Viser le FN, coup de billard à trois bandes pour Manuel Valls

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VISER LE FN, LA STRATÉGIE DE MANUEL VALLS
VISER LE FN, LA STRATÉGIE DE MANUEL VALLS

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - La violence de la charge de Manuel Valls contre le Front national répond à un objectif de court terme avec des élections départementales délicates pour le PS mais vise aussi, selon les analystes, à préparer les échéances de 2017, voire au-delà.

Le Premier ministre a voulu, avec la bénédiction de François Hollande qui assume cette stratégie, frapper fort en disant, dimanche dernier, sa "peur que la France se fracasse sur le FN" et en revendiquant, dans les médias puis à l'Assemblée nationale, la "stigmatisation" de la formation d'extrême droite.

Ce faisant, il a placé le FN au centre du jeu - ce que les élections européennes et municipales de 2014 mais aussi chaque législative partielle depuis plus d'un an ont contribué à faire - et s'est posé en rempart contre "un désastre" dans deux ans.

Les récentes gifles électorales ont laissé des traces au PS et le parti pris en vue du scrutin des 22 et 29 mars, qui pourrait voir les socialistes perdre 20 à 40 de leurs 60 conseils départementaux, selon les sondages, est assumé.

"C'est une décision politique, un choix collectif pris en début d'année. Le Front national est une réalité. Quand vous êtes sortant, au pouvoir, il faut un adversaire clairement désigné et combattu", dit un haut responsable socialiste.

"Le message de Manuel Valls est bien passé, il a donné de la lisibilité à la campagne, les gens ont compris qu'elle démarrait", ajoute-t-il avant un scrutin départemental qui devrait être marqué par une très forte abstention.

"TOTALEMENT DANS LA PRÉSIDENTIELLE"

Cette stratégie ne pouvait être portée par un autre que Manuel Valls tant elle lui correspond, juge le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet.

"Manuel Valls procède comme ça depuis son installation à Matignon : il se cherche des ennemis qui lui permettent de se présenter comme (...) le gardien de la République", dit-il.

L'analyste y voit une tentative de s'appuyer sur "l'esprit du 11 janvier", date de la grande manifestation contre les attentats djihadistes, et "une logique de très court terme, purement tactique" mais pas sans risques. "Il y va à fond. Si jamais il y a défaite, il sera le premier responsable."

Il ne lui en sera pas fait grief à l'Elysée. François Hollande a dit dans Challenges ne pas vouloir changer de Premier ministre et, selon son entourage, a validé la stratégie anti-FN.

"C'est notre premier adversaire en termes de voix", explique un proche du chef de l'Etat qui espère voir la gauche tirer les leçons de sa désunion. "Il y a quelque chose de paradoxal à refuser l'union au premier tour et appeler ensuite à voter UMP pour faire barrage au FN."

Ici affleure l'enjeu numéro un, la présidentielle de 2017 que l'exécutif prépare déjà, comme en témoignent les incursions répétées dans le champ politicien - réception des "frondeurs" à l'Elysée, tentative de ramener des Verts au gouvernement.

"Si le PS subit une très lourde défaite, (Valls) pourra dire qu'il avait prévenu tout le monde", expose Bruno Cautrès, du Centre d'études de la vie politique française (Cevipof).

"En toile de fond, il y a évidemment l'obsession de 2002", avec l'éparpillement des voix sur de nombreux candidats de gauche et l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, au profit de Jean-Marie Le Pen, ajoute-t-il.

"Ils sont totalement dans la présidentielle", insiste-t-il. "Il n'y a pas une déclaration, pas une action en ce moment qui ne peut pas être interprétée par rapport à 2017."

Attaquer le FN permettrait de faire des victimes collatérales : les écologistes ou des partis de gauche qui pâtiraient d'un "vote utile", et la droite mise en difficulté.

"EFFETS INDUITS"

L'entourage de François Hollande le confirme à demi-mot.

"Il peut y avoir des effets induits qui sont le rassemblement, l'unité, la défense de nos valeurs mais c'est une conséquence, pas une cause", concède un proche.

Quant à Bruno Cautrès, il décèle une manoeuvre évidente vis-à-vis de la droite, un mois après une législative dans le Doubs où le parti de Nicolas Sarkozy a refusé d'appeler à voter PS au second tour contre le PS, préférant le "ni-ni".

"C'est une manière indirecte de renvoyer l'UMP à sa position par rapport au FN", dit-il. "Mais ce n'est pas si bien joué que ça parce qu'au bout du compte, il s'agit de faire la différence avec le candidat de droite pour se qualifier au deuxième tour.&qu

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - La violence de la charge de Manuel Valls contre le Front national répond à un objectif de court terme avec des élections départementales délicates pour le PS mais vise aussi, selon les analystes, à préparer les échéances de 2017, voire au-delà.

Le Premier ministre a voulu, avec la bénédiction de François Hollande qui assume cette stratégie, frapper fort en disant, dimanche dernier, sa "peur que la France se fracasse sur le FN" et en revendiquant, dans les médias puis à l'Assemblée nationale, la "stigmatisation" de la formation d'extrême droite.

Ce faisant, il a placé le FN au centre du jeu - ce que les élections européennes et municipales de 2014 mais aussi chaque législative partielle depuis plus d'un an ont contribué à faire - et s'est posé en rempart contre "un désastre" dans deux ans.

Les récentes gifles électorales ont laissé des traces au PS et le parti pris en vue du scrutin des 22 et 29 mars, qui pourrait voir les socialistes perdre 20 à 40 de leurs 60 conseils départementaux, selon les sondages, est assumé.

"C'est une décision politique, un choix collectif pris en début d'année. Le Front national est une réalité. Quand vous êtes sortant, au pouvoir, il faut un adversaire clairement désigné et combattu", dit un haut responsable socialiste.

"Le message de Manuel Valls est bien passé, il a donné de la lisibilité à la campagne, les gens ont compris qu'elle démarrait", ajoute-t-il avant un scrutin départemental qui devrait être marqué par une très forte abstention.

"TOTALEMENT DANS LA PRÉSIDENTIELLE"

Cette stratégie ne pouvait être portée par un autre que Manuel Valls tant elle lui correspond, juge le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet.

"Manuel Valls procède comme ça depuis son installation à Matignon : il se cherche des ennemis qui lui permettent de se présenter comme (...) le gardien de la République", dit-il.

L'analyste y voit une tentative de s'appuyer sur "l'esprit du 11 janvier", date de la grande manifestation contre les attentats djihadistes, et "une logique de très court terme, purement tactique" mais pas sans risques. "Il y va à fond. Si jamais il y a défaite, il sera le premier responsable."

Il ne lui en sera pas fait grief à l'Elysée. François Hollande a dit dans Challenges ne pas vouloir changer de Premier ministre et, selon son entourage, a validé la stratégie anti-FN.

"C'est notre premier adversaire en termes de voix", explique un proche du chef de l'Etat qui espère voir la gauche tirer les leçons de sa désunion. "Il y a quelque chose de paradoxal à refuser l'union au premier tour et appeler ensuite à voter UMP pour faire barrage au FN."

Ici affleure l'enjeu numéro un, la présidentielle de 2017 que l'exécutif prépare déjà, comme en témoignent les incursions répétées dans le champ politicien - réception des "frondeurs" à l'Elysée, tentative de ramener des Verts au gouvernement.

"Si le PS subit une très lourde défaite, (Valls) pourra dire qu'il avait prévenu tout le monde", expose Bruno Cautrès, du Centre d'études de la vie politique française (Cevipof).

"En toile de fond, il y a évidemment l'obsession de 2002", avec l'éparpillement des voix sur de nombreux candidats de gauche et l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, au profit de Jean-Marie Le Pen, ajoute-t-il.

"Ils sont totalement dans la présidentielle", insiste-t-il. "Il n'y a pas une déclaration, pas une action en ce moment qui ne peut pas être interprétée par rapport à 2017."

Attaquer le FN permettrait de faire des victimes collatérales : les écologistes ou des partis de gauche qui pâtiraient d'un "vote utile", et la droite mise en difficulté.

"EFFETS INDUITS"

L'entourage de François Hollande le confirme à demi-mot.

"Il peut y avoir des effets induits qui sont le rassemblement, l'unité, la défense de nos valeurs mais c'est une conséquence, pas une cause", concède un proche.

Quant à Bruno Cautrès, il décèle une manoeuvre évidente vis-à-vis de la droite, un mois après une législative dans le Doubs où le parti de Nicolas Sarkozy a refusé d'appeler à voter PS au second tour contre le PS, préférant le "ni-ni".

"C'est une manière indirecte de renvoyer l'UMP à sa position par rapport au FN", dit-il. "Mais ce n'est pas si bien joué que ça parce qu'au bout du compte, il s'agit de faire la différence avec le candidat de droite pour se qualifier au deuxième tour."

La "stigmatisation" du FN pourrait se heurter à ses limites.

"Ça ne suffira pas à masquer la déception des électeurs de gauche. La désillusion sur la politique économique et sociale est considérable", dit Bruno Cautrès.

Si le PS doit en subir les conséquences dans les urnes en 2017, Manuel Valls aura peut-être, avec cette offensive contre l'extrême droite, avancé ses propres pions pour plus tard.

"Je crois que son calcul est de jouer sa carte personnelle", dit Philippe Moreau-Chevrolet. "Il a fait le choix d'agiter des menaces en espérant qu'un jour il pourra être un recours, que les gens diront 'oui, il était fort'."

Bruno Cautrès y voit la marque d'un homme "qui veut saisir l'unique chance de sa carrière politique de montrer qui il est", au risque d'en faire trop. "Il a ce point fort quand il est dans l'indignation mais il le fait trop souvent. Si chaque fois qu'on le voit il est dans ce registre, les électeurs vont se lasser."

(avec Elizabeth Pineau et Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse)

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  • M2711013 le samedi 14 mar 2015 à 12:53

    Quand on préfère rincer l occupant plutot qu assurer la retraite des travailleurs Français... faudra pas venir chialer après le coup !

  • slivo le samedi 14 mar 2015 à 12:39

    On va le surnommer "la baudroie". . .

  • dsta le samedi 14 mar 2015 à 12:03

    ...Et a part vociférer, contre Pierre , Paul ou Jacques...il en est ou des réformes à faire d'urgence?? Il en est ou avec la dette qui galope maintenant vers 2100 milliards, Quant on est un amateur, on le reste!...D'où la percée du FN! Les responsables, c'est lui et Hollande...et personne d'autre!