Le ministre de l'Education Edouard Geffray à la sortie de l'Elysée, le 16 septembre 2026 à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )
Amplifié par les réseaux sociaux, le mouvement de blocus de lycées par leurs élèves s'est étendu vendredi dans la banlieue de Paris, où la police a procédé à une trentaine d'interpellations en marge des actions lycéennes, tandis que le ministre de l'Education nationale a dénoncé une "instrumentalisation politique de la jeunesse".
Dans un message sur X vendredi, le ministre Edouard Geffray s'en est pris à "des députés LFI (qui) encouragent depuis mercredi des jeunes à bloquer les lycées" et dont "l'appel à étendre les blocages assume une instrumentalisation politique de la jeunesse".
"Les difficultés rencontrées par certains lycées appellent des réponses concrètes: nous les traitons, établissement par établissement. Elles ne justifient ni les tirs de mortiers, ni les entraves à l’accès aux cours, ni toute forme de violence", a-t-il ajouté.
En Seine-Saint-Denis, Shaïna dit s'être postée dès 7H00 devant son lycée Jean-Moulin au Blanc-Mesnil, avec une foule d'élèves. Voir sur les réseaux sociaux d'autres lycées mobilisés en Ile-de-France, "ça nous a un peu donné la force de nous lever, nous aussi", admet cette lycéenne.
Ici, "ça fait trois ans que ça va mal", "il y en a qui passent le bac sans professeur principal", assure Shaïna rencontrée sur place par un journaliste de l'AFP. "Les emplois du temps sont trop surchargés, les toilettes sales (…) et il manque de personnel", abonde Maya, 17 ans, en terminale professionnelle dans ce lycée.
Le rectorat de l'académie de Créteil a reconnu dans la matinée auprès de l'AFP que le mouvement était "plutôt en train de prendre de l'ampleur", répertoriant une "grosse dizaine" de lycées ayant fait l'objet vendredi de nouveaux blocus, en particulier en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne.
Depuis le début de la semaine, "ces mobilisations ont pu donner lieu à des attroupements, des mouvements de foule ainsi qu’à des dégradations matérielles", ajoute-t-on.
Dans l'académie de Versailles, le rectorat fait état de "perturbations" dans trois lycées de l’Essonne (sur 62 du département) et de "mobilisations" dans cinq des Hauts-de-Seine (sur 65).
"Surcharge" et "manques"
Depuis le début du mouvement, certaines mobilisations ont été accompagnées d'actes de vandalisme ou de tirs de mortier d'artifice.
La préfecture de police de Paris a fait part de 31 interpellations vendredi dans l'agglomération parisienne, selon un bilan à 17H00. Elle n'a pas précisé dans quel établissement ni si des gardes à vue étaient en cours.
Au lycée Rosa-Parks de Montgeron (Essonne), "on a entendu quelques booms dans la salle des profs, c’était des feux d'artifice, la police était là en préventif, en une minute c’était fini", a indiqué à l'AFP Sophie Vénétitay, enseignante dans l'établissement et secrétaire générale du syndicat Snes-FSU.
Dans le Val-de-Marne, un élève du lycée Guillaume-Budé a mentionné plusieurs interpellations "pour des tirs de mortiers".
Globalement, "c'était pacifique, on n’a pas fait de bêtises", a affirmé ce lycéen de 17 ans joint par l'AFP. "On avait des pancartes, on a discuté (notamment) avec (le député LFI) Louis Boyard, on a chanté la Marseillaise, marché et essayé de faire valoir les raisons pour lesquelles on a fait le blocus". Et d'évoquer la "surcharge des classes, la chaleur (...) la pression de Parcoursup et beaucoup d’incidents entre élèves et profs, pour lesquels il n’y a jamais de suite".
Le mouvement était parti du Val-de-Marne, selon une source académique.
"Ca a commencé au lycée Saint-Exupéry" de Créteil" et "ça s'est élargi très vite", assure aussi Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne, qui évoque le manque d'assistants d'éducation, d'infirmières, d'assistantes sociales, de cadres de direction...
A sept mois de l'élection présidentielle, le mouvement est relayé notamment par des élus LFI.
"Le mouvement lycéen doit s’étendre", a souhaité le député Insoumis Louis Boyard sur X, en avançant que "ces élèves manquent de tout (...) alors que dans les lycées de riches, il y a tout ce qu’il faut!".
Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI) a dit sur X regretter "évidemment les violences et dégradations", tout en prenant la défense de jeunes mobilisés dans un lycée de sa ville qui "doivent pouvoir exprimer leurs revendications en toute sécurité".
Le député LFI Thomas Portes a relayé sur Instagram une vidéo présentée comme une scène d'interpellation d'élève à Sarcelles (Val-d'Oise), se plaçant en défense d'élèves contre lesquels la police "se déchaîne" selon lui.

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