Un membre de l'équipe régionale d'intervention et de sécurité (ERIS) devant l'entrée de la cour d'assises du tribunal d'Aix-en-Provence, où se déroule le procès des membres présumés de la DZ Mafia, le 23 mars 2026 dans les Bouches-du-Rhône ( AFP / Thibaud MORITZ )
Présenté comme le "haut du spectre" de l'organisation criminelle DZ Mafia, Gabriel Ory a été condamné mardi à 25 ans de réclusion, alors que son acolyte Amine Oualane a bénéficié d'un acquittement pour un double assassinat commis en 2019 sur fond de trafic de stupéfiants.
Les copains d'enfance des quartiers nord de Marseille, petits délinquants devenus ensemble de grands criminels, ont connu des sorts bien différents devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône qui les jugeait depuis le 23 mars.
"C'est une victoire de la justice", s'est réjouie l'avocate d'Amine Oualane, Me Inès Médioune.
Me Christine d'Arrigo, avocate de Gabriel Ory, a en revanche dénoncé "un verdict politique" envers son client et va interjeter appel. "La pression médiatique a été plus forte", a-t-elle déploré.
Les deux trentenaires, au lourd cursus délinquant, sont détenus pour d'autres condamnations criminelles. C'est depuis leurs cellules qu'ils auraient développé et étendu l'influence de la DZ Mafia, apparue en 2023, et qui domine le narcotrafic marseillais.
Après six heures de délibération, les juges ont par ailleurs condamné les commanditaires des meurtres, Karim Harrat et Walid Bara (ce dernier jugé en son absence) à 25 ans de prison. Une sanction rare dans ce type d'affaires tant il demeure complexe de remonter jusqu'aux donneurs d'ordres.
Les exécutants de ce crime commis dans une chambre d'hôtel près de Marseille ont été condamnés à 25 ans de réclusion criminelle pour le tireur Zaineddine Ahamada et 15 années de prison pour son complice Adrien Faure.
Les peines prononcées sont largement inférieures aux réquisitions du ministère public qui avait notamment réclamé la réclusion à perpétuité contre trois des accusés, notamment Ory. Tous niaient leur implication dans le double homicide commis sur fond de rivalités dans le trafic de drogue.
Les condamnés ont accueilli le verdict dans le calme depuis leur box surveillés par 15 policiers lourdement armés.
Amine Oualane a quant à lui esquissé un sourire. Jugé pour association de malfaiteurs en récidive, il était accusé d'avoir depuis sa cellule joué les entremetteurs entre "Gaby" Ory et Farid Tir, une des deux victimes. Une peine de 18 ans de prison avait été requise à son encontre.
Son avocate avait affirmé que "rien", pas "un échange de SMS, un appel, une vraie incarcération commune ou de vrais témoignages" ne prouvait que Farid Tir et Amine Oualane étaient proches.
"Gaby" Ory, 30 ans, à l'imposante carrure, est désigné comme "le traître", celui qui a fourni au commando de tueurs le code de la porte de la chambre d'hôtel où a été assassiné Farid Tir et un de ses proches.
Dans la matinée, il avait tenu à s'excuser des débordements dans ce procès émaillé de nombreuses invectives émanant du box des accusés, jusqu'à menacer des journalistes ou des proches de victimes.
- "Mécanique criminelle" -
Se défendant d'être un baron de la drogue marseillais et le commanditaire du double assassinat, Karim Harrat a déclaré lui ne "rien avoir dans cette affaire".
L'un de ses conseils, Karim Morand-Lahouazi, s'est dit "sous le choc du verdict".
L'exploitation d'une messagerie cryptée ainsi que le témoignage déterminant de Driss Oualane, un ancien trafiquant, ont notamment permis de l'incriminer et de mettre au jour la "mécanique criminelle" de ce règlement de compte, selon le ministère public.
La particularité de ce dossier, "c'est d'avoir levé le voile sur l'invisible", à savoir les donneurs d'ordre, trop souvent absents des tribunaux dans ces affaires de narcotrafic où seules les "petites mains" sont arrêtées, avaient souligné les avocates générales.
Avec plus de 200 policiers mobilisés, dont certains lourdement armés, des dizaines d'incidents à la barre et dans le box, de suspensions d'audience, le procès du "double homicide du Formule 1" n'avait rien d'habituel.
Les avocats de la défense avaient revendiqué lundi leur choix de "rompre avec la bienséance plutôt qu'avec le droit".
"Pour être crainte, la justice doit être respectable, nous sommes les vigies", avait justifié Me Raphaël Chiche, l'avocat de Walid Bara.
Il "n'y a pas de justice d'exception" ni de procès "hors-normes", avaient cependant assuré dimanche les deux avocates générales dans leurs réquisitions.

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