Une vue du quartier financier et d'affaires de La Défense à Puteaux, près de Paris
par Leigh Thomas
La hausse des coûts d'emprunt de la France inquiète les investisseurs et les économistes, qui craignent que la dette publique déjà lourde ne s'envole encore davantage, l'élection présidentielle de 2027 rendant peu probable toute réforme budgétaire.
Ils évoquent le risque d'un "effet boule de neige", dans lequel le taux d'intérêt moyen payé sur la dette souveraine dépasserait la croissance économique, à moins que le gouvernement ne parvienne à dégager des excédents budgétaires primaires durables.
"Si rien n'est fait, la dette publique pourrait atteindre 203% du PIB d'ici 2050. Donc, une discipline budgétaire rigoureuse s'impose pour stabiliser la dette publique", a dit la semaine dernière aux journalistes le secrétaire général de l'OCDE, Mathias Cormann.
La dette publique française a dépassé les 3.500 milliards d'euros au premier trimestre 2026, atteignant 117,5% du PIB, selon les données officielles.
Ce chiffre se rapproche des niveaux observés pendant la crise sanitaire liée aux COVID-19 et fait de la France le seul pays de la zone euro à ne pas avoir encore réduit le poids de sa dette par rapport aux sommets atteints après la pandémie, comme l'a récemment souligné la Cour des comptes.
En théorie, la France pourrait contrer cette tendance grâce à une croissance plus solide ou à des excédents budgétaires primaires, mais aucune de ces deux options ne semble probable à court terme, avec un gouvernement fragile qui a déjà rencontré de sérieuses difficultés pour faire adopter le budget 2026 par une Assemblée nationale profondément divisée.
L'agence de notation Moody's s'attend à ce que les ratios d'endettement continuent de se détériorer parmi les cinq plus grands emprunteurs européens, à savoir le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne.
"L'augmentation des paiements d'intérêts par rapport aux dettes publiques sera la plus forte pour la France", a averti jeudi dernier Sarah Carlson, vice-présidente senior de Moody's, lors des Rencontres économiques d'Aix.
ÉTOUFFÉS PAR LES INTÉRÊTS
Les paiements d'intérêts sur la dette publique française ont atteint 66 milliards d'euros en 2025 et sont sur le point de devenir le poste de dépenses le plus important de l'État, pouvant dépasser les budgets consacrés à l'éducation et à la défense.
La Cour des comptes a averti la semaine dernière que cette charge pourrait avoisiner les 100 milliards d'euros d'ici 2029, à mesure que la dette émise pendant les années de taux d'intérêt extrêmement bas sera refinancée à des coûts d'emprunt plus élevés.
L'organisme chargé de veiller au bon emploi de l'argent public a également exhorté le gouvernement à préciser comment il compte ramener le déficit budgétaire, qui devrait atteindre cette année environ 5% du PIB, en dessous du seuil de 3% fixé par l'Union européenne (UE), afin de revenir à un excédent primaire.
Sans un tel excédent, la France risque de devoir emprunter des montants de plus en plus importants simplement pour couvrir le paiement des intérêts à mesure que la dette augmente.
"Si nous ne n'y parvenons pas, nous risquons d'être littéralement étouffés sous le poids des intérêts à payer", a déclaré Carine Camby, auditrice à la Cour des comptes.
Signe de la méfiance des investisseurs, et à l'approche des préparatifs en vue de l'adoption du budget 2027 au Parlement cet automne, la prime exigée pour détenir des obligations françaises plutôt qu'allemandes avoisine les 80 points de base, retrouvant ainsi les niveaux observés après la suspension, en octobre dernier, de la réforme des retraites, et dépassant ainsi l'écart entre les rendements italiens et allemands.
SUJET DE CONFRONTATION
La question de la dette prend de l'importance en tant que sujet de confrontation politique à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, les principaux candidats du bloc central, Édouard Philippe et Gabriel Attal, plaçant la discipline budgétaire au coeur de leurs campagnes respectives.
Un député du Rassemblement national (RN), Kevin Mauvieux, a en outre fait adopter la semaine dernière un rapport portant sur l'effet "boule de neige" de la dette par la commission des finances de l'Assemblée nationale.
"Plus nous attendons, plus l'addition sera douloureuse, car plus le ratio de dette progresse, plus l'effet boule de neige sera fort", a-t-il déclaré aux députés.
Le ministre des Finances, Roland Lescure, a réagi en exhortant les partis d'opposition, y compris le RN, à soutenir le projet de budget 2027 du gouvernement lorsqu'il sera présenté au Parlement en septembre.
Les économistes s'attendent à ce que la volatilité du marché obligataire reste élevée à l'approche de la présidentielle de l'année prochaine et le courtier Morgan Stanley a recommandé vendredi à ses clients de réduire leur exposition à la dette française, invoquant des inquiétudes budgétaires.
(Version française Diana Mandia)

3 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer