Une presse bluffée souligne les défis qui attendent Macron

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UNE PRESSE BLUFFÉE SOULIGNE LES DÉFIS QUI ATTENDENT MACRON
UNE PRESSE BLUFFÉE SOULIGNE LES DÉFIS QUI ATTENDENT MACRON

PARIS (Reuters) - La presse française souligne le caractère inédit de la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle, candidat hors parti et inconnu du public il y a encore trois ans, mais évoque aussi les défis qui attendent le plus jeune président de la Ve République.

Une partie de la presse salue, un brin lyrique, "l'épopée spectaculaire" (Les Echos), "l'écrasante victoire, l'incroyable exploit, l'audace sans pareille" (Le Figaro) ou encore "l'opération politique magistrale" (Mediapart) du fondateur d'En Marche !.

"Bien peu y croyaient lorsqu'il décida de tenter l'impossible, avec cette intuition profonde que le peuple français était prêt à envoyer au tapis une génération politique épuisée", écrit le quotidien économique Les Echos qui titre "La France qui ose" avec un Emmanuel Macron de profit, bras et poing levés.

Pour Libération, "c'est la République (qui) l'emporte" et "une certaine idée de la liberté" qui "a résisté". Pour le quotidien de gauche, ce vote démontre que "l'ascension nationale-populiste" représentée par la candidate du Front national Marine Le Pen n'est pas inéluctable.

"La France grondeuse a conjuré la fatalité populiste qui semblait gagner le monde occidental. Elle a choisi la jeunesse, le renouveau, l'Europe, la réforme", approuvent Les Echos qui évoquent aussi "le choix (...) de la raison, de la liberté et de l'espoir".

Libération rappelle la jeunesse du nouveau président - "il faut remonter à Bonaparte pour trouver un chef d'Etat plus jeune" et la "chance" que le jeune candidat d'En marche ! a su "saisir" quand tous les candidats potentiels à l'origine, à commencer par le président sortant, ont commis des erreurs qui les ont disqualifiés, avant ou pendant la compétition.

"LA FRANCE MÉFIANTE"

Après son élection avec plus de 66% des suffrages, le nouveau chef de l'Etat va devoir transformer l'essai, soulignent les éditorialistes, à la fois en rassemblant une majorité lui permettant de gouverner lors des législatives de juin et en répondant aux attentes de ceux qui ont voté pour lui, d'autant qu'une partie de ceux-ci l'ont fait par défaut et que son adversaire, bien que défaite, a progressé en voix.

Et les Echos de souligner l'abstention en hausse - plus de 25% des électeurs inscrits n'ont pas voté -, les "votes blancs et nuls record" qui émanent de "la France méfiante" et les plus de 10 millions de voix obtenus par Marine Le Pen au second tour. Mediapart estime ce dernier chiffre "effrayant".

"L'attente est immense car, encore plus que dans d'autres pays occidentaux, notre société est minée par le chômage de masse et s'inquiète des mutations à venir", écrivent les Echos.

En outre, estime Libération, en ce qui concerne les électeurs d'Emmanuel Macron proprement dit, "plus des deux tiers auraient sans doute préféré voter pour ­quelqu'un d'autre."

L'Humanité, dont la photo principale de une n'est pas le vainqueur de la présidentielle mais de jeunes manifestants en train de défiler, titre d'ailleurs "Macron sans adhésion" et dit qu'"un nouveau combat commence" dans la perspective des législatives.

"Moins de protection pour les salariés, plus de liberté pour les patrons et la finance... Les législatives seront la première étape pour contester les politiques libérales annoncées par le nouveau chef de l'Etat", écrit le quotidien communiste.

Pour le Figaro également, "Emmanuel Macron est bien davantage l'élu d'un rejet (celui de Marine Le Pen mais aussi des candidats de la droite François Fillon, du PS Benoît Hamon, de la gauche Jean-Luc Mélenchon) que celui d'un projet".

Le quotidien évoque "l'étroitesse de son assise électorale" en soulignant que le président-élu représente surtout la France urbaine et diplômée.

Dans ce contexte, le quotidien conservateur ne voit pas d'autre possibilité pour lui et ses partisans que d'une "cohabitation" avec la droite incarnée par Les Républicains.

"Sur un certain nombre de points, (la priorité accordée à l'entreprise, la remise en ordre des comptes publics, l'Europe...), le programme des Républicains n'est pas diamétralement opposé à celui d'Emmanuel Macron", estime le quotidien.

Quoi qu'il en soit, avec ou sans Emmanuel Macron, la droite va devoir entamer une "refondation" estime Le Figaro, en prenant notamment en compte "les attentes (...) des catégories populaires perdues depuis Nicolas Sarkozy".

"La droite, elle devra s'y faire, a perdu l'élection présidentielle, mais ses idées pas plus que ses électeurs n'ont disparu. Il lui revient maintenant, non pas de courir après on ne sait quelle recomposition, mais d'être - avec Emmanuel Macron s'il abandonne pour de bon les vieilles lunes de la gauche, sans lui s'il s'y accroche - le moteur d'une véritable refondation".

(Danielle Rouquié)

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