Au sein de l'Union européenne, la crise a notamment relancé le débat récurrent sur le fonctionnement du marché de l'électricité.
( AFP / THIBAUD MORITZ )
Le conflit au Moyen-Orient bouleverse le marché de l'énergie, en bloquant une partie de la production de gaz et de pétrole. Face à la flambée des prix, l'Europe ne peux que constater la faiblesse des leviers à sa disposition.
Le point sur la situation, alors que les ministres de l'Énergie des Vingt-Sept se retrouvent lundi 16 mars à Bruxelles, pour préparer un sommet entre chefs d'État et de gouvernement de l'UE jeudi dans la capitale européenne.
• Les États en première ligne à court terme
La réponse immédiate à l'envolée du pétrole et du gaz est passée par les États et par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), et pas directement par l'Union européenne. Mercredi dernier, les 32 pays membres de l'AIE dont les États-Unis, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie, le Japon et le Canada (les pays du G7) ont décidé de débloquer massivement des réserves stratégiques de pétrole pour tenter de contenir la flambée.
Au sein de l'UE, la Croatie et la Hongrie ont annoncé le plafonnement des prix des carburants. La Grèce a quant à elle plafonné les marges sur les prix à la pompe pour éviter la spéculation.
La France, déjà dans le rouge sur le plan budgétaire, a renforcé ses contrôles dans les stations-service pour éviter que la guerre au Moyen-Orient ne serve de prétexte à des hausses abusives. Et le géant TotalEnergies a plafonné ses prix à la pompe, après des appels du pied du gouvernement.
Concernant l'énergie et le prix de l'électricité, le commissaire européen Dan Jorgensen a suggéré aux États qui "le peuvent" de baisser les taxes, mentionnant une potentielle réduction de la facture des consommateurs de 200 euros par an en moyenne. Encore faut-il avoir des marges de manœuvre au niveau budgétaire.
• Débat récurrent sur le marché de l'électricité
Au sein de l'Union européenne, la crise a relancé un débat aussi vif que récurrent sur le fonctionnement du marché de l'électricité.
En Europe, le prix de l'électricité est largement déterminé par celui du gaz car il est calculé à partir de la dernière centrale utilisée pour satisfaire la demande, soit souvent les centrales à gaz quand la consommation augmente.
"Tant qu'on est obligé d'appuyer sur les centrales thermiques aux heures de pointe, le prix marginal sera toujours déterminé par l'énergie fossile", souligne l'économiste Marc Baudry. Ce chercheur de la chaire d'économie du climat (Paris Dauphine) ne s'attend "pas à un grand soir" sur le sujet, car réformer le marché de l'électricité "est très compliqué à faire" .
L'Union européenne avait déjà adopté une réforme en mai 2024, après des débats acharnés. Mais une partie de l'industrie et certains États, Italie en tête, appellent à changer les règles. Sous pression, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, "étudie la possibilité" de subventionner, voire de plafonner le prix du gaz utilisé dans la formation du prix de l'électricité.
L'UE avait déjà opté pour un mécanisme de correction de marché de ce type fin 2022 après l'envolée des prix liée à la guerre en Ukraine, mais ne l'a jamais déclenché, tant les conditions pour y recourir étaient nombreuses.
Et le coût de l'énergie, au moins trois fois plus cher qu'aux États-Unis, a d'abord une explication structurelle : l'absence de ressources fossiles dans l'UE. D'où les appels de la Commission à accélérer la décarbonation de l'industrie.
• Bras de fer sur la tarification du carbone
Autre revendication de pays d'Europe centrale et de l'Italie, réformer voire suspendre le marché du carbone dans l'UE. Une large partie de l'industrie, dont la chimie allemande, impute une part de la facture de l'énergie au prix du CO2 , autour de 70 euros la tonne actuellement.
Depuis 2005, l'Union européenne a créé ce marché des quotas d'émissions carbone, un outil pionnier dans la lutte contre le changement climatique. Pour couvrir leurs émissions de CO2, les producteurs d'électricité et les industries énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) doivent acheter des "permis de polluer" sur le marché européen des quotas carbone , baptisé "ETS" en anglais. Le total des quotas baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins.
Pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits d'émissions sont alloués mais ils sont réduits progressivement, jusqu'à disparaître d'ici 2034. Des industriels voudraient que les quotas gratuits perdurent.
La Commission européenne n'a pas l'intention de réformer fondamentalement ce marché, mais étudie des flexibilités.
Huit États dont la Suède, l'Espagne ou les Pays-Bas ont appelé à ne pas remettre en cause cette tarification du carbone, "pierre angulaire de la politique climatique de l'UE".
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