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Édouard Geffray, le technicien de l'Éducation nationale rattrapé par la politique
information fournie par AFP 10/10/2026 à 09:58

Edouard Geffray en déplacement dans un lycée de Cachan, vendredi 9 octobre ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )

Edouard Geffray en déplacement dans un lycée de Cachan, vendredi 9 octobre ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )

Un premier anniversaire sans la fête : nommé il y a un an rue de Grenelle, Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale reconnu pour sa solide connaissance de l'institution, affronte sa première crise politique d'envergure avec la mobilisation lycéenne, révélatrice des limites de son profil de technicien.

"Il a les défauts de ses qualités. C'est quelqu'un qui connaît bien les dossiers, qui connaît bien l'Éducation nationale, mais en ce moment ça lui coûte certainement une capacité à apporter une réponse politique", estime auprès de l'AFP Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des collèges et des lycées.

L'embrasement du mouvement lycéen, dont la gestion par le gouvernement fait débat, a amené sous le feu des projecteurs ce ministre jusqu'ici très discret dans l'équipe Lecornu.

Selon un interlocuteur régulier d'Emmanuel Macron, le président lui reprocherait d'avoir sous-estimé la contestation, de ne pas avoir "senti le truc venir" et d'avoir tardé à se rendre sur le terrain.

"Il ne faut pas des réponses de directeur d'administration, il faut des réponses de politique", grince également un membre du gouvernement.

"Certains me reprochent d'être technique, mais technique, ça veut dire aussi qu'on dit la vérité des prix et qu'on arrête de mentir aux gens", a rétorqué vendredi le ministre lors d'un déplacement dans le Val-de-Marne, après avoir reçu plusieurs fois les représentants des lycéens.

Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, qui a ferraillé avec le ministre lors d'un débat consacré à la mobilisation lycéenne, affirme à l'AFP l'avoir trouvé "plus fort politiquement que ce que l'on disait", mais "moins bon techniquement que ce que tout le monde prétendait".

"Serviteur de l'État"

Un portrait d'Edouard Geffray brandi lors d'une manifestation de lycéens à Toulouse, jeudi 8 octobre ( AFP / Lionel BONAVENTURE )

Un portrait d'Edouard Geffray brandi lors d'une manifestation de lycéens à Toulouse, jeudi 8 octobre ( AFP / Lionel BONAVENTURE )

Nommé le 12 octobre 2025 après le départ d'Élisabeth Borne, ce haut fonctionnaire de 48 ans connaît le ministère de l'Éducation nationale, qui a vu se succéder sept locataires depuis 2022, comme peu de ses prédécesseurs.

Diplômé de Sciences Po et ancien élève de l'ENA, Édouard Geffray a été secrétaire général de la Cnil puis brièvement directeur de cabinet de François Bayrou à la Justice, avant de rejoindre l'Éducation nationale comme directeur des ressources humaines puis directeur général de l'enseignement scolaire de 2019 à 2024.

À ce poste stratégique de numéro deux du ministère, il pilote notamment de l'intérieur la gestion de la crise sanitaire du Covid, la mise en œuvre de la réforme du baccalauréat sous Jean-Michel Blanquer et supervise la série de réformes engagées sous Gabriel Attal.

Très loyal envers les ministres qu'il a servis, soulignent plusieurs de ses interlocuteurs, Édouard Geffray a traversé les changements de cap successifs de la rue de Grenelle, appliquant des orientations parfois opposées à celles qu'il avait lui-même contribué à mettre en œuvre.

"Il y a un côté serviteur de l'État", résume Sophie Vénétitay.

Une image que l'intéressé revendique volontiers. "Je ne fais jamais le procès de mes prédécesseurs", assurait-il à l'AFP début septembre, estimant qu'ils avaient "pris les décisions qu'ils jugeaient justes à leur époque."

"Long terme"

Edouard Geffray à l'Assemblée nationale, le mardi 6 octobre  ( AFP / Dimitar DILKOFF )

Edouard Geffray à l'Assemblée nationale, le mardi 6 octobre ( AFP / Dimitar DILKOFF )

Devenu ministre à son tour, il n'a pas dérogé à la règle en abandonnant plusieurs mesures emblématiques de Gabriel Attal, comme les groupes de besoins au collège ou l'expérimentation de l'uniforme scolaire.

Répétant à l'envi qu'il n'y aurait pas de "réforme Geffray", il a privilégié jusqu'ici les ajustements aux bouleversements d'ampleur.

"Mon objectif, c'est de structurer les bases pour que mes successeurs puissent travailler sur le long terme", assure celui qui rappelle volontiers que "l'école se pense à vingt ans".

Depuis un an, il ne cesse par ailleurs d'alerter sur le déclin démographique, avec jusqu'à 1,7 million d'élèves en moins d'ici à 2035, selon les projections du ministère.

Les mauvais résultats obtenus par les élèves français à l'enquête Pisa 2025 ont conforté l'une des convictions du ministre : le collège constitue le principal point de fragilité du système éducatif.

"C'est préoccupant mais ce n'est, hélas, pas une surprise", estimait-il alors, évoquant un "effritement du niveau" observé depuis plusieurs années et appelant à faire du collège le "grand chantier" des prochaines années.

Parmi les autres marqueurs de sa première année figurent l'interdiction du téléphone portable au lycée, le durcissement des critères d'évaluation de l'orthographe aux examens ou encore un décret controversé renforçant les sanctions contre les élèves dont les parents menacent ou agressent des personnels de l'Éducation nationale.

1 commentaire

  • 10:17

    Ce mec est un génie : et hop une plateforme numérique pour exprimer tes doléances, et hop 3000 enseignants sorti de la poche gauche. J’adore ce style énarque.


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