(Actualisé avec détails)
L'administration du président américain Donald Trump va imposer à compter de ce vendredi des droits de douane de 10% et 12,5% contre une soixantaine de partenaires commerciaux, dont l'Union européenne, leur reprochant de ne pas lutter efficacement contre le commerce de biens réalisés grâce au "travail forcé".
De hauts représentants de l'administration américaine ont effectué cette annonce jeudi soir, alors que devaient expirer des taxes douanières temporaires de 10% sur tous les produits importés aux Etats-Unis.
Cette démarche s'inscrit dans le cadre d'efforts de la Maison blanche pour préserver la politique de droits de douanes voulue par Donald Trump, après que la Cour suprême des Etats-Unis a retoqué en février dernier les vastes taxes dites "réciproques" annoncées l'an dernier par le président américain contre des dizaines de partenaires commerciaux.
Les nouveaux droits de douane s'appliqueront à 99,4% des importations aux Etats-Unis, mais de nombreux produits - comme le pétrole, le gaz, les engrais ou certains produits alimentaires - devraient en être exemptés.
Une enquête pour des pratiques jugées "déloyales" avait été annoncée par le département américain du Commerce, qui a proposé en juin ces droits de douane supplémentaires en reprochant à des dizaines de pays de nuire aux échanges commerciaux des Etats-Unis par leur laxisme à l'égard du travail forcé.
Donald Trump avait décidé, dans la foulée de la décision de la Cour suprême, d'une mesure d'urgence prévoyant des droits de douane temporaires de 10% pour une durée de 150 jours - ces taxes expirent vendredi à 04h01 GMT.
Les droits de douane annoncés jeudi soir vont entrer en vigueur à ce moment précis, avec une exemption de quatre jours pour les biens actuellement en transit.
Un haut représentant de l'administration américaine a nié l'idée que la mesure liée au travail forcé venait directement remplacer les droits de douane sur le point d'expirer, en dépit des similarités de calendrier, de taux et de pays concernés.
Les Etats-Unis ont des restrictions plus sévères concernant les biens réalisés grâce au travail forcé et les appliquent avec une plus grande fermeté que n'importe quel autre pays, a dit ce représentant, ajoutant que cela conférait aux concurrents commerciaux de Washington un avantage déloyal.
Des droits de douane de 10% seront imposés sur les importations de Grande-Bretagne, du Canada, de l'Equateur, du Salvador, du Guatemala, du Honduras, d'Inde, d'Indonésie, du Mexique, du Pakistan, d'Argentine, du Bangladesh, du Cambodge, de Jordanie, de Malaisie, du Sri Lanka, et de Trinidad et Tobago.
L'Union européenne, Taïwan, la Corée du Sud, la Suisse et le Japon se voient visés par des taux qui, ajouté à ceux déjà en vigueur visant la nation la plus favorisée, s'élèveraient à 10% ou 12,5%.
Les 38 pays restant, dont la Chine, se sont vus attribué un taux de 12,5%.
RÉACTIONS
Plusieurs pays se sont élevés contre ces nouveaux droits de douane peu après leur annonce.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a remis en cause les motifs invoqués par Washington pour imposer de nouveaux droits de douane sur les produits européens.
Elle a affirmé que les allégations concernant des lacunes dans les contrôles de l'UE en matière de travail forcé étaient sans fondement et que le bloc chercherait à obtenir des clarifications de la part de Washington.
Le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, a déclaré que "ce droit de douane imposé à la Norvège ne repose sur rien, car nous disposons déjà de règles claires visant à empêcher le commerce de marchandises produites en recourant au travail forcé".
L'Australie et le Brésil ont estimé que les nouveaux droits de douanes étaient injustifiés et ont dit qu'ils tenteraient d'obtenir leur retrait.
"Nous continuerons d'échanger de manière constructive sur avec les Etats-Unis sur cette question, ainsi que sur d'autres dossiers en suspens, au cours des prochaines semaines, dans l'intérêt mutuel de nos citoyens", a dit le ministre canadien du Commerce Dominic LeBlanc.
(David Lawder; version française Jean Terzian et Camille Raynaud)

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