Rungis, en pleine effervescence avant les fêtes de Noël

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VIDÉO - Les professionnels du premier marché de gros européen espèrent un sursaut de dernière minute. Pour l'heure, les ventes sont en repli de 5%.

Les derniers jours avant Noël seront décisifs pour Rungis, le premier marché de gros de produits frais européen. Malgré les apparences, et notamment les nouvelles décorations très design accrochées au pavillon de la Marée, le c½ur n'y est pas tout à fait chez les commerçants. «C'est tristounet, il n'y a pas d'ambiance, on réalise peu de ventes. Regardez, il y a plus d'employés dans les allées que de clients, se désole Jean-Pierre Blanc, président de l'entreprise éponyme spécialisée dans les crustacés depuis plus de trente-cinq ans. On espère qu'il y aura un sursaut sur les trois derniers jours avant Noël.»

Et même si les consommateurs ont l'habitude de se faire plaisir au moment des fêtes de fin d'année et de desserrer un peu plus leur budget pour leurs repas de réveillon, les effets de la crise sont bel et bien là. «On s'attend à un recul de 5% des volumes et on ne pourra pas se rattraper sur les prix car la crise se fait ressentir», prévient Jean-Pierre Blanc. Et la crise touche tous les clients. «Les restaurants, qui sont encore 3000 environ à s'approvisionner de façon régulière à Rungis, travaillent moins bien. Leurs budgets sont très serrés, confirme Florence Hardy, présidente de Medelys, une épicerie fine du marché de gros. Nous notons cette année une quinzaine de jours de retard dans leurs prises de commandes.» Même déception pour les détaillants qui s'approvisionnent à Rungis. «Les marchés sont moins fréquentés», regrette Jacky Lorenzo, qui exploite deux poissonneries, dans les quartiers de l'Alma et de la Bastille, à Paris.

Nouveaux comportements

Au pavillon de la volaille, très fréquenté au mois de décembre, la morosité est aussi de mise. «La demande est très tendue et nous avons enregistré moins de commandes que l'an dernier, confirme Gino Catena, directeur général d'Avigros, une des plus grosses entreprises du secteur (plus de 100 millions de chiffre d'affaires). Il faut être inventif pour réaliser le même volume d'affaires, comme de proposer des produits ciblés de qualité qui mettent en avant le terroir et les petits producteurs.» Ce professionnel qui travaille depuis trente ans à Rungis est ainsi allé dénicher des chapons et des dindes en Normandie, «un terroir à la porte de Paris à développer». Au total, il compte vendre pour les fêtes de Noël 35.000 chapons et 5000 dindes fermières, sans oublier l'indétrônable foie gras, qui représente, avec 16 tonnes écoulées sur le seul mois de décembre, le quart de ses ventes annuelles sur ce produit.


Mais la crise n'explique pas tout. Car le comportement des consommateurs a aussi changé. «Avant, nous enregistrions 70 % de précommandes à fin novembre. Désormais, il s'agit avant tout d'achats de dernière minute, indique Florence Hardy. Heureusement, il y a les exportations, notamment vers les Émirats arabes unis, l'Asie, l'Europe du Nord, qui représentent 20 % de notre chiffre d'affaires.»

Quoi qu'il en soit, tout le monde ne connaît pas le déclin. Au pavillon des fruits et légumes, certains se frottent même les mains. «Le yuzu, un hybride de mandarine sauvage et de citron qui vient d'Asie, est le produit à la mode cette année», se réjouit Luc Richez, primeur Aux Temps des Cerises, à Reims. Son prix est en conséquence: 120 euros le kilo, soit 3,5 fois moins que l'autre nouveauté qui cartonne cette année auprès d'une certaine clientèle à la recherche de sensations nouvelles, le caviar de citron...

Dans ce contexte toutefois pour le moins globalement morose, les professionnels de Rungis tireront dans quelques jours le bilan de 2014. Et ils sauront alors s'ils ont réalisé en décembre un double mois de chiffre d'affaires, comme aime à le rappeler son président, Stéphane Layani. À J - 5, on en est encore loin...

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