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Groenland-Trump se félicite d'un "accès total", l'Otan appelée à étoffer sa présence
information fournie par Reuters 22/01/2026 à 20:21

(Actualisé tout du long)

par Mark John, Susan Heavey et Jacob Gronholt-Pedersen

Le président américain Donald Trump s'est félicité jeudi d'avoir obtenu un accès total et permanent au Groenland via un accord-cadre conclu avec l'Otan, dont les alliés sont appelés à renforcer leur présence en Arctique pour garantir sa sécurité face aux menaces représentées selon Washington par la Russie et la Chine.

Une entente avec l'Otan à propos du Groenland, territoire semi-autonome danois, avait été annoncée mercredi par Donald Trump à l'issue d'une rencontre avec le secrétaire général de l'alliance, Mark Rutte, en marge du Forum économique mondial de Davos en Suisse.

Cette accord est intervenu dans un contexte de tensions sans précédent depuis des décennies au sein de l'Otan, dont Etats-Unis et Danemark sont tous deux membres, alors que Donald Trump avait répété ces dernières semaines vouloir

mettre la main

coûte que coûte sur le Groenland, jugé

indispensable

pour la sécurité américaine.

En deux temps, mercredi, avec un discours prononcé à Davos lors duquel il a dit ne pas vouloir recourir à la force au Groenland puis après sa réunion avec Mark Rutte, le président américain a offert du répit à ses alliés européens,

revenant sur sa menace

d'imposer le 1er février des

surtaxes douanières

contre huit pays - dont la France - ayant exprimé leur opposition à son projet de contrôler l'île de l'Arctique.

Reste que peu de détails ont filtré sur l'accord vanté par Donald Trump, tandis que le Danemark a de nouveau souligné que sa souveraineté sur le Groenland ne pouvait pas être débattue, après avoir par le passé fermé la porte à toute acquisition du territoire par Washington.

"NE PAS FRANCHIR LES LIGNES ROUGES"

S'il a salué les commentaires les plus récents du président américain, le Premier ministre groenlandais a insisté sur le fait qu'un flou important demeurait sur de nombreuses questions.

"Je ne sais pas ce qu'il y a dans l'accord à propos de mon pays", a dit Jens-Frederik Nielsen aux journalistes dans la capitale groenlandaise Nuuk.

"Nous sommes prêts à discuter de beaucoup de choses et nous sommes disposés à négocier un meilleur partenariat. Mais la souveraineté est une ligne rouge", a-t-il dit en réponse à des informations de presse selon lesquelles Donald Trump veut obtenir le contrôle des zones situées autour de bases militaires américaines installées au Groenland.

"On ne peut pas franchir les lignes rouges", a ajouté le dirigeant groenlandais. "Il faut respecter notre intégrité territoriale. Il faut respecter le droit international et la souveraineté."

La volte-face effectuée par Donald Trump à propos du Groenland a rassuré les marchés financiers européens, mais des interrogations subsistent sur les dégâts causés par le président américain aux relations transatlantiques et à la confiance des entreprises. Un

sommet extraordinaire

de l'Union européenne se tenait comme prévu jeudi soir pour évaluer les relations avec Washington à la suite des menaces douanières de Trump.

Dans une interview à la chaîne de télévision américaine Fox Business Network accordée depuis Davos, Donald Trump a déclaré que "les détails (de l'accord sur le Groenland) sont en cours de négociation". "Mais en substance, il s'agit d'un accès total. Il n'y a pas de limite, pas de délai", a-t-il dit.

"PROMOUVOIR NOTRE SÉCURITÉ COMMUNE DANS L'ARCTIQUE"

Mark Rutte a déclaré pour sa part dans un entretien à Reuters, en marge du Forum économique mondial, qu'il était désormais de la responsabilité des commandants de l'Otan d'élaborer les moyens de répondre à des exigences de sécurité supplémentaires dans l'Arctique.

"Je n'ai aucun doute sur le fait que nous puissions réaliser cela assez rapidement", a-t-il dit. "Je l'espère en 2026, et même tôt en 2026."

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a souligné qu'aucune négociation n'avait été ouverte entre Copenhague et l'Otan à propos de la souveraineté du Groenland, territoire intégré au Royaume du Danemark.

"C'est une situation encore compliquée et grave, mais des progrès ont aussi été réalisés, dans le sens où le débat se situe désormais là où il doit être. C'est-à-dire que nous pouvons désormais discuter de la manière de promouvoir notre sécurité commune dans la région de l'Arctique", a-t-elle dit.

S'exprimant par la suite à son arrivée à Bruxelles pour le sommet européen, la dirigeante danoise a appelé à une "présence permanente de l'Otan en Arctique, dont autour du Groenland".

Pour sa part, le président finlandais Alexander Stubb, qui dispose d'une bonne relation de travail avec Donald Trump, a dit espérer que les alliés puissent convenir d'un plan pour renforcer la sécurité de l'Arctique lors du sommet de l'Otan prévu en juillet prochain à Ankara en Turquie.

"TRUMP A FRANCHI LE RUBICON, IL POURRAIT RECOMMENCER"

Donald Trump a salué mercredi les bases d'un accord sur le Groenland en mesure de satisfaire son désir de bâtir un "

Dôme d'or

" antimissiles, d'accéder aux minerais essentiels de l'île et de la protéger contre les ambitions prêtées à Moscou et Pékin.

Mark Rutte a déclaré que la question de l'exploitation des minerais n'avait pas été évoquée lors de sa réunion avec le président américain. Les négociations vont se poursuivre entre les Etats-Unis, le Danemark et le Groenland, a-t-il précisé.

Un accord conclu en 1951 par Washington et Copenhague a établi le droit des Etats-Unis à construire des bases militaires au Groenland et de se déplacer librement dans le territoire. Cet accord est toujours en vigueur, avec pour condition que les gouvernements danois et groenlandais soient informés des mouvements américains.

Les dirigeants européens vont toutefois reconsidérer leurs relations avec les Etats-Unis, ont dit à Reuters

des diplomates

, notant que les secousses provoquées par l'épisode du Groenland ont fortement ébranlé la confiance dans les relations transatlantiques.

"Trump a franchi le Rubicon. Il pourrait recommencer. Il n'y a pas de retour en arrière possible. Et les dirigeants en discuteront", a déclaré un diplomate européen, ajoutant que l'UE devait trouver une alternative à sa dépendance vis-à-vis des États-Unis dans de nombreux domaines.

"Nous devons essayer de maintenir le contact avec lui (Trump) tout en oeuvrant à renforcer notre indépendance des États-Unis. C'est tout un processus, qui sera probablement long", a-t-il dit.

Donald Trump a promis jeudi des représailles contre les pays européens qui commenceraient à vendre massivement de la dette américaine dans le but de déstabiliser les États-Unis.

(Susan Heavey, Jacob Gronholt-Pedersen, Mark John, Janis Laizans, Jan Strupczewski, Lili Bayer, Andrew Gray, Steve Holland, Trevor Hunnicutt, Alessandro Parodi, Benoit Van Overstraeten, Stine Jacobsen, Anna Ringstrom, Markus Wacket, Sarah Marsh, Madeline Chambers, Christian Kraemer et Janis Laizans; version française Zhifan Liu, Kate Entringer et Jean Terzian, édité par Blandine Hénault, Sophie Louet et Tangi Salaün)

1 commentaire

  • 20:53

    Tout ça pour ça


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