par Laura Gottesdiener, Miguel Lo Bianco et Stef Haskins
D'abord, il y a eu les magasins, puis la gastronomie, et enfin la musique pop : l'engouement pour la Corée du Sud au Mexique s'est construit au fil des années pour devenir un véritable mouvement de masse.
Récemment, la présidente Claudia Sheinbaum a même partagé le balcon avec les stars de la K-pop, le groupe BTS, et les supporters venus assister à la Coupe du monde, accueillis par ce chant : "Coréen, mon frère, tu es désormais mexicain."
Mais cette relation naissante sera mise à l'épreuve jeudi à Guadalajara, lorsque les deux pays du groupe A s'affronteront lors de leur deuxième match du Mondial.
"Les Coréens et les Mexicains sont comme des frères et sœurs", assure Annie, une Sud-Coréenne de Californie, en voyage à Guadalajara pour assister au match.
Le lien entre la Corée et le Mexique est l’une des idylles géoculturelles les plus insolites au monde. Malgré la barrière de la langue, les 12.000 kilomètres de distance et un décalage horaire de 15 heures, l’influence coréenne a pris pied ici.
"La K-pop sert de porte d’entrée, mais au final, de nombreux jeunes finissent par s’intéresser à la langue, à l’éducation et à la culture", explique Erika Garza, directrice du département d’études asiatiques à l’Université autonome de Nuevo León.
Cette influence coréenne est particulièrement évidente à Monterrey, où l’arrivée de Kia et d’autres grandes entreprises coréennes au cours de la dernière décennie a entraîné l’afflux de milliers de Sud-Coréens.
Yoona Jwa, une étudiante de 19 ans, a fait partie de cette vague lorsque sa famille a quitté la Corée du Sud pour s’installer à Monterrey pour le travail de son père. Elle avait huit ans et a réussi à s'intégrer en jouant au football.
LIESSE DEVANT L'AMBASSADE SUD-CORÉENNE
Mais depuis peu, ce sont désormais ses amis mexicains qui découvrent sa culture.
"Un jour, je roulais en voiture avec mes amis et ils chantaient une chanson que je ne reconnaissais pas, puis je me suis rendu compte qu’ils chantaient en coréen !", raconte-t-elle.
Devant une boutique de Monterrey dédiée à la K-pop, Christopher Elizondo, un Mexicain de 18 ans, ne sait même pas quelle équipe il soutiendra jeudi tant il est fan de la musique sud-coréenne.
Les destins du Mexique et de la Corée du Sud se sont déjà croisés par le passé en Coupe du monde.
En 2018, les deux pays figuraient déjà dans le même groupe. Le Mexique semblait se diriger vers l’élimination après sa défaite face à la Suède (3-0), avant d'obtenir sa qualification en huitièmes de finale grâce à la victoire surprise de la Corée du Sud contre l’Allemagne (2-0).
Malgré cette victoire contre l'équipe qui était alors championne du monde en titre, la Corée du Sud n'avait pas réussi à s'extirper de sa poule ni la Mannschaft d'ailleurs.
Des supporters en liesse s'étaient rassemblés devant l’ambassade de Corée du Sud à Mexico, où le consul est sorti, vêtu d’un maillot de l’équipe nationale mexicaine, pour saluer la foule.
Cette année, le Mexique et la Corée du Sud occupent respectivement la première et la deuxième place de leur groupe avec trois points grâce à leur succès respectif contre l'Afrique du Sud (2-0) et la République tchèque (2-1).
(Reportage de Stef Haskins et Miguel Lo Bianco à Guadalajara, Laura Gottesdiener à Monterrey, rédigé par Stephen Eisenhammer; version française Vincent Daheron, édité par Benoit Van Overstraeten)

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