Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, à l'Assemblée nationale, le 16 juin 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )
Violente charge de leur principal syndicat vendredi, mises en garde de hauts magistrats: le garde des Sceaux Gérald Darmanin est plus que jamais confronté à la défiance des juges français qui lui reprochent de les avoir mis en cause après le meurtre de Lyhanna.
Gérald Darmanin a "perdu la confiance" des magistrats pour les avoir "jetés en pâture à la colère, légitime mais toujours mauvaise conseillère", a estimé vendredi matin, lors d'une réunion à la Chancellerie, l'Union syndicale des magistrats (USM), qui représente 60% de la profession et pose la question de la propre responsabilité politique du ministre, rendu comptable du manque de moyens, selon le texte de cette intervention transmis à l'AFP.
Trois heures après cette réunion, le ton est plus mesuré quand le président du tribunal de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban prend la parole en ouverture d'un séminaire mais le message va dans le même sens: appelant à protéger l'indépendance des magistrats et à se garder de "propositions empreintes de simplicité et d'à peu-près" sur leur responsabilité, il dénonce "le retard des pouvoirs publics à doter enfin la France d'une justice en mesure de remplir" ses missions.
Le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz, le 10 janvier 2025 à Paris ( AFP / Anne-Christine POUJOULAT )
La veille, ce sont les deux plus hauts magistrats du pays, Rémy Heitz et Christophe Soulard, qui avaient déjà alerté contre cette "mécanique du bouc émissaire" et répété que la protection de l'enfance faisait face à une "crise systémique".
"Certains ont pu voir dans votre conduite le seul souhait de vous protéger et d'éviter que soit questionnée votre responsabilité comme garde des Sceaux mais également antérieurement comme ministre de l'Intérieur", dénonce dans son texte le secrétaire général adjoint de l'USM, Aurélien Martini lors de la réunion à la Chancellerie à laquelle le ministre n'assistait pas. "La responsabilité des magistrats n'est pas taboue", "la vôtre non plus", cingle le responsable syndical.
Sollicitée par l'AFP, la Chancellerie n'avait pas réagi dans l'immédiat. Si plusieurs responsables des oppositions ont appelé à sa démission, Gérald Darmanin l'a toujours exclue, estimant que les dysfonctionnements étaient imputables à la mauvaise exécution de ses directives.
Les magistrats sont sous le feu des critiques sur le suivi de Jérôme Barella, meurtrier présumé de Lyhanna, 11 ans. Il n'avait jamais été interpellé ni même convoqué malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur d'autres mineurs.
Avant même les conclusions attendues à la fin de l'été de l'enquête administrative, Gérald Darmanin a annoncé lundi des sanctions contre une substitut de la procureure d'Auch après un premier pré-rapport faisant état de dysfonctionnements graves.
"Il y aura d'autres drames"
"M. le ministre, il y aura des boucs émissaires, nous l'avons compris", selon l'USM qui n'a "aucune difficulté" à ce que d'éventuelles fautes soient sanctionnées. "Mais votre responsabilité reste entière et nous saurons le rappeler et le faire savoir."
Diverses organisations de la justice appellent à une journée d'action lundi contre la loi sur les peines criminelles qui doit être examinée à l'Assemblée, mais aussi sur cette question du manque de moyens.
L'USM en rend le ministre comptable, décrivant des juridictions débordées par les plaintes et la multiplication des priorités fixées par Gérald Darmanin qui a "envoyé 64 dépêches et circulaires en 2025 et déjà plus de 50 en 2026": "quand tout est prioritaire, rien ne l'est", souligne Aurélien Martini, ajoutant que le ministre, dont il dénonce le "cynisme" et la "démagogie", était parfaitement informé de cette crise par les parquets.
"Depuis au moins juin 2023, vous savez que l'institution police gendarmerie / justice n'était pas dimensionnée pour traiter les plaintes et dénonciations" de violences sexuelles sur des mineurs, en forte hausse, poursuit Aurélien Martini.
"Vous êtes (...) responsable des moyens. Vous avez failli sur ce plan, il y a toujours aujourd'hui quatre fois moins de procureurs en France que la moyenne européenne", selon Aurélien Martini, qui avertit le garde des Sceaux: "nos moyens, vos directives, notre environnement institutionnel et juridique ne permettent pas à l'institution de prévenir de telles situations. Il y aura d'autres drames."

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