Un chercheur examine des fragments de microplastiques à Arles, dans le sud de la France, le 10 avril 2025 ( AFP / Christophe SIMON )
Combien de minuscules morceaux de plastique notre corps contient-il ? Face à des études scientifiques alarmistes et parfois vivement contestées, des chercheurs du monde entier ont établi un cadre de recherche pour faire avancer le débat sur la nocivité des microplastiques sur la santé.
Ces dernières années, une série d'études ayant fait la Une de l'actualité ont affirmé que des microplastiques avaient été retrouvés dans l'entièreté du corps humain, ses organes dont le cerveau, ainsi que le sang.
Toutefois certaines de ces recherches, en particulier celle affirmant avoir retrouvé l'équivalent d'une cuillère en plastique dans le cerveau de cadavres, ont été vivement critiquées.
Pour certains scientifiques, elles seraient faussées par une contamination due à l'omniprésence des matières plastiques dans les laboratoires, et les techniques utilisées par les chercheurs pourraient confondre des tissus humains tels que la graisse cérébrale, avec du plastique.
Afin de trancher le débat, 30 scientifiques issus de 20 instituts de recherche à travers le monde ont proposé un nouveau cadre pour la recherche sur les microplastiques, fruit de travaux publiés mardi par la revue Environment & Health.
Cette méthode permet aux chercheurs de préciser leur degré de certitude quant au niveau de microplastiques détectés.
Ces dernières années, une série d'études ayant fait la Une de l'actualité ont affirmé que des microplastiques avaient été retrouvés dans l'entièreté du corps humain, ses organes dont le cerveau, ainsi que le sang ( AFP / LOUISA GOULIAMAKI )
L'omniprésence des microplastiques dans l'environnement, elle, n'est pas contestée. Il est aussi "très probable" que nous ingérions régulièrement des microplastiques présents dans l'air et les aliments, explique à l'AFP Leon Barron, chercheur à l'Imperial College de Londres.
Mais il n'existe pas encore assez de preuves pour affirmer que ces microplastiques sont nocifs pour notre santé, selon l'auteur principal du cadre présenté mardi.
Alors que les microplastiques, et a fortiori les nanoplastiques, encore plus petits, sont très difficiles à détecter, certaines recherches ont rapporté en avoir trouvé dans des zones du corps humain où leur présence était la "moins plausible", indique M. Barron.
- "Scène de crime" -
Ainsi une étude publiée dans la revue Nature Medicine début 2025 affirmait avoir détecté des particules de plastique relativement grandes dans le cerveau de personnes décédées récemment. Mais cela supposerait qu'elles aient traversé les puissantes défenses de la barrière hémato-encéphalique, qui isole le cerveau, ont objecté, sceptiques, des scientifiques.
Pour certains experts, la technique utilisée dans cette étude - la pyrolyse-GC-MS - peut confondre les graisses avec le polyéthylène, couramment utilisé dans les emballages plastiques.
En février 2025, CNN avait rapporté que la quantité de plastique retrouvée représentait un volume global équivalent à celui d'une cuillère à café.
Matthew Campen, professeur à l'université du Nouveau Mexique (Etats-Unis), auteur principal de cette étude, affirme toutefois à l'AFP que "le concept de la cuillère à café était une invention des médias". "Le problème était l'extrapolation d'un seul échantillon du cerveau à l'ensemble de cerveau, ce qui constituait une surestimation significative", a-t-il dit.
D'autres études ont été critiquées pour ne pas avoir utilisé de mesures de contrôle qualité permettant d'exclure toute contamination croisée.
Sans elles, "impossible de savoir si les plastiques détectés proviennent des tissus eux-mêmes ou des contenants, des produits chimiques, des équipements de laboratoire ou des particules de plastique présentes dans l'air", a déclaré à l'AFP Dušan Materić, chercheur spécialisé dans les microplastiques.
Le cadre proposé invite les chercheurs à utiliser des techniques différentes pour rechercher les microplastiques de manière fiable.
Pour M. Barron, il ressemble à la méthode utilisée par les scientifiques en médecine légale pour analyser les fibres de tapis retrouvées sur une scène de crime.
L'idée est de "mettre tous les laboratoires qui mènent ces travaux sur un pied d'égalité" en leur permettant de préciser leur degré de confiance dans leurs résultats, a-t-il déclaré. Cette idée "commence déjà à faire son chemin", selon lui.
Cela implique que les chercheurs fassent preuve de transparence en publiant toutes les données brutes de leurs études, et en adoptant des pratiques de contrôle qualité rigoureuses.
"Pour être clair, les microplastiques sont un problème", résume M. Barron. "Toutes les recherches menées jusqu'à présent l'ont été de bonne foi", dit-il, mais pour déterminer si les microplastiques sont nocifs pour notre santé, il convient de s'entendre sur les niveaux retrouvés dans le corps humain. Pour lui, "les scientifiques qui se dénigrent mutuellement dans les médias ne sont pas constructifs".

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