Du saumon transgénique bientôt dans les assiettes américaines

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Les autorités sanitaires outre-Atlantique ont donné leur feu vert à la mise sur le marché de ce saumon génétiquement modifié. C'est la première fois que la consommation d'un tel animal est autorisée.

Ses détracteurs le surnomment «Frankenfish» ou «saumonstre». Le saumon transgénique AquAdvantage, tout droit sorti des laboratoires de la société de biotechnologies AquaBounty Technologies dans le Massachusetts, pourrait bientôt s'installer dans les assiettes. Du moins aux États-Unis. L'Agence fédérale des médicaments et de l'alimentation (FDA) vient de donner son feu vert à sa commercialisation. C'est la première fois qu'un animal au patrimoine génétique modifié est autorisé à entrer dans la chaîne de consommation humaine.

Le saumon AquAdvantage est en fait un saumon de l'Atlantique auquel a été injecté un gène du saumon chinook du Pacifique. L'objectif: le faire grossir deux fois plus vite. Ce saumon d'un nouveau genre peut atteindre sa taille adulte au bout de 16 à 18 mois, au lieu de 30 mois pour un saumon nauturel 0de l'Atlantique naturel. Cette croissance fulgurante permet une commercialisation plus rapide et une production moins coûteuse.

Après analyse complète des éléments scientifiques fournis par ses créateurs, la FDA estime que le saumon AquAdvantage «remplit les conditions réglementaires» et est «propre à la consommation». Les autorités sanitaires ont également jugé qu'il était «aussi nourrissant que les autres saumons de l'Atlantique non transgéniques et qu'il n'y avait pas de différences biologiques notables entre ce poisson et les autres saumons d'élevage de l'Atlantique». La FDA précise toutefois que le saumon AquAdvantage ne peut être élevé qu'à terre, dans des bassins d'éclosion fermés, dans deux installations spécifiques au Canada et au Panama, ce qui exclut un élevage aux États-Unis.

La nouvelle de la commercialisation de ce poisson a été saluée par certains scientifiques. Alison Van Eenennaam, spécialiste en génétique animale à l'université de Californie-Davis -et membre du comité consultatif de la FDA- a ainsi salué une décision «qui n'a que trop tardé», l'entreprise essayant d'obtenir une autorisation réglementaire depuis bientôt vingt ans. William Muir, professeur de génétique à l'université de Purdue, affirme pour sa part que cette décision est «tout à fait gagnante-gagnante pour l'environnement, les consommateurs».

Les associations de consommateurs sont en revanche furieuses. D'autant que l'étiquetage en tant qu'OGM ne sera pas obligatoire. La loi américaine n'impose en effet la mention «OGM» sur les produits que s'il existe une différence matérielle entre le produit transgénique et le produit naturel similaire. Or, dans le cas du saumon AquAdvantage, la FDA affirme qu'il n'y en a pas. «Les consommateurs méritent de savoir quel type de nourriture ils achètent, et sondages après sondages une immense majorité nous a fait savoir qu'ils voulaient un étiquetage de la nourriture OGM», assure Michael Hansen, expert scientifique auprès de l'Union des consommateurs.

Les écologistes craignent aussi de voir l'animal contaminer les autres poissons en cas de fuite dans la nature. Sur ce volet, la FDA rappelle que le saumon AquAdvantage est stérile et ne peut donc pas se reproduire à l'état sauvage.

Fronde anti-OGM en Europe

Pour les Américains, l'arrivée de ce saumon transgénique dans les assiettes résulte d'une suite logique. Les OGM sont déjà massivement présents dans leur alimentation. Presque 100% des surfaces cultivées de maïs, soja et colza le sont avec des produits génétiquement modifiés. L'élevage constituait l'étape suivante. Les recherches avancent d'ailleurs rapidement sur les poulets et les cochons, déplorent les anti-OGM.

Le saumon transgénique aura plus de difficulté à s'inscrire au menu des Européens où les OGM luttent pour se faire une place. Aujourd'hui, au sein de l'Union européenne, 75 OGM pour l'alimentation animale et humaine sont autorisés à l'importation pour la commercialisation. Un chiffre qui a progressé en avril dernier suite à la décision de la Commission européenne d'autoriser 19 OGM. Mais pour l'instant, seul le maïs MON810 de Monsanto est autorisé pour la culture. Les pays membres ont par ailleurs été autorisés à interdire leur utilisation sur leur territoire pour des raisons socio-économiques, environnementales ou liées à l'utilisation des terres agricoles. Deux-tiers des états membres, dont la France, ont réclamé l'interdiction.

L'agnelle de l'Inra

En juin dernier, les Français apprenait avec sidération qu'une agnelle au patrimoine génétique modifié avait atterri dans les assiettes. L'animal était sorti par erreur des laboratoires de l'Inra puis avait pénétré la chaîne alimentaire. Toutefois, contrairement au saumon AquAdvantage, le travail de recherche «visait à comprendre, chez l'ovin, la greffe de cellules pour restaurer une fonction cardiaque défaillante suite à un infarctus du myocarde», a expliqué l'Inra. Les recherches génétiques sur les animaux sont encore majoritairement utilisées dans le domaine de la recherche fondamentale.

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