Embouteillage à Mamoudzou, le 1er mai 2022, à Mayotte ( AFP / Ali AL-DAHER )
Le car de la ligne M1 quitte l'embarcadère de Mamoudzou à midi pile. À bord, une dizaine de passagers ceinturés, la climatisation en marche, la radio diffusant Mayotte la 1ère. Direction Dzoumogné, à l'extrémité nord de l'île, au terme d'un trajet qui traversera les embouteillages de Kawéni et de Koungou.
Depuis le 22 mai, Mayotte dispose pour la première fois d'un réseau de transport interurbain, baptisé M'Safara. Deux lignes relient Mamoudzou au sud, vers Chirongui, et au nord, vers Dzoumogné. Deux autres desservent Petite-Terre, qui abrite l'aéroport.
D'ici à la fin de l'été, six lignes supplémentaires doivent ouvrir, pour un total de 92 arrêts répartis dans les villages traversés.
"Le projet est né il y a plus de dix ans", rappelle Moussa Abdou, directeur des transports et de la mobilité au conseil départemental. Un retard que le cyclone Chido, qui a dévasté l'île le 14 décembre 2024 et fait au moins 40 morts, a encore aggravé, selon Ali Omar, troisième vice-président de l'Assemblée de Mayotte.
Dans le 101e département français, l'attente était forte. Seuls 27% des ménages possèdent une voiture, selon l'Insee, contre 81% dans l'Hexagone. Mais les embouteillages, concentrés autour de Mamoudzou, sont tels que nombre d'habitants partent de chez eux dès 04H00 du matin pour être sûrs d'arriver à l'heure au travail.
"L'objectif premier est de permettre à tout le monde de se déplacer", résume Moussa Abdou. "Il faut faire des mobilités un levier de cohésion sociale", ajoute Ali Omar.
Sur la ligne M1, les premiers usagers valident l'idée. Lydia Andriano emprunte déjà le bus trois fois par semaine. Elle possède une voiture, mais préfère l'éviter.
"Avec les embouteillages, je préfère prendre le bus", explique-t-elle. Quand elle apprend que la ligne file désormais jusqu'au nord, elle approuve: "C'est encore mieux, c'est bien pour les gens qui habitent dans le nord".
Madi Saindou Ben teste M'safara pour la première fois. "C'est bien pour les gens qui cherchent du travail et qui n'ont pas de véhicule", estime-t-il. D'ordinaire, il prend le taxi. "La voiture le matin, c'est la galère", résume-t-il, espérant que les cars réduisent les embouteillages.
- Bus caillassés -
Le réseau départemental complète une offre déjà lancée par la communauté d'agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema), dont quatre lignes circulent depuis mars.
Mais celle-ci a déjà dû reculer. Le service, prévu jusqu'à 21H00, s'arrête désormais à 18H00. "Plusieurs bus ont été vandalisés en soirée", indique Mouhamadi Moussa, responsable d'exploitation. "Sur l'une de nos lignes, nous n'avons plus que huit bus au lieu de quatorze: six véhicules ont reçu des jets de pierre dans les zones sensibles."
Le conseil départemental, lui, vise une circulation jusqu'à 20H00. "On ne peut pas être à la merci de la délinquance. La peur ne doit pas prendre le dessus sur la volonté politique", tranche Ali Omar.
Il veut croire à un effet protecteur du nombre. Selon lui, "il vaut mieux être à plusieurs dans un bus que seul dans sa voiture face aux coupeurs de route", des jeunes désoeuvrés particulièrement actifs à la tombée de la nuit. "Les jeunes n’attaqueront pas ces bus car il pourrait y avoir leurs propres parents à l'intérieur", espère-t-il.
Reste une question de fond. Pour les usagers eux-mêmes, le bus ne réglera pas tout. Ce midi-là, le trajet jusqu'à Dzoumogné a duré 1h20, contre les 30 minutes annoncées.
Yssouf Dhoimir, coincé le matin dans les bouchons de Majicavo Lamir, reste sceptique. "Si ce réseau est fait contre les embouteillages, ça ne va pas marcher. C'est une petite solution pour l'instant, mais ce qu'il faut, ce sont de nouvelles routes", développe-t-il.
Madi Saindou Ben fait le même constat à la descente du bus: il faudrait "davantage de routes" pour désengorger l'île.
Au terminus de Dzoumogné, le guichet de M'safara accueille ses premiers curieux, venus chercher un ticket gratuit ou de l'information. L'agent reconnaît que les venues restent timides, mais que les usagers commencent à pousser la porte.
Madi Saindou Ben, lui, prend déjà son ticket pour le lendemain. "Je vais réutiliser le bus pour rentrer chez moi", explique celui qui vit à Doujani et était venu tester la ligne jusqu'au nord. Avant de glisser, en repensant aux bouchons traversés: "C'est quand même moins fatigant en bus qu'en voiture".

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