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Corée du Sud-Plan d'indemnisation pour le travail forcé lors de la guerre
information fournie par Reuters 06/03/2023 à 06:26

(Actualisé tout du long avec éléments supplémentaires)

par Josh Smith, Soo-hyang Choi et Sakura Murakami

SEOUL/TOKYO, 6 mars (Reuters) - La Corée du Sud a annoncé lundi que des entreprises allaient indemniser les personnes soumises à du travail forcé lors de l'occupation du pays par le Japon entre 1910 et 1945, une démarche destinée à apaiser les tensions entre Séoul et Tokyo qui ont affecté leurs liens diplomatiques et commerciaux.

Saluée par le Japon, l'annonce a provoqué des critiques immédiates émanant d'associations de victimes et de l'opposition sud-coréenne, qui ont accusé le gouvernement sud-coréen de capituler face à Tokyo.

Alors que la querelle sur le travail forcé durant l'occupation nuit depuis des années aux relations diplomatiques entre Séoul et Tokyo, le président sud-coréen Yoon Suk-yeol a entamé depuis son arrivée au pouvoir l'an dernier des démarches pour réparer les liens entre les deux pays.

Le projet de Séoul prévoit d'indemniser les personnes soumises à du travail forcé via une fondation publique financée par le secteur privé, a indiqué le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Park Jin, lors d'un point de presse.

"Les relations aigries entre la Corée du Sud et le Japon ne doivent plus être négligées, et nous devons mettre fin à ce cycle vicieux dans l'intérêt national, pour la population", a-t-il déclaré, ajoutant espérer une réponse "sincère" de Tokyo dans le sillage de communiqués demandant pardon.

Le Premier ministre japonais Fumio Kishida a salué la proposition sud-coréenne et fait savoir qu'il allait travailler étroitement avec Yoon Suk-yeol.

De son côté, le ministre japonais des Affaires étrangères a déclaré que le projet de Séoul ne prévoyait pas d'investissements de la part des entreprises japonaises. Celles-ci, a ajouté Yoshimasa Hayashi, ont cependant toute latitude pour apporter une participation financière à la fondation sud-coréenne si elles le souhaitent.

Yoshimasa Hayashi a dit voir dans la démarche de Séoul un pas pour rendre plus saines les relations entre le Japon et la Corée du Sud.

"NOUVEAU CHAPITRE"

Les tensions entre les deux pays ont été un motif de préoccupation pour les Etats-Unis, lesquels comptent sur ces deux alliés importants pour présenter un front uni dans la région face à la puissance émergente de la Chine et aux menaces militaires de la Corée du Nord.

A Washington, Joe Biden s'est réjoui de l'annonce sud-coréenne, vue comme "un nouveau chapitre révolutionnaire de coopération et partenariat entre deux des alliés les plus étroits des Etats-Unis".

Il s'agit d'une "mesure décisive pour bâtir pour les populations coréenne et japonaise un futur plus sûr et plus prospère", a ajouté le président américain dans un communiqué.

Une source gouvernementale japonaise a déclaré que les Etats-Unis avaient fait pression sur le Japon et la Corée du Sud pour qu'ils se réconcilient, mais que la raison principale de ce rapprochement voulu par Yoon Suk-yeol était la menace géopolitique émanant de la Corée du Nord.

Quand le gouvernement sud-coréen a évoqué pour la première fois son projet, en janvier, les personnes soumises à du travail forcé et leurs familles ont exprimé leur mécontentement, dénonçant l'absence d'entreprises japonaises comme mécènes - notamment celles condamnées par des tribunaux sud-coréens à indemniser les victimes.

Le Parti démocrate, principal parti de l'opposition sud-coréenne, a reproché au gouvernement sa "diplomatie soumise".

L'agence de presse officielle sud-coréenne Yonhap, citant des sources gouvernementales, a rapporté par le passé que Séoul et Tokyo ont scellé un accord préliminaire pour créer un "fonds pour la jeunesse" destiné à verser des bourses scolaires grâce à des apports financiers de sociétés des deux pays.

Les tensions entre Séoul et Tokyo ont atteint un pic en plusieurs décennies après la décision de la Cour suprême sud-coréenne d'ordonner, en 2018, les entreprises japonaises à indemniser leurs anciens travailleurs forcés. Aucune de ces affaires n'a pour l'heure donné lieu à des indemnisations.

(Reportage Josh Smith, Soo-hyang Choi, Joyce Lee et Ju-min Park à Séoul, Yoshifumi Takemoto, Chang-ran Kim, Eimi Yamamitsu, Kantaro Komiya et Sakura Murakami à Tokyo; version française Jean Terzian)

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