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En Israël, l'issue du premier scrutin post-7 octobre reste incertaine
information fournie par Reuters 26/10/2026 à 15:21

Quelque 7,3 millions d'électeurs israéliens sont appelés aux urnes mardi pour des élections législatives qui décideront du sort du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de sa coalition d'extrême droite au pouvoir, l'Etat hébreu organisant son premier scrutin national depuis l'attaque meurtrière du Hamas du 7 octobre 2023, qui a marqué un tournant dans la situation sécuritaire au Proche et Moyen-Orient.

Vivement critiqué pour n'avoir pas su empêcher l'attaque du 7-Octobre, qui a fait plus de 1.200 morts et conduit Israël à lancer des guerres à Gaza, au Liban et en Iran, Benjamin Netanyahu, 77 ans, aborde le scrutin affaibli, malgré le soutien affiché du président américain Donald Trump.

S'il semblait depuis longtemps en passe de perdre le pouvoir et alors que les sondages d’opinion indiquent une forte baisse de popularité de son parti, le Likoud, Benjamin Netanyahu reste malgré tout au coude-à-coude avec son principal rival, l'ancien chef d'état-major de l'armée israélienne Gadi Eisenkot, à la tête du parti centriste Yashar.

Les électeurs sont appelés à renouveler les 120 membres de la Knesset - l'unique chambre du Parlement israélien - pour des mandats de quatre ans, élus à la proportionnelle à scrutin de liste.

Pour être représentée au Parlement, une liste doit recueillir au moins 3,25% des voix, ce qui lui permet d'obtenir quatre sièges. Aucun parti n'a jamais réussi à gagner seul la majorité absolue et les gouvernements sont donc le fruit de coalitions, parfois fragiles.

Ce système accorde une grande importance aux petits partis, souvent indispensables à la formation d'une coalition viable. Les Premiers ministres sont ainsi régulièrement contraints de satisfaire leurs exigences pour garantir la survie de leur cabinet.

C'est ainsi que Benjamin Netanyahu s'est appuyé dernièrement sur des partis juifs ultra-orthodoxes, qui exigent une exemption quasi totale du service militaire obligatoire pour les membres de leurs communautés, un privilège largement dénoncé au sein de la population israélienne, particulièrement en temps de guerre.

Tour d'horizon des principaux candidats et listes qui pourront faire basculer l'issue de ces élections législatives :

BENJAMIN NETANYAHU - Likoud

Au pouvoir la majeure partie du temps depuis 2009, après un premier mandat de Premier ministre dans les années 1990, Benjamin Netanyahu est devenu le visage d’Israël à l’étranger et une figure clivante dans son pays.

Ses partisans le surnomment "le roi Bibi" et voient en lui le leader fort dont Israël a besoin pour se défendre dans une région hostile.

Visé par un mandat d'arrêt international de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre présumés à Gaza – ce qu’il rejette – et jugé en Israël pour des accusations de corruption – qu’il nie également –, Benjamin Netanyahu se bat dans ce scrutin pour sa survie politique.

Les sondages d’opinion indiquent une forte baisse de popularité du Likoud depuis le 7 octobre 2023, qui a ébranlé sa crédibilité en matière de sécurité.

Si les Israéliens ont largement soutenu les guerres contre le Hamas dans la bande de Gaza, contre le Hezbollah au Liban et contre l'Iran, les sondages montrent toutefois une perte de confiance en leur Premier ministre.

Les politiques de son gouvernement sur les questions de religion et d’État ont également été mal accueillies par de nombreux Israéliens.

Mais Benjamin Netanyahu est un survivant politique hors pair. Il a déclaré vouloir former un gouvernement "national élargi" après les élections, s’il venait à l’emporter. En cas d’impasse à l'issue du scrutin, il pourrait rester Premier ministre par intérim pendant de nombreux mois.

Vétéran de la scène politique israélienne, il a prouvé tout au long de sa carrière politique une capacité d'adaptation et de résistance lui ayant permis d'acquérir la plus grande longévité à la tête du gouvernement depuis la création de l'Etat hébreu.

L'actuel Premier ministre a tenté une dernière fois de rallier des soutiens avant les élections en mettant en garde contre la menace iranienne, en publiant dimanche une image générée par IA montrant un champignon atomique au-dessus du centre de Tel-Aviv, accompagnée de la mention "Israël est confronté à un danger existentiel réel et tangible".

Il s’est également vanté du soutien de Donald Trump, laissant entendre que les deux dirigeants pourraient relancer leur guerre contre l’Iran s’il remportait les élections.

"Le président américain Donald Trump nous a offert une amitié sans précédent entre un Premier ministre israélien et un président américain. Et il est peu probable que nous ayons à nouveau un président aussi amical", a-t-il déclaré lors d’une intervention télévisée tard dans la nuit de dimanche.

"Il lui reste encore deux ans (à la Maison blanche), et il dit qu’il vous appelle à voter pour moi."

PRINCIPAUX RIVAUX DE NETANYAHU

Si les enquêtes d'opinion montrent qu'aucun des concurrents de Benjamin Netanyahu ne dispose d'une voie dégagée pour le déloger du pouvoir, certains partis aspirent à affaiblir sa coalition.

* L’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, âgé de 66 ans, qui a perdu un fils lors des combats à Gaza, se présente comme un outsider politique, un soldat et un partisan de la ligne dure en matière de sécurité.

Il dirige un nouveau parti centriste appelé Yashar, qui signifie “droit” ou “honnête” en hébreu.

Gadi Eisenkot promet une rupture avec Benjamin Netanyahu et ses alliés d'extrême droite, mais pas avec leur fermeté assumée sur les questions de sécurité.

Il s'oppose aussi à la création d'un Etat palestinien et affirme que la branche militaire du Hamas doit être détruite ou dissoute.

* Classé à droite, l'ancien Premier ministre Naftali Bennett, 54 ans, ancien commando, ancien collaborateur de Benjamin Netanyahu et millionnaire du secteur des hautes technologies, s’est allié à l’ancien Premier ministre centriste Yair Lapid.

Leur nouveau parti, “Ensemble”, met dans ses messages l’accent sur la guérison d’une nation traumatisée et le retour du pays sur la bonne voie. Les deux hommes se situent aux antipodes du spectre politique mais leur alliance a réussi à évincer Benjamin Netanyahu lors des élections de 2021.

* L’ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman, 68 ans, était autrefois un proche allié de Benjamin Netanyahu. Encore plus belliciste que ce dernier, il a quitté le gouvernement Netanyahu en 2018, accusant le Premier ministre d’être trop conciliant envers les groupes armés palestiniens de Gaza.

Il est devenu l’un des détracteurs les plus virulents de Benjamin Netanyahu. Son parti, “Israël Notre Maison” (Israel Beytenou), tire une grande partie de son soutien de la communauté des immigrés d’ex-Union soviétique.

* L’ancien général Yair Golan, 64 ans, salué pour avoir secouru des personnes sur l’un des sites visés par l’attaque du Hamas du 7 octobre, dirige le parti des Démocrates, fondé sur les vestiges moribonds de l'historique Parti travailliste et du petit parti de gauche Meretz.

CANDIDATS DU CAMP DE NETANYAHU ET ALLIÉS

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, 46 ans, et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, 50 ans, ont tous deux fait l’objet d’une attention internationale intense en raison de leurs politiques d’extrême droite à l’égard des Palestiniens.

Bezalel Smotrich a été le fer de lance de l’expansion rapide des colonies israéliennes en Cisjordanie, exprimant son espoir que cela “enterrerait” l’idée d’un État palestinien.

Itamar Ben-Gvir, qui a été condamné en 2007 pour incitation à la haine raciale contre les Arabes, a plaidé en faveur de la peine capitale pour les militants palestiniens reconnus coupables, du durcissement des conditions de détention des Palestiniens incarcérés et d’un assouplissement des conditions d’accès aux armes à feu pour les Israéliens.

Les deux hommes, tous deux candidats avec des listes indépendantes, ont plaidé en faveur de l’expulsion des Palestiniens de la bande de Gaza et de la recolonisation de cette enclave par Israël.

Benjamin Netanyahu s’appuie également depuis des années sur deux partis juifs ultra-orthodoxes, le Judaïsme unifié de la Torah et le Shas, pour assurer sa survie politique.

Leurs revendications visant à ce que leur communauté soit en grande partie exemptée du service militaire obligatoire, associées à leur faible participation au marché du travail et à leur dépendance vis-à-vis des aides de l’État, ont suscité la colère de nombreux Israéliens, d’autant plus en temps de guerre.

ACTEURS CLÉS POTENTIELS

Les partis qui ne se sont pas clairement rangés d'un côté pourraient faire pencher la balance en faveur de Benjamin Netanyahu ou de ses rivaux.

Parmi eux figurent Ra'am et la Liste unifiée, les deux partis qui représentent la minorité arabe d’Israël, qui représente environ 20% du pays.

À leurs côtés, on trouve un nouveau parti de droite appelé “Le Peuple d’Israël” et un parti de centre-droit appelé “Les Réservistes”, dont les résultats dans les sondages sont jusqu’à présent mitigés.

ISSUE DU SCRUTIN

Il est rare qu'une Knesset reste quatre ans en place, sans élections législatives anticipées, comme c'est le cas pour l'assemblée sortante.

Israël a connu à partir de 2019 une forte instabilité marquée par une succession d'élections et de gouvernements, jusqu'en 2022 lorsque Benjamin Netanyahu est parvenu à former une solide majorité parlementaire et à revenir au pouvoir, pour la sixième fois, en se rapprochant des suprémacistes et des ultra-orthodoxes pour atteindre une majorité de 64 sièges.

Le système électoral israélien favorise cependant la fragmentation du paysage politique et de complexes jeux d'alliance, rendant l'issue du vote hautement incertaine.

Même une victoire de l'opposition menée par l'ancien chef d'état-major de l'armée Gadi Eisenkot n'augurerait pas d'un profond changement de politique sur la scène internationale, celui-ci partageant une vision assez similaire de celle de Benjamin Netanyahu sur l'Iran ou la bande de Gaza.

Les observateurs s'attendent toutefois à ce qu'un nouveau gouvernement se montre moins permissif envers les violences des colons en Cisjordanie occupée.

Une fois la Knesset élue, un député proposé par le président israélien, Isaac Herzog, dispose de 28 jours pour former un gouvernement. Ce dernier doit ensuite obtenir la confiance de la Knesset.

En cas d'échec, le Parlement est dissous et de nouvelles élections sont organisées.

(Rédigé par Maayan Lubell, version française Etienne Breban et la rédaction de Paris, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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