Les Chinois veulent cloner un million de vaches pour se nourrir

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Le pays construit actuellement le plus grand site de clonage d'animaux au monde à destination du commerce. En plus des vaches, chiens et chevaux seront produits en série. Un projet inenvisageable aujourd'hui en Europe.

La sécurité et l'autosuffisance alimentaire sont des obsessions en Chine. À tel point que le pays semble prêt à tout pour faire face à ces défis. Y compris construire une usine de production d'animaux en série. Il y a quelques jours, des scientifiques ont obtenu le feu vert pour la construction du plus grand site mondial de clonage commercial d'animaux dans la ville portuaire de Tianjin, au nord du pays. Objectif: produire quelque 100.000 embryons de vaches chaque année dans un premier temps, puis un million à terme, selon Xu Xiaochun, président de Boyalife, la société de biotechnologie chinoise à l'origine du projet. La production doit débuter au premier semestre 2016.

Les vaches clonées ont vocation à atterrir dans les assiettes. «Les agriculteurs chinois ont des difficultés à produire suffisamment de vaches à viande pour répondre à la demande du marché», a justifié Xu Xiaochun. Pour mener à bien l'opération, Boyalife s'est associée à deux instituts de recherche chinois mais aussi au très controversé Hwang Woo-suk, fondateur de l'entreprise sud-coréenne Sooam Biotech. Ce dernier est connu pour avoir publié de nombreux travaux de recherche jugés douteux sur les cellules souches. Il s'est aussi taillé une réputation d'imposteur auprès de ses pairs après l'annonce de la création en 2004 des premières cellules souches dérivées d'un embryon humain cloné. Une «première mondiale» qui s'est avérée frauduleuse. Le scientifique, expulsé de son université, est aujourd'hui devenu spécialiste du clonage de chien. La co-entreprise créée par Sooam Biotech et Boyalife s'est d'ailleurs lancée sur le marché chinois du clonage dès septembre 2014 en dupliquant trois chiots Mastiffs Tibétains pure race.

L'inquiétude des consommateurs

Ce nouveau temple du clonage animal, qui a nécessité un investissement de 200 millions de yuans (31 millions de dollars), est installé dans la Zone de développement économique et technologique de Tianjin (ZDETT), un «parc de développement commercial parrainé par le gouvernement», précise l'agence de presse Chine Nouvelle. En plus d'un centre de production, il comprendra un laboratoire de clonage, une banque de gènes et un musée. Les vaches ne seront pas les seules à être dupliquées. Avec elles seront clonés des animaux domestiques, des chiens renifleurs pour la police ou encore des chevaux de course.

L'idée est loin de réjouir les Chinois. Marqués par les nombreux scandales alimentaires, ils s'inquiètent notamment de l'installation de l'usine de clonage non loin du site où se sont produites cet été des explosions meurtrières dans un entrepôt de produits chimiques…

Difficile en tout cas d'imaginer une telle usine un jour en Europe. En 2013, la Commission a proposé d'interdire le clonage animal à des fins agricoles. Mais ce n'est pas pour autant qu'il nous est impossible de manger des produits issus d'animaux clonés. La commercialisation dans l'Union européenne de produits alimentaires issus de ces animaux, et notamment de leurs descendants, reste en effet autorisée. Elle nécessite seulement une approbation préalable à la mise sur le marché, basée sur une évaluation scientifique réalisée par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). De même, l'importation de matériel reproductif issu d'animaux clonés -souvent originaires des États-Unis, d'Argentine, du Brésil ou encore de Nouvelle-Zélande- est autorisée pour l'insémination artificielle.

Mettant en avant la réticence des consommateurs européens et les questions de bien-être animal, le Parlement européen a voté à une très large majorité début septembre un texte visant à mettre fin à ces pratiques. En plus d'interdire le clonage à des fins d'élevage et d'approvisionnement alimentaire, les eurodéputés se sont prononcés en faveur d'une interdiction de la commercialisation des produits issus d'animaux clonés ou de leur descendance au sein du marché alimentaire européen. Ils ont également réclamé la fin des importations de matériel reproductif et l'obligation pour les pays exportateurs d'indiquer si leur viande ou leurs produits sont issus d'animaux clonés ou de leurs descendants. «La technique du clonage n'est pas totalement mature, et en fait, aucun progrès n'a été fait grâce à elle», indique Renate Sommer, députée démocrate-chrétienne allemande et rapporteur à la commission de l'environnement.

Les co-rapporteurs du texte ont entamé des discussions avec le Conseil de l'UE, qui représente les États membres, sur la forme définitive que doit prendre cette législation. Si les 28 donnent leur feu vert, cette interdiction totale des clones pourrait entrer en vigueur dès l'année prochaine. Mais les négociations s'annoncent compliquées, certains pays membres souhaitant édulcorer le texte pour ne pas froisser leurs partenaires commerciaux. Une position inconcevable pour Renate Sommer: «Ce rapport envoie le message à nos partenaires commerciaux que nous ne sommes pas disposés à mettre notre propre santé, la santé de nos familles, et celle des générations futures en jeu (…) Nos agriculteurs sont actuellement confrontés à une pression concurrentielle importante de l'Asie en particulier. Mais l'Europe est fondée sur des valeurs et cela inclut la qualité. Nous voulons être sûrs que nous n'empruntons pas une voie à partir de laquelle il n'y a pas de retour», rappelle-t-elle.

L'avis partagé de l'EFSA

L'Autorité européenne de sécurité des aliments s'est prononcée à plusieurs reprises sur le sujet très sensible du clonage animal à des fins alimentaires. En 2008, elle publiait un avis scientifique faisant part de ses inquiétudes. «Des incertitudes subsistent dans l'évaluation des risques associés au clonage en raison du nombre limité d'études disponibles, écrit-elle. Il apparaît que, dans une proportion significative d'animaux clonés, la santé et le bien-être étaient sévèrement altérés, souvent avec des conséquences graves, voire fatales». En outre, la grosseur inhabituelle des bébés entraîne des mises bas difficiles et «des pertes néonatales». L'EFSA faisait toutefois valoir que «le transfert de noyau de cellule somatique (la technique la plus couramment utilisée pour le clonage animal) a aussi permis d'engendrer des bovins et des porcins en bonne santé, de même que leur descendance (…) Rien n'indique qu'il existe des différences en termes de sécurité des aliments entre la viande et le lait obtenues à partir d'animaux clonés ou de leur descendance et ceux dérivés d'animaux conçus de manière traditionnelle», ajoutait-elle. Les mêmes conclusions ont été rendues en 2009 et en 2010.

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  • ttini le jeudi 26 nov 2015 à 11:00

    moi je suis pour cloner Scarlett Johansson autant de fois que nécessaire

  • dupon666 le jeudi 26 nov 2015 à 00:56

    et avec une imprimante 3D on ne peut pas produire des moutons?