Cette photographie montre le domicile du plus jeune fils de Liliane Coinchelin, à Saint-Michel-sur-Meurthe, le 6 mars 2026 ( AFP / SEBASTIEN BOZON )
Deux frères ont été mis en examen vendredi, soupçonnés d'avoir séquestré et affamé leur mère, et d'avoir dissimulé sa mort pendant plusieurs années, avec la complicité de la compagne de l'un d'eux, dans un village des Vosges.
Une enquête pour disparition inquiétante avait été déclenchée après le signalement, le 28 janvier, de l'absence de Liliane Coinchelin, habitante de Saint-Michel-sur-Meurthe, une commune de 1.700 habitants proche de Saint-Dié-des-Vosges.
Les deux fils de cette femme née en 1953 et placée sous tutelle, ainsi que la compagne de l'aîné, avaient donné "des versions peu crédibles sur la disparition, indiquant notamment qu'ils l'avaient vue en début d'année 2026, alors que les témoins entendus indiquaient n'avoir pas vu l'intéressée depuis plusieurs années", a indiqué le procureur d'Epinal, Frédéric Nahon, dans un communiqué.
Le trio a alors été placé en garde à vue. Le plus jeune des fils, 39 ans, a gardé le silence, mais l'aîné, 45 ans, et sa compagne de 40 ans ont reconnu que Liliane Coinchelin "avait été séquestrée" au domicile du cadet "pendant plusieurs mois en étant enfermée dans sa chambre, sans aucun soin et peu de nourriture".
"Elle y était privée de liberté" derrière une "glace sans tain" et "surveillée en permanence par une caméra reliée aux téléphones de ses deux fils".
Le fils aîné a affirmé que son frère avait "poussé sa mère à plusieurs reprises sur le lit" et que l'état de santé de la vieille dame "s'était dégradé", celle-ci ne pesant plus que 30 kg.
Lors de sa dernière audition, il a avoué "avoir vu son frère secouer sa mère", décédée "juste après ce geste".
Cette photographie montre le jardin fouillé à la recherches du corps de Liliane Coinchelin à Saint-Michel-sur-Meurthe, le 6 mars 2026 ( AFP / SEBASTIEN BOZON )
Les faits se seraient déroulés entre octobre 2022 et fin janvier 2023, alors que la victime avait un peu moins de 70 ans.
Selon l'aîné, son frère a ensuite entreposé le cadavre de leur mère dans le garage, puis l'a enterrée dans un bois.
- "Il était mauvais" -
Le plus jeune a été mis en examen pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort, et atteintes à la dignité d'un cadavre. Son aîné, 45 ans, et sa compagne, 40 ans, sont eux poursuivis pour complicité d'actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort. Les trois sont en outre poursuivis pour séquestration et escroquerie, le tout en bande organisée.
La détention provisoire des trois mis en examen, sans casier judiciaire, a été requise.
Selon le maire de Saint-Michel, William Mathis, Liliane Coinchelin était issue d'une "bonne famille" de mécaniciens du village.
Son fils qui l'a séquestrée "était mauvais avec tout le monde, il insultait, faisait des doigts d'honneur", a témoigné un de ses voisins, Pierre Glay.
Les trois suspects "se sont concertés depuis plusieurs années pour dissimuler la séquestration de la victime, ses conditions inhumaines d'hébergement, les actes subis et son décès", a souligné le procureur.
Ils ont continué "à percevoir ses revenus et faire fonctionner ses comptes". De "nombreux prêts" avaient ainsi été souscrits par les deux frères.
- Battue -
Devant policiers, commerçants, voisins et services chargés de la tutelle, ils ont maintenu leur version, affirmant même qu'ils avaient "passé les fêtes de Noël avec elle", a observé le procureur.
Ils ont, en outre, organisé récemment une battue à laquelle ont pris part une quarantaine de personnes, dont la plupart n'habitaient pas le village, selon le maire.
"Il y avait déjà quelque chose de palpable, de façon un peu subliminale... pour se dire que c'était peut-être une +mise en scène+", s'est rappelé l'élu.
"Je n'imaginais jamais une issue pareille", a-t-il dit, confiant sa "surprise" et sa "douleur".
L'enquête va se poursuivre notamment pour retrouver le corps de la victime.
Les abords de la maison ont été récemment fouillés et des traces de ces opérations étaient toujours visibles vendredi, a constaté un photographe de l'AFP. Des scellés étaient également visibles sur la porte d'entrée du pavillon entouré de verdure, ainsi que sur celle du garage. A la nuit tombée, une lumière était restée allumée à l'intérieur.
"Mon souhait le plus cher, maintenant, c'est qu'on retrouve le corps et qu'on puisse lui donner une sépulture digne", a confié le maire du village.

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