L'opposant sud-africain Julius Malema s'adresse à ses partisans à l'extérieur du tribunal de KuGompo, ex-East London, le 16 avril 2026 en Afrique du Sud ( AFP / Mark Andrews )
L'opposant radical sud-africain Julius Malema a été condamné jeudi à cinq ans de prison pour avoir tiré avec un fusil d'assaut lors d'un rassemblement festif de son parti il y a huit ans. Décision d'une magistrate "raciste", a-t-il accusé.
Le leader des "Economic Freedom Fighters" (EFF, "Combattants pour la liberté économique") et figure clivante de la scène politique locale s'est toutefois vu accorder son maintien en liberté, le temps de la procédure d'appel.
Sitôt la décision prononcée, Julius Malema a harangué ses centaines de partisans réunis devant une scène montée à l'extérieur du tribunal de KuGompo (ex-East London), la grande ville côtière du sud du pays où il a comparu.
"La magistrate Olivier est une raciste notoire", a-t-il attaqué en ciblant la juge à la "sale tête blanche" l'ayant condamné. Dans une longue diatribe, le leader populiste l'a accusée sans fondement d'être membre du groupe identitaire Afriforum défendant les intérêts des Afrikaners, descendants de colons européens, puis a dénoncé une "main invisible qui contrôle la procédure".
Reste que le député de 45 ans, en attendant l'appel, pourra poursuivre son mandat à l'Assemblée nationale pour le plus grand bonheur de ses soutiens.
"Je suis tellement content. Je ne pouvais pas imaginer que notre commandant en chef allait dormir en prison", s'est réjoui auprès de l'AFP Manyema Mahlatse. Ce chômeur de 32 ans participait à un rassemblement de quelques centaines de personnes dans le centre de Johannesburg. D'autres étaient organisés dans plusieurs métropoles du pays.
A KuGompo, un dispositif policier conséquent était visible selon une équipe de l'AFP. La police sud-africaine a prévenu qu'elle "ne tolérera aucune forme d'anarchie".
Dans l'est, à Mbombela, après une tentative de blocage d'une des principales routes du pays et des jets de pierre de la part de sympathisants de l'EFF, la police a dit avoir fait usage de gaz lacrymogène et de tirs de balles en caoutchouc dans un communiqué.
Des partisans de Julius Malema, leader des "Combattants pour la liberté économique" (EFF), manifestent devant le tribunal de KuGompo où il comparaît, le 16 avril 2026 en Afrique du Sud ( AFP / Mark Andrews )
"On combat l'ennemi et l'ennemi, c'est le suprémacisme blanc", a encore lancé le tribun Malema. "Ils essaient à tout prix de me faire taire. Ils n'y arriveront jamais. C'est encore raté aujourd'hui."
Vêtu d'un costume et d'une chemise noirs mais d'une cravate rouge --la couleur de son parti de gauche radicale--, l'ancien provocateur de la ligue de la jeunesse de l'ANC, avant d'être exclu du parti de Nelson Mandela en 2012, avait accueilli la décision de justice en restant stoïque.
Lui et son ancien garde du corps étaient accusés d'avoir tiré en l'air avec une arme à feu lors de la célébration du cinquième anniversaire de l'EFF près de KuGompo. Il risquait 15 ans de prison, la peine requise par le parquet sud-africain.
- "Un grand jour" -
"Gardez à l'esprit que ce n'est pas un parti politique qui a été condamné ici", a déclaré la juge. "C'est une personne, un individu".
Julius Malema, leader des "Combattants pour la liberté économique" (EFF) comparaît au tribunal de KuGompo, le 16 avril 2026 en Afrique du Sud ( AFP / Mark Andrews )
En août, Julius Malema a été reconnu coupable de discours haineux pour avoir déclaré à ses partisans lors d'un rassemblement en 2022 qu'ils ne devaient "jamais avoir peur de tuer".
Julius Malema concentre de nombreuses critiques des groupes identitaires afrikaners, descendants des colons européens, car il entonne régulièrement un chant historique de la lutte contre l'apartheid "Kill the Boer, kill the farmer !" (Tuez les Boers, tuez les fermiers).
Il était le personnage central de la vidéo diffusée il y a un an par Donald Trump à la Maison Blanche devant son homologue sud-africain. "Pourquoi vous ne l'arrêtez pas ?", avait interpellé le président américain.
Malgré le recul de l'ANC aux dernières élections parlementaires, la formation de Julius Malema a perdu du terrain au scrutin de 2024. Avec un peu moins de 10% des voix, l'EFF était le quatrième parti politique du pays.
Une militante de l'EFF exhibe un fusil factice lors d'un rassemblement de soutien à Julius Malema, le 16 avril 2026 à Johannesburg, en Afrique du Sud ( AFP / Phill MAGAKOE )
Le nouveau leader de l'Alliance démocratique, le parti de centre-droit qui est la deuxième formation du pays et participe à la coalition gouvernementale, s'est "félicité" de la décision et d'un "grand jour pour l'état de droit".
"La violence par arme à feu est hors de contrôle en Afrique du Sud", a réagi dans un communiqué ce dernier, le maire du Cap, Geordin Hill-Lewis. "Cette condamnation envoie également un message clair: en Afrique du Sud, personne n'est au-dessus des lois."
D'inspiration marxiste, l'EFF soutient des mesures de redistribution des richesses, y compris par l'expropriation, pour corriger les inégalités criantes du pays héritées de la colonisation puis de l'apartheid.

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