La président du groupe RN à l'Assemblée nationale et candidate à la présidentielle Marine Le Pen (c) et le député RN Jean-Philippe Tanguy (d) lors d'un point presse au parc des expositions de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, le 1er avril 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
A l'approche de son premier grand meeting dimanche à Orléans, l'équipe de campagne de Marine Le Pen s'étoffe de chefs de "pôles" thématiques. Autant de potentiels "ministrables" censés incarner une équipe prête à gouverner, quitte à aiguiser les appétits en interne.
Y en aura-t-il pour tout le monde? Pour l'heure, ils sont une dizaine, désignés "coordinateurs de pôles" sur des thèmes érigés en priorité par la quadruple candidate à l'Elysée.
Des proches, comme l'omniprésent Jean-Philippe Tanguy sur l'économie et les finances ou le plus discret conseiller spécial (et beau-frère) Philippe Olivier à l'aménagement du territoire. Des profils plus techniques, aussi, comme l'ex-juge d'instruction Pascale Piera à la justice ou le chirurgien Laurent Castillo à la santé.
La députée RN et ex-magistrate Pascale Piera en conférence de presse à Paris, le 16 mai 2025 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Une ossature de gouvernement se dessine. "Ce sont de possibles ministrables, mais ça ne veut pas dire qu'ils seront ministres", nuance un stratège de la campagne. Vu du premier cercle mariniste, il s'agit d'abord de combler une lacune récurrente. Déjà "en 2022, le côté +Marine toute seule+ était un handicap, les gens n'arrivaient pas à se projeter".
Rebelote après la dissolution de 2024 quand, malgré les dizaines de députés élus deux ans plus tôt, les électeurs "pensaient qu'on n'était pas prêts" car "ils ne voyaient pas de quel gouvernement Jordan Bardella aurait pu être Premier ministre", abonde un autre cadre.
De l'intérêt, donc, de mettre en avant des figures censées maîtriser leur sujet sur le bout des doigts puisque, selon le même, "chaque prise de parole de la candidate doit être suivie d'un service-après-vente".
Le député RN Frédéric Falcon (c) à l'Assemblée nationale à Paris, le 6 juin 2023 ( AFP / bERTRAND GUAY )
La consigne a dû échapper à Frédéric Falcon, bombardé "monsieur logement" du RN quand Marine Le Pen a lancé sa campagne sur ce thème mi-septembre. Le député de l'Aude n'a en tout cas pas profité de l'occasion pour crever l'écran, laissé aux porte-parole habituels.
Aucun poste n'est acquis d'avance, met en garde un autre parlementaire : "évidemment, les référents de pôle, ils en rêvent. C'est l'occasion de les tester, de voir s'ils résistent à la lessiveuse".
"Le début des emmerdes"
La méthode a aussi ses limites. "Le problème que cela pourrait créer est que ceux qui ont été nommés s'y croient déjà", pressent cet élu dont le nom n'est pas évoqué pour un ministère. En tout cas pas à ce stade, car "en six mois, le monde va changer, certains vont dire des conneries et d'autres vont nous rejoindre".
Le président du groupe UDR à l'Assemblée nationale Eric Ciotti à Paris, le 18 septembre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )
Il faudra faire de la place aux alliés - en particulier à Eric Ciotti - mais aussi à "des hauts fonctionnaires qui vont passer de l'autre côté". Bref, "on n'y est pas encore mais, si on gagne, ce sera le début des emmerdes avec les problèmes d'ego".
D'autres ne s'embarrassent plus du conditionnel. "Tout peut arriver, mais il est plus probable que possible qu'on gagne", estime un proche de la favorite des sondages, pour qui la question n'est déjà "plus comment on gagne, mais comment on va gérer après". Et avec qui.
Au petit jeu des pronostics, ce témoin privilégié imagine par exemple Sébastien Chenu "à la Culture (car) ça l'intéresse". Et donc pas au perchoir de l'Assemblée nationale, où il "voit plutôt Laure Lavalette", alors que la députée varoise vient d'être promue "coordinatrice du pôle famille/solidarités" de la campagne. Quant à Jean-Philippe Tanguy, "sa spécialité, c'est le budget" mais, à la tête de Bercy, "il faut quelqu'un de plus expérimenté"...
Une des personnalités pressenties botte en touche, se dit "très superstitieuse", assure que beaucoup sont "plus qualifiées", suggère même qu'Alexandre Loubet (conseiller spécial de Jordan Bardella) serait un bon prétendant à l'Economie.
La député RN Hélène Laporte à l'Assemblée nationale à Paris, le 5 décembre 2025 ( AFP / Ian LANGSDON )
Si chacun veut le meilleur pour autrui, personne n'oublie de se positionner. Au sommet de l'élevage de Clermont-Ferrand début octobre, Marine Le Pen était flanquée de sa référente agriculture Hélène Laporte. Mais l'eurodéputé Gilles Pennelle, vétéran du parti à la flamme, avait aussi fait le voyage en pleine session plénière du Parlement européen.
Tous ont bien en tête que, pour leur patronne, "la loyauté" est la première des vertus.

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