Chloé P. (c), entourée de ses parents, attend le début du procès de son ex-compagnon Marvin J. pour tentative de meurtre aggravé en 2022, devant les assises du Loir-et-Cher, le 15 janvier 2026 à Blois ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )
Une affaire "symbolique": un homme est jugé depuis jeudi devant la cour d'assises du Loir-et-Cher pour tentative de meurtre aggravé sur son ex-compagne, Chloé P., qui avait vainement tenté de déposer plainte avant sa violente agression en 2022, dont elle garde de graves séquelles.
La jeune femme a pris place à l'ouverture de l'audience devant une dizaine de journalistes, accompagnée de ses parents. Elle est restée sans réaction à l'arrivée de l'accusé, Marvin J., apparu le crâne rasé et en jogging dans le box, qui risque la perpétuité.
Elle souffre aujourd'hui de lésions cérébrales majeures, a perdu l'usage de son œil droit, présente des séquelles neurologiques irréversibles et une lourde perte auditive.
Elle n'a pas montré davantage de réactions quand elle l'a écouté affirmer qu'il n'avait pas pensé à la mort de la jeune femme "au moment des faits", qu'il a qualifiés de "très graves" et qui lui ont "fait oublier beaucoup de choses". Elle avait rencontré le jeune homme, sans emploi, sur internet en août 2022.
Durant plus d'une heure, Marvin J., 27 ans, est notamment revenu sur les quatorze mentions inscrites dans son casier judiciaire, parmi lesquelles plusieurs condamnations pour violences, dont une pour violences conjugales.
"J'ai eu un comportement d'autodestruction", a-t-il déclaré, souvent agacé par les questions qui lui étaient posées, se décrivant comme "impulsif, colérique et jaloux".
Il avait reconnu lors de ses auditions avoir été l'auteur de violences ce jour-là, dont des coups de pieds dans le visage, mais en niant toute volonté de donner la mort.
Son avocat, Me Stéphane Rapin, a rappelé à la mi-journée qu'il "contesterait" l'intention d'homicide, évoquant "un moment de grande colère sans se rendre compte des conséquences".
Le 13 décembre 2022, Chloé P., alors âgée de 24 ans, se présente au commissariat de Blois pour porter plainte contre son ex-compagnon. Mais sur place, cette manager dans une pizzeria est invitée par le fonctionnaire de police à revenir le lendemain.
Elle est retrouvée deux heures plus tard par les policiers, alertés par des voisins, laissée pour morte dans une mare de sang, au milieu des parties communes de son immeuble.
Chloé P. attend le début du procès de son ex-compagnon Marvin J. pour tentative de meurtre aggravé en 2022, devant les assises du Loir-et-Cher, le 15 janvier 2026 à Blois ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )
Pendant plusieurs semaines, la jeune femme est en réanimation, le pronostic vital engagé. Elle va rester deux mois dans le coma, jusqu'en février 2023, avec une ITT fixée à 120 jours prononcée.
Cette affaire est "révélatrice" et "symbolique" de "la méconnaissance de ce que sont les violences conjugales", a dit l'avocate de la victime, Me Isabelle Steyer.
- Alertes ignorées -
"Il faut que cette audience puisse permettre à Chloé de se reconstruire", a-t-elle dit aux journalistes. "C'est extrêmement important pour elle d'entendre ce qu'elle a subi".
Chloé P., victime de violences mais aussi d'insultes et de harcèlement, avait rompu avec Marvin J. quelques semaines avant les faits.
Chloé P. parle avec son avocate Me Isabelle Steyer (G) à l'entrée de la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois le 15 janvier 2026 ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )
"On lui a enlevé le plaisir de vivre, mais c'est une force de la nature, qui porte la voix de toutes celles qui n'en ont plus", a décrit Me Steyer, estimant que ce dossier "ne raconte pas une violence imprévisible", mais "trois alertes ignorées et une protection refusée".
Un équipage de policiers municipaux était déjà intervenu dans l'après-midi peu avant le drame, pour une dispute en pleine rue entre le suspect et la victime, sans relever de violence et incitant la jeune femme à se rendre au commissariat pour déposer plainte.
Le policier qui a renvoyé chez elle Chloé P., un major alors âgé de 55 ans et suspendu à titre conservatoire dans un premier temps, a été mis à la retraite d'office en janvier 2024.
Il devrait être entendu à l'audience, comme témoin.
Le verdict est attendu vendredi.

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