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Entre la France et le Tchad, les coulisses d'un rapprochement
information fournie par AFP 01/10/2026 à 10:54

Le président tchadien Mahamat Idriss Deby Itno, à gauche, avec à sa droite le président français Emmanuel Macron, le 29 janvier 2026, à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

Le président tchadien Mahamat Idriss Deby Itno, à gauche, avec à sa droite le président français Emmanuel Macron, le 29 janvier 2026, à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

Deux ministres dépêchés à Paris, des protocoles d'accord signés dans l'élevage, la santé, les infrastructures, l'énergie... Le forum d'affaires France-Tchad qui s'est tenu le 25 septembre a marqué une nouvelle étape du rapprochement amorcé en janvier par les présidents Emmanuel Macron et Mahamat Idriss Déby Itno.

Les liens entre le Tchad et la France, ancien occupant colonial, s’étaient nettement dégradés en novembre 2024 avec la rupture soudaine par N'Djamena de l'accord de défense liant les deux pays, mettant fin à 60 ans de déploiement de troupes françaises dans le pays.

Une nouvelle déconvenue pour la France au Sahel, à l'époque plus isolée que jamais après avoir été chassée les années précédentes du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Organisée par le Medef, la principale organisation patronale française, le forum de vendredi dernier a réuni 250 entreprises pour encourager les investissements dans le pays sahélien, dont l'ambitieux plan de développement vise à réunir 30 milliards de dollars (26,5 milliards d'euros) et accroître son PIB de 60 % d'ici 2030.

Il s'agit de "démilitariser" et "diversifier" une relation longtemps centrée sur le sécuritaire, confie une source française au fait du dossier. "On veut montrer à Déby qu'on est sérieux quand on dit qu'on veut développer la relation économique".

"La dynamique est très bonne (...) Il y a des consultations très régulières et une considération sincère, on se sent écoutés", confirme à l'AFP l'ambassadrice du Tchad à Paris, Amina Priscille Longoh, l'une des chevilles ouvrières de ce rapprochement.

À l'image du ministre des Finances tchadien Tahir Hamid Nguilin, reçu par son homologue français Roland Lescure à son ministère en marge du forum, les costumes de technocrates en col blanc ont remplacé les treillis d'autrefois - en apparence du moins.

Reprise "discrète"

Après plus d'un an de tensions, le dégel a été acté en janvier dernier lors de la réception du maréchal Déby à l'Élysée, puis réaffirmé durant le sommet Africa Forward organisé en mai à Nairobi, au Kenya, où il s'est à nouveau entretenu avec Emmanuel Macron.

Les deux chefs d'État ont affiché "l'ambition d'un partenariat revitalisé", tandis que le Tchad qualifiait la coopération économique de "priorité".

Mais la coopération sécuritaire a bel et bien repris "de manière timide et discrète" depuis le début de l'année, selon un officier supérieur tchadien à l'AFP, ce que confirment des sources françaises sous couvert d'anonymat.

En avril, une équipe d'officiers français a été dépêchée à N'Djamena pour "évaluer les besoins" de l'armée tchadienne en termes de formation, mais aussi de renforcement des capacités et de partage de renseignement.

À Paris, on répète que la présence française n'aura pas l'amplitude qu'elle a connue par le passé, avec des avions de chasse Mirage et jusqu'à 1.500 soldats français stationnés dans le pays. Plusieurs sources militaires évoquent une reprise "prudente" et "progressive", même si le passage ponctuel d'avions de chasse n'est "pas forcément exclu" à l'avenir.

Pour l'instant, il a été convenu "que des agents français - déjà sur place - travaillent avec l'Agence nationale de sécurité de l'État", le principal service de renseignement tchadien, assure l'officier tchadien.

"Ils ont loué un avion ISR (spécialisé dans la collecte d'informations en temps réel) pour surveiller la frontière et les jihadistes de Boko Haram, capter les écoutes", dit-il. "Ils scannent la région du lac Tchad et nos forces interviennent".

Les Tchadiens espèrent également, selon lui, que la France leur enverra "un petit dispositif d'avions de renseignement" pour surveiller l'ensemble des frontières.

Drones turcs immobilisés

Le président tchadien, qui a cherché à diversifier ses partenariats sécuritaires en se tournant notamment vers les Émirats arabes unis et la Turquie, se trouve aujourd'hui dans une position régionale délicate.

La guerre au Soudan à l'est, déstabilisatrice pour ses voisins, a notamment rebattu les cartes.

Officiellement neutre, le président Déby est accusé par l'armée soudanaise de faciliter les envois d'armes émiraties aux paramilitaires des FSR, qui combattent les forces gouvernementales. En parallèle, N'Djamena a reçu en 2023-2024 quelque 700 millions de dollars (619 millions d'euros) de prêts et de financements directs émiratis.

Or, le pouvoir tchadien est "inquiet de l'avenir de ce partenariat", soulignait récemment Roland Marchal, chercheur spécialiste de l'Afrique centrale.

"Il sait bien que l'intérêt d'Abu Dhabi est avant tout lié à la situation au Soudan. Le vent peut tourner à tout moment en fonction de l'évolution de la guerre", abonde un fin connaisseur de la région.

S'ajoute à cela la persistance des menaces rebelles et jihadistes aux autres frontières tchadiennes : à l'ouest, l'insurrection de Boko Haram et au nord, la présence de groupes armés hostiles dans le sud libyen et le nord du Niger.

Après le départ des Français, l'armée tchadienne espérait combler les moyens aériens qui lui font cruellement défaut grâce aux drones de fabrication turque en vogue sur le continent, mais "les choses ne sont pas passées comme prévu", résume une source au fait du dossier.

Certains drones - dont le pilotage et la maintenance sont en partie assurés par des opérateurs turcs - ont été immobilisés à plusieurs reprises, en raison d'impayés de 50 millions de dollars (44 millions d'euros) par la partie tchadienne, selon une source informée du dossier. Une information démentie par l'officier tchadien, qui a évoqué "une efficacité impeccable".

Pour la France, privée de capteurs au Sahel ces dernières années, c'est en tout cas l'occasion d'y reprendre pied.

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