par Pesha Magid
Les personnalités politiques arabo-israéliennes exhortent les électeurs de la minorité arabe à voter massivement lors des élections de la semaine prochaine afin d'évincer le Premier ministre Benjamin Netanyahu et de renverser le gouvernement le plus à droite de l'histoire du pays.
Une forte participation de la minorité arabe, qui représente 21% de la population et dont les membres sont palestiniens par leur héritage mais israéliens par leur citoyenneté, pourrait faire pencher la complexe arithmétique des coalitions israéliennes en faveur d'un bloc anti-Netanyahu dirigé par l'ancien militaire Gadi Eisenkot.
"Nous pouvons assurer la formation d'un nouveau gouvernement du changement", a déclaré à Reuters Mansour Abbas, dentiste devenu homme politique et dirigeant de la Liste arabe unie, dans son bureau de Nazareth, la ville arabe la plus peuplée d'Israël.
Mansour Abbas et d'autres dirigeants arabes se heurtent à un obstacle majeur dans leur objectif de jouer un rôle dans un futur gouvernement sans Benjamin Netanyahu. Gadi Eisenkot a jusqu'à présent exclu de former un gouvernement avec les partis arabes pour lesquels voteront la plupart des Palestiniens citoyens d'Israël, invoquant l'absence de valeurs communes.
Mais Mansour Abbas estime qu'il y aura une marge de manoeuvre, peut-être après le scrutin, en grande partie grâce aux réalités des calculs électoraux.
CENTRISTE ET PROGRESSISTES ONT BESOIN DU VOTE ARABE
Selon les sondages, le bloc hétéroclite de partis centristes, de droite et de gauche de Gadi Eisenkot arriverait en tête, mais sans majorité, et aurait besoin du soutien arabe, soit comme partenaire de coalition, soit de l'extérieur, pour soutenir un gouvernement minoritaire.
"Nous voulons remplacer le gouvernement de droite (...) mettre fin aux guerres et à ces politiques, arrêter l'expansion des colonies et remédier à l'échec à empêcher les attaques de colons", a déclaré Mansour Abbas.
"Nous voulons également un gouvernement qui apporte une sécurité partagée et la paix aux Palestiniens et aux Israéliens."
Pour l'heure, Gadi Eisenkot maintient sa position. "Je ne m'allierai à aucun parti arabe", a-t-il déclaré dans un podcast ce mois-ci, citant notamment leur refus de qualifier le Hamas d'organisation terroriste.
Si aucun bloc ne parvient à former un gouvernement viable, cela pourrait conduire à une période de paralysie politique puis à de nouvelles élections en 2027, Benjamin Netanyahu restant au pouvoir dans l'intervalle.
Benjamin Netanyahu y voit quant à lui une occasion de mobiliser sa base électorale. Sa campagne a utilisé des images truquées et des vidéos générées par intelligence artificielle montrant ses rivaux enlacés avec des dirigeants arabes.
Une fausse vidéo diffusée durant l'été montre notamment Gadi Eisenkot courant à travers une prairie pour se jeter dans les bras ouverts de Mansour Abbas.
La carrière de Mansour Abbas elle-même montre que de telles alliances sont possibles. En 2021, il est devenu le premier musulman arabe à rejoindre une coalition gouvernementale en tant que ministre, dans un gouvernement dirigé par Naftali Bennett, aujourd'hui membre de droite du bloc de Gadi Eisenkot.
Ce gouvernement s'est effondré après 18 mois, notamment en raison de désaccords entre les deux hommes sur la Cisjordanie occupée.
Cette fois, Mansour Abbas affirme pouvoir surmonter ces divergences. Pour convaincre les partis juifs, il a pris la décision sans précédent de confier la deuxième place de sa liste à Yoav Segalovitz, ancien responsable juif de la police.
"Cela envoie un message de partenariat avec la communauté juive et avec les citoyens juifs", a déclaré Mansour Abbas.
ARITHMÉTIQUE POLITIQUE
L'élection israélienne sera la première depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et est perçue comme un référendum sur le leadership de Benjamin Netanyahu, le dirigeant resté le plus longtemps au pouvoir dans l'histoire du pays.
Les sondages montrent que le bloc de Gadi Eisenkot obtiendrait 52 des 120 sièges de la Knesset si les élections avaient lieu aujourd'hui. Le bloc national-religieux de Benjamin Netanyahu en remporterait 50.
Le parti de Mansour Abbas est crédité de cinq sièges, tandis que huit autres reviendraient à la Liste commune, coalition de trois partis arabes.
Avant le scrutin, Bezalel Smotrich, ministre des Finances d'extrême droite de Benjamin Netanyahu, a proposé un plan visant à "judaïser" les zones autour de Nazareth dans le nord du pays et du sud d'Israël où vit la majorité de la population arabe, décrivant cette initiative comme semblable à l'expansion des colonies en Cisjordanie.
Les responsables du parti de Mansour Abbas à Nazareth espèrent tirer profit du mécontentement des Arabes envers Benjamin Netanyahu, Bezalel Smotrich et le ministre de la Police d'extrême droite Itamar Ben-Gvir, ainsi que de la frustration liée à la hausse de la criminalité dans leurs communautés.
La semaine dernière, des militants du parti de Mansour Abbas distribuaient des tracts près de l'imposante basilique de l'Annonciation à Nazareth.
"Il est plus nécessaire que jamais cette fois-ci de sortir voter en grand nombre", a déclaré l'une des personnes approchées, Gassan Bsoul, 74 ans. "Le danger est plus grand que par le passé", a-t-il ajouté.
LA PARTICIPATION ARABE DEVRAIT ÊTRE ÉLEVÉE
Les sondeurs israéliens s'attendent à une participation arabe supérieure à celle observée lors des précédentes élections de 2022 et de 2020. L'institut Stat-Net Research Institute, basé dans une ville druze arabe près de Haïfa, prévoit une participation de 63%, contre 56% en 2022.
Alors que Mansour Abbas a tenté de positionner son parti comme un partenaire potentiel de gouvernement, les dirigeants de la Liste commune ont déclaré qu'ils pourraient exercer autant d'influence en restant dans l'opposition.
Ahmad Tibi, l'un des dirigeants de la Liste commune, a déclaré que son groupe était prêt à former "un bloc de prévention pour soutenir (un gouvernement) de l'extérieur".
Il a précisé que la Liste commune soutiendrait par son vote un gouvernement dirigé par Gadi Eisenkot afin de "créer une commission d'enquête officielle sur le 7 octobre", une priorité affichée de l'ancien chef militaire et de ses alliés.
"Notre priorité absolue est de nous débarrasser du gouvernement d'extrême droite de Netanyahu, Smotrich et Ben-Gvir", a prévenu Ahmad Tibi.
(Pesha Magid; version française Nicolas Delame)

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