* Arrêt de la cour d'appel attendu à la mi-journée
* Marine Le Pen saura si elle peut briguer l'Elysée ou non
* Jordan Bardella se tient prêt à être candidat à sa place
par Elizabeth Pineau
La cheffe de file du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, saura ce mardi si l'arrêt de la cour d'appel de Paris dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national (ex-RN) la laisse briguer l'Elysée pour la quatrième fois ou la contraint à s'effacer devant son dauphin, Jordan Bardella.
A partir de 13h30 au Palais de Justice de l'île de la Cité, la présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale écoutera la décision des juges, 15 mois après avoir été condamnée à quatre ans de prison dont deux ferme, aménageables sous surveillance électronique, cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire (immédiate), et 100.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds publics.
Ce dossier porte sur le détournement présumé par Marine Le Pen et une vingtaine d'autres cadres du parti des enveloppes versées mensuellement par le Parlement européen - pour la rémunération des assistants parlementaires des eurodéputés - afin de payer des employés qui travaillaient en réalité pour le compte du parti. Le préjudice est de 4,1 millions d'euros sur la période 2004-2016.
Une relaxe prononcée en appel éclaircirait l'horizon politique de la double finaliste de la course à l'Elysée en 2017 et 2022, qui est âgée de 57 ans. De même qu'une peine d'inéligibilité qui ne dépasserait pas deux ans et serait donc purgée le 31 mars 2027, assortie d'un sursis simple ou probatoire.
L'élection présidentielle se déroule les 18 avril et 2 mai 2027.
Une peine d'inéligibilité supérieure à deux ans annihilerait au contraire toute ambition présidentielle. Marine Le Pen a d'ores et déjà déclaré qu'elle ne comptait pas se pourvoir en cassation, une décision politiquement trop risquée au vu du calendrier serré qui s'impose à elle.
Elle a aussi marqué son refus de faire campagne sous bracelet électronique, si elle était condamnée à de la prison ferme.
"Quoi qu'il arrive, je ne serai pas morte. Quoi qu'il arrive, je continuerai à mener le combat pour mes idées", a-t-elle déclaré mercredi dernier sur LCI, ajoutant ne pas avoir "peur" de la décision judiciaire.
Dans ses réquisitions du 3 février 2026, le parquet général a demandé la confirmation de la condamnation de mars 2025, avec une peine allégée : quatre ans de prison dont un an ferme, aménageable sous bracelet électronique, 100.000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité, sans exécution immédiate.
RÉUNION AU NOUVEAU SIÈGE DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
L'empêchement de Marine Le Pen déclencherait la mise sur orbite présidentielle de l'eurodéputé Jordan Bardella, 30 ans, président du RN jusqu'ici pressenti pour aller Matignon en cas d'entrée de sa patronne à l'Elysée.
Les deux élus ont affiché leur complicité samedi à Liévin (Pas-de-Calais) pour un dernier rendez-vous devant les caméras avant la décision de la cour d'appel.
Si la justice en décide ainsi, Marine Le Pen s'est engagée à soutenir Jordan Bardella "avec une grande énergie, une grande conviction et une grande confiance".
Jordan Bardella l'a lui aussi assurée de son soutien, réitéré lundi soir dans un long message sur le réseau X.
"Je n'oublie pas à qui je dois d'avoir trouvé le chemin de l'engagement. Et je n'oublie pas les combats que nous nous sommes promis de mener ensemble", écrit-il. "Ensemble, pour tous les Français, jusqu'à la victoire."
Si les cadres du RN assurent que les deux figures du parti créé en 1972 par Jean-Marie Le Pen chemineront ensemble, la campagne présidentielle sera différente dans un cas ou dans l'autre, en termes de style mais aussi de positionnement politique.
Marine Le Pen a ainsi toujours affirmé qu'elle n'était ni de droite ni gauche et s'adressait à tous les Français, alors que Jordan Bardella a tendu la main aux "électeurs des droites sincères" à l'occasion des élections municipales de mars. Des divergences se sont aussi fait jour sur des questions économiques comme la réforme des retraites.
Malgré l'incertitude judiciaire, le RN reste haut dans les sondages et de récentes enquêtes donnent à Marine Le Pen et surtout Jordan Bardella une large avance sur les autres candidats au premier tour.
De retour du Parlement européen de Strasbourg à la mi-journée, Jordan Bardella ne sera pas présent au tribunal.
Une réunion au sommet est prévue dans l'après-midi au nouveau siège du RN, rue Cortambert dans le XVIe arrondissement de Paris, avant une intervention de Marine Le Pen dans le journal de 20h00 de TF1.
(Reportage Elizabeth Pineau)

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