le fait de "tuer des Juifs", a affirmé une
autre source de sécurité israélienne. 
    En parallèle, Israël a détourné son attention du Hamas en
faisant pression pour un accord de normalisation de ses
relations avec l'Arabie saoudite, a-t-il ajouté.
    Alors que Israël s'enorgueillit depuis longtemps de sa
capacité à infiltrer et à surveiller les groupes islamistes, un
élément crucial du plan du Hamas était d'éviter les fuites, a
expliqué la source proche du groupe palestinien.
    De nombreux dirigeants du mouvement n'étaient pas au courant
des plans et, lors de l'entraînement, les 1.000 combattants
déployés pour l'assaut n'avaient aucune idée de l'objectif exact
des exercices, a-t-elle ajouté. 
    Le jour venu, l'opération a été divisée en quatre parties. 
    La première étape a consisté en un barrage de 3.000
roquettes tirées depuis Gaza, qui a coïncidé avec des incursions
de combattants volant en deltaplane, ou parapente motorisé,
au-dessus de la frontière, a indiqué la source. 
    Israël a précédemment déclaré que 2.500 roquettes avaient
été tirées dans un premier temps.
    Une fois que les combattants en deltaplane ont atterri, ils
ont sécurisé le terrain afin qu'un commando d'élite puisse
prendre d'assaut le mur fortifié construit par Israël. 
    Les combattants ont utilisé des explosifs pour franchir les
barrières et les ont ensuite traversées à moto. Des bulldozers
ont élargi les brèches et d'autres combattants sont entrés en
4x4, des scènes décrites par des témoins.
     
    ÉNORME ÉCHEC
    Un commando a attaqué le quartier général de l'armée
israélienne dans le sud de la bande de Gaza et a brouillé les
communications, empêchant le personnel d'appeler les commandants
ou de se contacter. 
    La dernière partie de l'opération consistait à transférer
des otages à Gaza, ce qui a été réalisé pour l'essentiel au
début de l'attaque, a conclu la source. 
     Des combattants ont pris en otage des personnes qui
participaient à une rave près du kibboutz Re'im, près de Gaza.
Des images publiées sur les réseaux sociaux montrent des
dizaines de personnes courant à travers les champs et le long
d'une route, alors que des coups de feu sont entendus.
    Les troupes israéliennes n'étaient pas au complet dans le
sud car des soldats ont été redéployées en Cisjordanie pour
protéger les colons israéliens à la suite d'une flambée de
violence. 
    "Ils (le Hamas) ont exploité cette situation", a déclaré la
source de sécurité israélienne. 
    Selon Dennis Ross, un ancien négociateur pour le
Proche-Orient qui travaille actuellement à l'Institut de
Washington pour la politique du Proche-Orient, Israël a été
distrait par la violence en Cisjordanie, ce qui a conduit à une
"présence mince et insuffisamment préparée dans le sud".
    "Le Hamas a probablement réussi au-delà de ses espérances.
Il va maintenant devoir faire face à un Israël déterminé à le
décimer", a-t-il déclaré.
    Le général à la retraite Yaakov Amidror, ancien conseiller à
la sécurité nationale du Premier ministre israélien Benjamin
Netanyahu, a déclaré dimanche aux journalistes que l'assaut
représentait "un énorme échec du système de renseignement et de
l'appareil militaire dans le sud".
    Certains alliés d'Israël avaient affirmé que le Hamas avait
acquis "plus de responsabilité".
    "Nous avons stupidement commencé à croire que c'était vrai",
a ajouté Yaakov Amidror. "Nous avons donc commis une erreur.
Nous ne referons pas cette erreur et nous détruirons le Hamas,
lentement mais sûrement". 

    
 (Reportage Samia Nakhoul à Dubaï et Jonathan Saul à Londres ;
avec la contribution de d'Ali Sawafta en Cisjordanie et Matt
Spetalnick à Washington, rédigé par William Maclean ; version
française Diana Mandiá, édité par Kate Entringer)
 

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Pages les plus populaires