Aller au contenu principal
Fermer

Dans les marais d'Harchies, conflit de voisinage franco-belge autour de la chasse au gibier d'eau
information fournie par AFP 22/08/2026 à 12:01
Ajoutez Boursorama à vos sources préférées

L'ornithologue belge Alain Malengreau observe des oiseaux depuis une cabane dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

L'ornithologue belge Alain Malengreau observe des oiseaux depuis une cabane dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

"Activité passionnelle" et légale pour les uns, "carnage" pour les autres: dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, des associations fustigent la chasse au gibier d'eau, autorisée à quelques kilomètres, du côté français de la frontière.

L'ornithologue belge Alain Malengreau dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

L'ornithologue belge Alain Malengreau dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

"Les oiseaux n'ont pas de frontières", clament plusieurs pancartes du cortège d'environ 700 personnes qui s'est élancé vendredi soir à la tombée du jour à Bernissart (Belgique) à l'appel de neuf organisations, dont la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux (LRBPO) et la Ligue de la protection des oiseaux (LPO) des Hauts-de-France.

Quand retentissent les premiers coups de feu, marquant l'ouverture de la chasse au gibier d'eau côté français, les manifestants déposent symboliquement des centaines de dessins de canards "morts pour la France des chasseurs" au pied d'une stèle côté belge.

Un ornithologue belge observe des oiseaux depuis une cabane dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Un ornithologue belge observe des oiseaux depuis une cabane dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Les 550 hectares des marais d'Harchies sont un "lieu exceptionnel" pour la Belgique, souligne Nicolas Schümmer de la LRBPO.

"C'est notre Camargue (...), la zone humide la plus importante de Wallonie, et parmi les plus importantes de Belgique", abonde Alain Malengreau, ornithologue habitué de cette zone houillère, anciennement minière.

Manifestation contre la chasse au gibier d'eau dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Manifestation contre la chasse au gibier d'eau dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Chaque année, des milliers de foulques, fuligules, sarcelles, colverts, hérons, cormorans et même de rares butors étoilés sont recensés dans ces marais, inscrits au réseau européen d'espaces protégés Natura 2000.

"Investissements dans le vide"

La réserve, également protégée dans le cadre de la convention de Ramsar sur les espaces humides dont sont signataires France et Belgique, bénéficie de fonds de l'Union européenne et du gouvernement wallon, qui y a investi 1,4 million d'euros entre 2019 et 2024.

Des aigrettes dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Des aigrettes dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

"Des investissements dans le vide", soupire Nicolas Schümmer. "Chaque année, on repart à zéro: on s'attendrait à voir les populations d'oiseaux augmenter, mais leur nombre stagne avec la chasse", déplore-t-il.

Vue des marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Vue des marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Les oiseaux font partout face à d'autres pressions qui fragilisent les habitats, pour certaines liées à l'impact du réchauffement climatique sur les écosystèmes.

Depuis la mi-août, l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) a aussi appelé les autorités françaises à suspendre la chasse dans 44 départements, en raison d'une faune déjà fragilisée par les canicules et la sécheresse.

Une cane colvert dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Une cane colvert dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Alain Malengreau, également bénévole à Natagora, association qui cogère avec les autorités belges les marais d'Harchies, tente d'y évaluer l'impact de la chasse, en comptant les oiseaux qui passent la frontière avant et après son ouverture.

"En fonction des années, c'est jusqu'à quelques centaines d'oiseaux en moins (...), un carnage", déplore-t-il. Les oiseaux sont aussi "désorientés, avec le bruit, ils s'en vont", ce qui peut affecter notamment les migrateurs, qui partent pour de longs trajets sans s'être suffisamment nourris, ajoute-t-il.

Un Chevalier aboyeur (Tringa nebularia) dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Un Chevalier aboyeur (Tringa nebularia) dans les marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Mais pour le président de la Fédération départementale des chasseurs du Nord (FDC59), Simon Régin, ce type de comptage "n'est pas raisonnable".

"Il faut prendre en compte une population dans son entièreté: ce n'est pas parce qu'il y a 200 ou 300 canards tués un soir qu'il y a une remise en cause de la biodiversité", abonde Guillaume Puppinck, vice-président de la FDC59 et président de sa commission gibier d'eau.

"Zone tampon"

La zone française face aux marais d'Harchies accueille depuis des décennies des installations de chasse au gibier d'eau, sans chute notable de la biodiversité, assure M. Régin, soulignant la légalité de cette "activité passionnelle".

Car comme ailleurs en France, la chasse y est "strictement encadrée", et les autorisations de prélèvements s'appuient sur "des dispositifs de suivi scientifique" des espèces, rappelle la préfecture du Nord.

Vue des marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Vue des marais d'Harchies, une zone naturelle protégée belge, le 21 août 2026 à Bernissart dans le sud-ouest du pays ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Mais "les oiseaux ne connaissent pas de frontières administratives", pointe le cabinet de la ministre de l'Agriculture et de la ruralité de Wallonie, Anne-Catherine Dalcq, qui appelle à "investir dans les cadres de coopération internationale existants" pour harmoniser les réglementations relatives à la protection des espèces.

Interpellée par Mme Dalcq et plusieurs associations, la préfecture du Nord a répondu vouloir engager un "travail collaboratif" avec les chasseurs et les autorités belges.

"On ne demande pas l'interdiction de la chasse, on demande une zone tampon de 1.500 mètres autour de la frontière où la chasse ne pourrait être pratiquée, ce qui n'est quand même pas irraisonnable", plaide Eric Fouvez, président de la LPO des Hauts-de-France.

2 commentaires

  • 13:24

    C'est identique d'un bout à l'autre de la frontière avec le département du nord, le gibier d'eau provenant de Belgique et hollande est soumis à un feu nourri de la part des huttiers frontaliers dès l'ouverture en raison de l'absence de méfiance des oiseaux venant d'outre quiévrain.


Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Pages les plus populaires