Un poste de garde nord-coréen (h,d) et un haut-parleur géant, du côté nord de la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corées, visibles depuis Paju, le 20 octobre 2026 en Corée du Sud ( AFP / Jung Yeon-je )
La Corée du Nord a déployé de nouvelles "unités de tir" et prévoit de reprendre les émissions de propagande par haut-parleurs à sa frontière avec la Corée du Sud, a déclaré mercredi Kim Yo-jong, la puissante sœur du dirigeant Kim Jong-un.
Les tensions entre Séoul et Pyongyang se sont intensifiées depuis que la Corée du Sud a imputé le mois dernier à son voisin du Nord une explosion de mines terrestres dans la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux pays. Pyongyang rejette cette accusation.
"Nos unités tactiques de chasse prennent de nouvelles positions et, d'ici à la fin du mois d'octobre, les haut-parleurs destinés à la guerre psychologique contre la République de Corée seront opérationnels tout le long de la frontière", a déclaré Kim Yo-jong, en utilisant l'acronyme du nom officiel de la Corée du Sud (ROK, Republic of Korea).
La reprise prévue des opérations de diffusion par haut-parleurs a été annoncée mercredi, à l'issue d'une inspection des positions frontalières menée par Kim Yo-jong et le maréchal Pak Jong-chon.
"Nos dirigeants militaires ont souligné la nécessité de faire savoir à ces voyous que nos nouvelles unités de tir ont été placées en position de tir", a déclaré à travers les médias d'Etat la sœur cadette du dirigeant nord-coréen, considérée comme un des poids-lourds du régime.
Elle s'est exprimée au lendemain d'un avertissement de Séoul, qui a menacé d'une réponse "ferme" toute nouvelle provocation nord-coréenne.
Kim Yo-jong a ajouté que Kim Jong-un avait "donné l'ordre de fortifier la frontière".
Un poste de garde nord-coréen et des clôtures militaires, du côté nord de la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corées, visibles depuis Paju, le 20 octobre 2026 en Corée du Sud ( AFP / Jung Yeon-je )
Pour Hong Sung-pyo, chercheur à l'Institut coréen des affaires militaires, les mouvements de troupes annoncés par Pyongyang doivent être pris au sérieux.
"Il s'agit de petites positions militaires - essentiellement des postes de garde ou des positions de combat occupées par des unités équipées d'armes individuelles - et il semble que la Corée du Nord les ait avancées vers la frontière", a-t-il dit mercredi à l'AFP.
"Parmi les évolutions que nous avons observées jusqu'à présent, celle-ci semble être l'une des plus graves. La Corée du Nord a procédé à diverses démonstrations de sa puissance de feu, mais il semble désormais s'agir d'un déploiement opérationnel", a-t-il ajouté.
L'héritage des haut-parleurs
Par ailleurs, la Corée du Nord a récemment testé toute une série d'armes, dont un système de torpilles à guidage de précision d'un "nouveau type" et un missile hypersonique de portée intermédiaire, deux armes qui, selon Pyongyang, font appel à l'intelligence artificielle.
Des soldats sud-coréens patrouillent le long d’une clôture militaire, du côté sud de la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corées, vus depuis Paju, le 20 octobre 2026 en Corée du Sud ( AFP / Jung Yeon-je )
L'armée sud-coréenne a déclaré mardi qu'il était "inacceptable" que la Corée du Nord accuse Séoul d'être responsable de l'escalade des tensions militaires dans la péninsule, et a prévenu qu'elle riposterait fermement à toute nouvelle provocation.
Elle a également reconnu avoir eu recours à la fois à des haut-parleurs et à des coups de semonce en tant que "mesures défensives légitimes".
Le chef d'état-major interarmées sud-coréen, Jin Yong-sung, a également ordonné aux forces armées de "réagir avec une ferme détermination" si la Corée du Nord venait à invoquer les actions de Séoul comme prétexte à une action agressive.
Les deux camps ont déjà eu recours à des émissions diffusées par haut-parleurs — une pratique qui remonte à la guerre de Corée (1950-1953), toujours pas officiellement terminée puisque les deux pays n'ont signé qu'un armistice en 1953 mais pas de traité de paix - ainsi qu'à d'autres formes de guerre psychologique.
En 2024, la Corée du Nord a envoyé vers le sud des milliers de ballons chargés de déchets, affirmant qu'il s'agissait de représailles aux ballons de propagande anti-nord-coréenne envoyés par des militants sud-coréens.
Par la suite, la Corée du Sud a réactivé ses haut-parleurs frontaliers pour la première fois en six ans, diffusant notamment des titres de K-pop et des informations internationales. Le Nord a alors commencé à émettre d'étranges sons le long de la frontière, perturbant les habitants sud-coréens.
Ces émissions ont déjà amené Pyongyang à menacer de mener des frappes d'artillerie contre les installations de haut-parleurs de Séoul.
Le président sud-coréen Lee Jae-myung s'est engagé à renouer le dialogue avec le Nord sans conditions préalables, rompant ainsi avec la ligne dure de son prédécesseur.
L'an dernier, le ministère sud-coréen de la Défense a retiré les haut-parleurs installés de son côté de la frontière, qualifiant cette décision de "mesure pragmatique visant à contribuer à l'apaisement des tensions avec le Nord".

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