Selon une étude du cabinet Rystad Energy, il faudrait investir le montant "énorme" de 183 milliards de dollars dans les infrastructures d'exploration-production pétrogazières vénézuéliennes d'ici 2040 pour atteindre 3 millions de barils par jour.
Des plateformes pétrolières à Maracaibo, au Venezuela. ( AFP / FEDERICO PARRA )
L'intervention des États-Unis au Venezuela doit redonner aux entreprises américaines un accès aux gigantesques réserves de pétrole du pays. Donald Trump a promis aux géants pétroliers des bénéfices mirobolants et d'"immenses possibilités". Mais à quelles conditions? L'industrie pétrolière marche sur des oeufs.
L'administration Trump va réunir vendredi les groupes américains du secteur après avoir affirmé que les compagnies des États-Unis investiraient "des milliards de dollars" pour relancer l'industrie pétrogazière vénézuélienne , en souffrance après des années d'embargo et de sous-investissements. Aujourd'hui, un seul groupe Américain, Chevron, opère dans le pays grâce à une licence accordée par Washington.
• Est-ce simple de forer du pétrole vénézuélien ?
Entre les inconnues politiques et les financements colossaux nécessaires, la marche est haute pour espérer rétablir la production, qui atteignait 3,5 millions de barils par jour à son point culminant, il y a 25 ans. Elle est tombée aujourd'hui à 1 million de barils.
Surtout, le pétrole vénézuélien est dans sa grande majorité "extra lourd" , c'est-à-dire "extrêmement visqueux et riche en carbone comparé aux bruts plus légers comme le West Texas Intermediate américain", explique Clayton Seigle, chercheur au Center for Strategic and International Studies, dans une note. "C'est de la pâte à tartiner mélangée à du sable", résume un acteur pétrolier qui souhaite rester anonyme.
En conséquence, il nécessite un traitement spécial, coûteux, énergivore et très émetteur en gaz à effet de serre . Selon le cabinet WoodMackenzie, le Venezuela figure d'ailleurs "parmi les plus grands émetteurs liés à la production pétrolière de la décennie".
• Quels défis politiques et financiers?
Selon une étude du cabinet Rystad Energy, il faudrait investir le montant "énorme" de 183 milliards de dollars dans les infrastructures d'exploration-production pétrogazières d'ici 2040 pour atteindre 3 millions de barils par jour, dont 53 milliards rien que pour maintenir la production au niveau actuel.
Mais même avec des milliards, "rien ne se passe sans stabilité politique" , prévient Clayton Seigle. À moins que les entreprises pétrolières "aient la certitude d'un avenir politique stable au Venezuela", il estime qu'"il y a peu de chance qu'elles engagent les investissements colossaux nécessaires" pour revitaliser l'outil productif, vu la faible rentabilité attendue.
Du point de vue de ces entreprises, "de nouvelles productions pétrolières à grande échelle, avec des prix proches de 60 dollars (le baril) ou moins" -la tendance actuelle- "ne seraient pas rentables, une issue inacceptable pour leurs investisseurs", souligne-t-il.
• Que disent les compagnies pétrolières?
Un sentiment domine chez les compagnies pétrolières : "Ne pas se précipiter".
"Il serait prématuré de spéculer sur d'éventuelles activités commerciales ou investissements futurs", a indiqué un porte-parole de ConocoPhilips à l' AFP . Tandis que Chevron se borne à souligner qu'il continue "à opérer dans le plein respect" des règles en vigueur.
De son côté, le groupe français TotalEnergies s'est totalement retiré du pays en 2022 , et ne semble pas près d'y revenir. Conformément à sa stratégie, il ne veut pas investir dans des projets de développement d'huiles extra-lourdes, comme ceux situés dans la Ceinture de l'Orénoque, particulièrement coûteuses à exploiter et fortement émettrices de gaz à effet de serre.
• Pourquoi certaines jouent gros ?
Mais des entreprises comme l'italienne Eni et l'espagnole Repsol, qui partagent des actifs sur le territoire, pourraient profiter de la nouvelle donne pour recouvrer des impayés du Venezuela, liés notamment à des livraisons de gaz pour le compte du pays.
Malgré les sanctions américaines sur le pétrole vénézuélien imposées depuis 2019, la compagnie d'Etat PDVSA leur payait sa dette en pétrole brut jusqu'en mars 2025, date à laquelle l'administration Trump a révoqué les licences d'exploitation au Venezuela et cette formule a été abandonnée.
Selon le Financial Times, elles chercheraient à récupérer 6 milliards de dollars, un montant non confirmé.
Le directeur général de Repsol, Josu Jon Imaz, assurait en mars être en contact avec les autorités américaines afin de trouver des "mécanismes" pour maintenir ses activités. Depuis le renversement de Maduro, la compagnie ne s'est pas exprimée. Selon une note de la banque Sabadell citée par la presse espagnole, "une transition ordonnée dans le pays serait positive pour Repsol car, à moyen terme, on peut s'attendre à ce que les embargos actuels sur les exportations de pétrole brut du Venezuela soient levés".
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