Un convoi de tracteurs en route vers Paris sur une route près de Bergerac, le 6 janvier 2026, après son départ de Cancon, dans le Lot-et-Garonne ( AFP / Christophe ARCHAMBAULT )
Départ de convois pour Paris ou rassemblements locaux: les actions des agriculteurs diffèrent mardi selon les syndicats, dont deux ont été reçus à Matignon après une ultime concession budgétaire de Bruxelles pour essayer de faire passer la pilule de l'accord UE-Mercosur.
La première organisation du secteur, la FNSEA, est repartie de sa rencontre avec le Premier ministre Sébastien Lecornu avec selon elle la promesse d'annonces d'ici à vendredi sur "les mesures qu'il entend très concrètement mettre en place" pour répondre aux revendications de la profession.
"Nous lui avons rappelé ce qui compte aujourd'hui, ce ne sont plus les mots, mais les actes", a asséné le président de la FNSEA Arnaud Rousseau face aux journalistes, en disant espérer voir "clarifier" d'ici à la fin de la semaine les détails de ces "mesures d'urgence attendues qui sont rappelées depuis très longtemps" par son syndicat.
Les annonces gouvernementales ont jusque-là été jugées insuffisantes pour répondre aux multiples crises auxquelles les agriculteurs font face: épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins, faible cours du blé et prix élevé des engrais, menace d'une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur...
Mardi soir, M. Rousseau a répété que l'accord UE-Mercosur, qui semble devoir franchir des étapes décisives dans les prochains jours, représentait "le symbole de ce que nous ne voulons pas pour l'agriculture européenne".
Plus tôt mardi, l'UE a promis une rallonge budgétaire de 45 milliards d'euros dès 2028 dans la future politique agricole commune (PAC), à la veille d'une réunion spéciale des ministres de l'Agriculture à Bruxelles, visant à répondre aux "préoccupations" du secteur.
Cette annonce ressemble à une ultime concession avant la signature de l'accord de libre-échange avec le Mercosur, envisagée le 12 janvier.
- Accord Mercosur "mal né" -
Le président Emmanuel Macron s'est réjoui de cette rallonge, estimant que la France pourrait "ainsi garantir le maintien du niveau actuel de ces aides jusqu’en 2034", dans un message sur X (ex-Twitter).
Sur le Mercosur, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a besoin au préalable du feu vert des Etats membres, lors d'un vote attendu dès vendredi.
Négocié depuis plus de 25 ans, ce traité de libre-échange permettrait notamment à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay.
Le président du syndicat agricole FNSEA, Arnaud Rousseau, parle à la presse à l'issue d'une rencontre à Matignon, le 6 janvier 2026, avec le Premier ministre Sébastien Lecornu ( AFP / Bertrand GUAY )
En sens inverse, il faciliterait l'entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.
"Nous avons redit clairement au Premier ministre que pour nous il n'était pas question qu'on puisse accepter quoi que ce soit sur cet accord qui est encore une fois un accord mal né", a martelé M. Rousseau mardi soir.
"Nous allons attendre de voir ce week-end ce qui se passe, et si le Mercosur devait être signé, évidemment nous appellerions à de nouvelles mobilisations", a mis en garde le président de la FNSEA.
Un arrêté pour empêcher d'importer en France des produits agricoles notamment sud-américains (avocats, goyaves, mangues mais aussi cerises, melons...) traités avec des substances chimiques interdites dans l'Union européenne doit être publié mercredi.
La Commission européenne aura dix jours pour s'y opposer éventuellement mais elle pourrait aussi l'étendre à toute l'Union, a indiqué mardi le ministère de l'Agriculture.
Pour la Confédération paysanne, ces mesures "ne sont pas structurelles (...) pour nous, il faut que la France reste sur un +non+ ferme et définitif" à l'accord UE-Mercosur, a déclaré à l'AFP une porte-parole du syndicat, Fanny Métrat, à sa sortie de Matignon.
Le syndicat a répété à M. Lecornu son rejet de l'abattage total des troupeaux de vaches touchés par la DNC, sans obtenir gain de cause, a-t-elle concédé, en prévenant que la colère du monde agricole restait "immense" et que la mobilisation se poursuivrait, notamment lors du salon de l'Agriculture prévu fin février.
- Pression sur Bruxelles -
Les ministres européens de l'Agriculture seront mercredi à Bruxelles pour une réunion spéciale sur le Mercosur mais aussi sur la PAC.
Si la FNSEA et leurs alliés des Jeunes agriculteurs promettent des actions fortes après une éventuelle signature, la Coordination rurale a haussé le ton dès lundi, à sa sortie de Matignon.
Son président Bertrand Venteau s'est insurgé contre l'interdiction des convois de tracteurs qu'il prévoyait d'envoyer à Paris et maintenu son appel à "monter" sur la capitale.
Des cortèges sont partis de plusieurs départements, Corse comprise, mais surtout depuis le Sud-Ouest, épicentre de la contestation depuis décembre.
Le président du syndicat agricole Coordination rurale (CR), Bertrand Venteau, quitte l'Hôtel Matignon, à Paris, après une réunion avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, le 5 janvier 2026 ( AFP / Anne-Christine POUJOULAT )
Le blocage de l'A64 se poursuit à proximité de Toulouse où plusieurs organisations syndicales d'Occitanie ont prévu de converger mercredi pour "assiéger" la ville rose, malgré l'arrêté préfectoral interdisant la manifestation.
Bertrand Venteau a assumé lundi de ne vouloir "rien lâcher" notamment sur le sujet des abattages de l'intégralité d'un foyer à partir du moment où un cas de dermatose nodulaire contagieuse y est détecté.

12 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer