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Guerre au Moyen-Orient : la crainte d'un retour de l'inflation met les dettes européennes sous pression
information fournie par Boursorama avec Media Services 12/03/2026 à 17:37

La hausse du taux de la dette allemande montre "que même les actifs traditionnellement considérés comme des valeurs refuges sont affectés par les préoccupations" liées à la guerre.

( AFP / DANIEL ROLAND )

( AFP / DANIEL ROLAND )

Même la dette n'y échappe pas : la flambée des prix du pétrole, alimentée par la guerre au Moyen-Orient, affole les marchés, qui craignent le retour de l'inflation. Conséquence : les taux d'intérêt sur le marché européen de la dette bondissent.

En l'espace de 10 jours, la référence mondiale du brut, le Brent de la mer du Nord, est passée d'environ 70 dollars le baril à près de 100 dollars jeudi, avec un pic à 120 dollars en début de semaine. "Actuellement, la principale menace pour les économies européennes provient des prix de l'énergie , et les marchés obligataires réagissent rapidement à ce facteur de risque énergétique", explique Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote.

De nombreuses économies européennes importent en effet massivement leur énergie, les rendant particulièrement sensibles aux variations de prix. Et "la flambée des prix du pétrole (...) a des conséquences immédiates sur l'inflation", souligne Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.

Quand les prix montent, les investisseurs demandent plus d'intérêts sur les titres de dette d'État (les "obligations") pour continuer à investir à un taux de rendement qui soit intéressant.

Le Bund sous pression

L'emprunt allemand à 10 ans ("Bund), considéré comme le plus solide de la zone euro, évoluait à 2,94% jeudi, un sommet depuis octobre 2023. Avant le début de la guerre, il s'établissait autour de 2,64%. "La hausse des rendements des Bund montre que même les actifs traditionnellement considérés comme des valeurs refuges sont affectés par les préoccupations liées à une inflation persistante", relève Patrick Munnelly, stratégiste marchés chez Tickmill Group, interrogé par l' AFP .

Depuis le début de la guerre en Iran, l'emprunt allemand avait été relativement épargné par rapport à ses homologues européens, conservant un temps son statut de valeur refuge, car il résiste mieux "en temps de crise", relève Ipek Ozkardeskaya. Mais "la hausse des prix de l'énergie (...) a renforcé les inquiétudes concernant l'inflation, y compris dans des économies comme l'Allemagne", souligne Patrick Munnelly.

Une énergie chère est "une mauvaise nouvelle pour de nombreux secteurs" comme l'industrie dont l'un des premiers postes de dépenses reste les énergies fossiles, rappelle Ipek Ozkardeskaya. "Nous avons déjà vu comment la guerre en Ukraine a affecté le tissu économique allemand."

Le rendement de l'emprunt français à dix ans s'établissait à 3,59% jeudi contre 3,22% avant le début du conflit. Il a grimpé à plus de 3,63% lundi, un sommet depuis fin 2011. Le taux italien évoluait à 3,70% contre 3,27% fin février. Hors UE, le rendement britannique à 10 ans atteignait 4,73%, là encore, bien loin des 4,23% observés avant la guerre.

Une réaction de la BCE ?

Ces tensions ravivent la mémoire du choc inflationniste provoqué par la guerre en Ukraine début 2022.

Guy Stear, responsable de la stratégie pour les marchés développés de l'Amundi Investment Institute, relève ces derniers jours un certain nombre de commentaires "relativement 'hawkich' (en faveur d'un resserrement monétaire) sur 'comment est-ce que la banque centrale va réagir' ".

La présidente de la BCE Christine Lagarde a affirmé mardi que l'institution monétaire ferait tout ce qui est "nécessaire" pour que "l'inflation soit sous contrôle" face à la flambée des prix de l'énergie liée à la guerre au Moyen-Orient. Interrogée sur une éventuelle hausse de taux, elle n'a toutefois pas répondu, invoquant une forte "incertitude". Peter Kazimir, gouverneur de la Banque nationale de Slovaquie et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a lui averti mercredi "qu'une réaction de la BCE était peut-être plus proche que ce que beaucoup de personnes pensent", d'après l'agence Bloomberg.

"Ils font directement référence à 2022, ils sont sensibles au fait qu'ils auraient pu remonter les taux plus rapidement", souligne Guy Stear. La BCE avait commencé à remonter ses taux en juillet 2022 face au choc énergétique et aux pressions inflationnistes provoqués par le déclenchement de la guerre en Ukraine, bien plus tard que la Réserve fédérale américaine (Fed), qui l'avait fait dès mars 2022.

La BCE, qui a laissé ses taux directeurs inchangés depuis la dernière baisse de juin 2025, se réunira le 19 mars au lendemain de la Fed.

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