Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis à Bruxelles le 19 mars 2026 ( AFP / NICOLAS TUCAT )
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a procédé vendredi à un remaniement ministériel avec le départ notamment de deux ministres, tirant les conséquences du vaste scandale de détournement d'aides agricoles européennes qui éclabousse son camp conservateur.
L'ancien commissaire européen, Margarítis Schinas, a été nommé ministre du Développement rural et de l'Alimentation, en remplacement de Kostas Tsiaras, a annoncé le porte-parole du gouvernement, Pavlos Marinakis.
Au pouvoir depuis 2019, le Premier ministre a également nommé un nouveau ministre de la Crise climatique et de Protection civile et un nouveau vice-ministre du Développement rural et de l'Alimentation tandis que le poste de vice-ministre de la Santé ne sera pas remplacé.
Le parquet européen a réclamé la levée de l'immunité parlementaire de 11 députés ( AFP / Nicolas TUCAT )
Ce remaniement ministériel intervient alors le gouvernement se trouvait sous forte pression depuis que le parquet européen a réclamé mercredi la levée de l'immunité parlementaire de 11 députés, dont les deux ministres démissionnaires.
La justice européenne les soupçonne d'être impliqués dans le détournement de millions d'euros d'aides au secteur agricole.
Tous sont membres du parti conservateur au pouvoir, Nouvelle-Démocratie (ND), selon les noms qui ont circulé dans les médias.
Au total, ce sont 20 responsables et anciens responsables politiques qui sont dans le viseur de la justice, selon le parquet européen.
Le chef du gouvernement, qui ne s'est pas exprimé sur le sujet depuis mercredi, avait assuré en octobre vouloir tout mettre en œuvre "quel qu'en soit le coût politique", pour faire la lumière sur cette affaire embarrassante.
Parmi les 11 députés figure aussi Kostas Karamanlis, l'ancien ministre des Transports qui avait démissionné au lendemain de la collision ferroviaire meurtrière du 28 février 2023.
L'affaire touche également le secrétaire aux affaires politiques de ND, un poste clé au sein du parti de droite, et un porte-parole du groupe parlementaire et ancien ministre.
L'année dernière un ministre avait déjà quitté le gouvernement en lien avec cette affaire.
Le principal parti d'opposition, le Pasok (socialiste), a réclamé des élections législatives anticipées, prévues a priori en 2027, dénonçant "l’ampleur de la corruption, dont le noyau et le cœur se trouvent profondément ancrés au sein du gouvernement".
- Les enquêtes européennes -
La procureure Laura Kövesi à Paris le 27 juin 2017 ( AFP / JACQUES DEMARTHON )
Le Parquet européen avait révélé l'affaire en mai dernier, en annonçant enquêter sur une fraude "massive et systématique" et des "activités de blanchiment d'argent" en lien avec l'octroi de subventions agricoles européennes à des agriculteurs grecs.
En octobre, 37 personnes ont été interpellées pour leur implication présumée dans le détournement de millions d'euros d'aides depuis au moins 2018.
D'après son enquête préliminaire, 324 personnes ont été identifiées comme bénéficiaires de subventions auxquelles elles n'avaient pas droit.
Dans un deuxième volet de l'enquête, le parquet basé au Luxembourg a annoncé mercredi demander la levée de l'immunité parlementaire de 11 députés.
Pour obtenir des aides agricoles de l'Union européenne, les personnes dans le collimateur sont soupçonnées "d’avoir déclaré frauduleusement des terres agricoles et des pâturages qui ne leur appartenaient pas" et d'avoir "gonflé artificiellement le nombre de têtes de bétail".
Lors d'une visite à Athènes en octobre, la procureure en chef du parquet européen, Laura Kövesi, s'était engagée "à nettoyer les écuries d'Augias", dénonçant "la corruption, le népotisme et le clientélisme" ayant régné au sein de l'organisme chargé de la distribution des subventions européennes à l'agriculture (OPEKEPE).
Les dossiers de subventions les plus surprenants en cours d'investigation concernent par exemple des pâturages déclarés sur des sites archéologiques, des oliveraies ou des plantations de bananes sur le mont Olympe...
- Terrains hors de Grèce -
Manifestation d'agriculteurs protestant contre une enquête européenne sur des subventions, en Crète le 8 décembre 2025 ( AFP / Costas METAXAKIS )
La Crète, plus grande île grecque, la région de l'origine de la famille Mitsotakis, se retrouve au cœur du scandale.
Selon un député du Pasok (socialiste), le nombre de caprins et ovins a doublé entre 2016 et 2022. En 2020, l'île percevait 67% des aides européennes à l'agriculture.
Des personnes ont en outre perçu des subventions pour des terrains... hors de Grèce, selon le site grec d'investigation InsideStory.
La justice européenne estime que cette fraude "pourrait avoir été organisée de manière systématique avec la participation de membres du conseil d’administration et de fonctionnaires de l’OPEKEPE".
Le parquet européen a fait état en octobre d'un préjudice estimé à plus de 19,6 millions d'euros au détriment du budget de l'UE tandis que les autorités grecques avaient évoqué en 2025 une somme d'au moins 23 millions d'euros.

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