Aliko Dangote, PDG du groupe nigérian Dangote, discute le 29 septembre 2026 à Nairobi ( AFP / SIMON MAINA )
L'homme d'affaires nigérian Aliko Dangote va poser mercredi sur la côte du Kenya la première pierre de sa nouvelle mégaraffinerie en Afrique, d'une capacité annoncée de 700.000 barils par jour, un pas supplémentaire selon lui vers l'autosuffisance du continent pour sa consommation de carburants.
Le groupe Dangote qu'il a fondé a déjà mis en service en 2024 au Nigeria la raffinerie de loin la plus productive d'Afrique, d'une capacité de 650.000 barils par jour, qu'il envisage de porter à 1,4 million d'ici 2028, ce qui en ferait la plus importante au monde.
La nouvelle raffinerie kényane sera construite près du port en eaux profondes de Lamu, inauguré en 2021, sur la partie littorale de ce comté kényan situé sur la côte nord-est, bordant l'océan Indien.
Le port de Lamu, où se déroulera la cérémonie de pose de la première pierre en présence du président kényan William Ruto et de plusieurs dirigeants africains, est placé sous haute sécurité mercredi, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Le comté de Lamu est surtout connu pour son archipel de plusieurs petites îles. Celle de Lamu abrite la vieille ville du même nom, construite au XIIe siècle en roche corallienne et bois de palétuvier. Elle a été inscrite par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) sur sa liste du patrimoine mondial car elle est "le plus ancien et le mieux préservé des lieux de peuplement swahilis en Afrique de l'Est".
Un membre du Service national de la jeunesse (NYS) du Kenya surveille des excavatrices et autres machines lourdes stationnées avant une cérémonie d'inauguration d'une raffinerie au port de Lamu (Kenya), le 30 septembre 2026 ( AFP / Luis TATO )
Le projet de raffinerie kényane, d'un coût évalué par Aliko Dangote à 16 milliards de dollars (14,1 milliards d'euros), est contesté en justice par des familles locales s'estimant spoliées de leurs terres - un tribunal rendra sa décision lundi - et critiqué par les défenseurs de l'environnement, dont Greenpeace qui estime qu'il "menace un écosystème fragile".
"Il n'y a aucun problème", a assuré mardi M. Dangote, blâmant "des gens qui ne veulent pas le développement de l'Afrique".
Selon lui, la nouvelle raffinerie comportera une centrale électrique d'une capacité de 1.000 mégawatts (MW), dont la moitié de la production sera injectée dans le réseau kényan.
"Allons-nous attendre?"
L'Afrique produit plusieurs millions de barils par jour, mais importe 70% des carburants consommés sur le continent, rappelle l'Africa Finance Corporation (AFC), une institution financière panafricaine, dans un rapport d'avril, avertissant que cette dépendance africaine aux importations de carburants allait s'accentuer.
L'AFC estime que les importations de carburant du continent devraient représenter en 2040 environ trois fois la capacité de la raffinerie géante du groupe Dangote au Nigeria.
Selon l'homme le plus riche d'Afrique, le projet kényan est donc une étape cruciale pour que le continent cesse de dépendre des importations pour son carburant et de l'expertise étrangère pour ses infrastructures.
"D'ici 2030, la majorité des pays africains seront autosuffisants" en carburants, a-t-il affirmé mercredi à Nairobi. "Cela importe peu où ils sont raffinés, mais cela devrait être sur le sol africain".
Si à l'avenir des entrepreneurs en Afrique prennent en charge des grands projets, il "ne sera plus nécessaire de faire venir" des entreprises "chinoises ou indiennes pour les construire", a-t-il souligné.
Un membre du Service national de la jeunesse (NYS) du Kenya surveille des excavatrices et autres machines lourdes avant une cérémonie d'inauguration d'une raffinerie de pétrole à Lamu (Kenya), le 30 septembre 2026 ( AFP / Luis TATO )
Si le Nigeria est l'un des principaux producteurs africains de brut, les observateurs s'interrogent sur l'origine du pétrole qui alimentera la future raffinerie kényane, les pays alentour commençant à peine à exploiter des réserves, de façon encore largement insuffisante.
Le brut, a répondu M. Dangote, proviendra de plusieurs zones hors d'Afrique et quand des pays tels que le Kenya, la Tanzanie ou le Mozambique produiront en quantité, ils disposeront d'une raffinerie opérationnelle.
"Allons-nous attendre" que l'Afrique abrite "un quart de la population mondiale avant de commencer à réfléchir à quoi faire? Il faut répondre au problème maintenant", a-t-il expliqué, soulignant que la raffinerie kényane ne répondrait que pour une faible part à la demande en Afrique si son économie croît.
"Quand on parle de 700.000 barils par jour, c'est en réalité peu", mais "cette raffinerie, ce n'est pas tout ce que nous allons faire ici, c'est juste le début (...) Vous allez voir le nombre d'industries qui vont venir autour de la raffinerie", a-t-il assuré.

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