Frédéric Péchier, le 15 décembre 2025 à Besançon ( AFP / ARNAUD FINISTRE )
L'anesthésiste de Besançon Frédéric Péchier, condamné en décembre à perpétuité pour 30 empoisonnements dont 12 mortels, a réclamé mercredi sa remise en liberté afin de préparer son procès en appel.
Incarcéré depuis le verdict de la cour d'assises du Doubs, le 18 décembre, le médecin de 54 ans, qui n'a jamais cessé de clamer son innocence, a expliqué devant la chambre d'instruction de la cour d'appel de Besançon qu'il venait d'étoffer son équipe de défenseurs: il a recruté Emmanuelle Franck, qui avait défendu Cédric Jubillar.
De ce fait, a-t-il fait valoir, il a besoin de rencontrer régulièrement sa nouvelle avocate pour préparer son procès en appel.
S'il reste incarcéré, l'ancien médecin doit en principe être rejugé d'ici un an, or "un an c'est court" pour que Me Franck prenne connaissance en détail d'un dossier aussi tentaculaire, a-t-il argumenté.
En prison depuis un peu moins de deux mois, le condamné, qui estime avoir été "mal préparé" lors de son premier procès, n'a pu rencontrer qu'une seule fois son avocat Randall Schwerdorffer, a-t-il souligné. Et les contacts téléphoniques sont compliqués, a noté ce dernier.
Le praticien, qui n'avait jamais été incarcéré pendant l'instruction et a comparu libre pendant son procès - une situation exceptionnelle au vu des charges qui pesaient contre lui - a déposé cette demande dès le jour de sa condamnation.
- "Mots croisés" -
L'avocate Emmanuelle Franck, le 10 octobre 2025 à Albi ( AFP / Lionel BONAVENTURE )
A l'issue d'un procès de trois mois et demi chargé en émotion, la cour d'assises du Doubs l'a reconnu coupable d'avoir, entre 2008 et 2017 dans deux cliniques de Besançon, empoisonné 30 patients, dont 12 sont morts, en polluant des poches de perfusion avec différents produits pour provoquer un arrêt cardiaque ou des hémorragies, et cela afin de nuire à des soignants avec lesquels il était en conflit.
Mercredi matin, le médecin a été extrait de sa cellule de la maison d'arrêt de Besançon.
Placé à l'isolement en prison, il a renoncé à la promenade quotidienne et passe son temps à faire des "mots croisés" et à "réfléchir", a-t-il déclaré.
La défense compte demander qu'il soit remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le praticien pourrait aussi être assigné à résidence sous bracelet électronique.
La décision pourra être rendue dans la journée, ou mise en délibéré.
Depuis sa mise en examen début 2017, le médecin avait été placé sous contrôle judiciaire puis contraint de quitter Besançon pour vivre chez ses parents à Poitiers.
Selon une source judiciaire, le ministère public doit requérir son maintien en détention afin d'éviter tout risque de suicide, de fuite ou de pression sur les témoins, et parce que sa remise en liberté troublerait l'ordre public.
- "Pour le protéger" -
"On ne peut pas envisager que Péchier se balade comme ça tranquillement, libre, dans Besançon et continue à toiser les victimes", estime Frédéric Berna, avocat de plusieurs parties civiles. Le maintien en détention se justifie "ne serait-ce que pour s'assurer de sa présence au procès en appel et pour le protéger, lui", considère-t-il.
Par le passé, l'ancien médecin a tenté deux fois de mettre fin à ses jours, en 2014 et 2021.
L'avocat Randall Schwerdorffer, le 15 décembre 2025 à Besançon ( AFP / ARNAUD FINISTRE )
Si Frédéric Péchier a admis, au cours de son procès, qu'un empoisonneur avait bien sévi dans l'une des deux cliniques privées où il a travaillé, il a constamment clamé que ce n'était pas lui. Il compte démontrer son innocence en appel.
Le lieu et la date du nouveau procès ne sont pas encore fixés. Le grand nombre de parties civiles - près de 200 - complique son organisation. La cour d'appel de Besançon a donc demandé une dérogation pour que ce dossier hors norme soit jugé dans la même ville qu'en première instance, ce qui n'est pas prévu par les textes.
Une telle exception permettrait à un maximum de parties civiles d'assister aux débats, fait valoir Me Berna.
Les avocats du médecin préfèreraient cependant qu'il soit jugé à Paris ou à Lyon, car "il ne peut pas y avoir de procès équitable à Besançon", selon Me Schwerdorffer.
Il reviendra à la Cour de cassation de trancher.

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer