Un premier sommet humanitaire pour améliorer l'aide d'urgence

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PREMIER SOMMET HUMANITAIRE POUR AMÉLIORER L'AIDE D'URGENCE
PREMIER SOMMET HUMANITAIRE POUR AMÉLIORER L'AIDE D'URGENCE

par Megan Rowling

ISTANBUL (Thomson Reuters Foundation) - Le premier sommet humanitaire mondial se tient lundi et mardi à Istanbul avec l'objectif d'améliorer l'aide d'urgence face à des crises de plus en plus nombreuses et complexes.

L'OCHA, le bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies, organise la réunion à laquelle sont attendus quelque 6.000 délégués.

Son chef, le coordonnateur des secours d'urgence de l'Onu, Stephen O'Brien, explique que cette conférence d'Istanbul doit servir à rassembler les énergies pour réformer le système d'aide tout en endiguant la "demande" en s'attaquant aux racines -- guerres, désastres -- de ces vastes besoins humanitaires.

"Nous avons besoin d'une vision politique et d'un engagement pour mieux prévenir et résoudre les conflits et les crises. Ce sommet est un point de départ", dit le diplomate britannique.

La réunion pâtira toutefois de l'absence de Médecins sans frontières (MSF), acteur primordial de l'aide d'urgence, qui a retiré sa participation au début du mois.

L'organisation juge que la conférence, en mettant sur le même pied organisations d'aide et gouvernements, exonère les Etats de leurs responsabilités dans les conflits ou les violations du droit humanitaire.

Le directeur général d'Oxfam Grande-Bretagne, Mark Goldring, a averti quant à lui que le sommet, s'il veut être "autre chose qu'un coûteux forum de discussion", devra "s'attaquer aux échecs répétés des Etats dans le règlement des conflits et mettre fin à la culture de l'impunité qui permet de tuer des civils sans subir de conséquences".

"Il faut lutter pour le respect du droit international humanitaire. On constate une absence de respect du DIH qui provoque d'énormes dégâts dans le monde", a renchéri Jan Eliasson, le vice-secrétaire général de l'Onu, dimanche lors d'une conférence de presse à Istanbul, mentionnant le bombardements des hôpitaux ou des sièges "pratiquement médiévaux" en Syrie et au Yémen.

TRANSFÉRER L'ARGENT AUX ACTEURS LOCAUX

La guerre en Syrie a fait plus de 11 millions de déplacés et les sécheresses ou crues provoquées par le phénomène météorologique El Niño affectent des dizaines de millions de personnes. Pour le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, le monde n'a pas connu pire situation humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les 175 gouvernements -- et 65 dirigeants -- attendus à ce sommet devraient toutefois se contenter d'engagements non contraignants sur la nécessité d'agir tôt en cas de situations potentiellement conflictuelles, d'en empêcher de nouvelles et de s'attaquer aux racines des conflits.

Il n'est pas non plus certain qu'ils offriront beaucoup d'argent pour combler un déficit du financement de l'aide humanitaire estimé annuellement à 15 milliards de dollars.

Le sommet d'Istanbul devrait toutefois produire des résultats concrets pour améliorer l'aide d'urgence. L'une des principales demandes formulées lors des réunions préparatoires était de mettre davantage d'argent dans les ONG locales et nationales qui sont souvent très sollicitées dans les situations de crise, souvent en tant que sous-traitantes modestement payées par les grosses structures internationales.

En vertu d'un "grand marchandage" qui sera annoncé pendant le sommet, 15 pays donateurs et 15 agences humanitaires, de l'Onu ou autres, se fixeront pour objectif d'allouer d'ici 2020 25% de leurs fonds à des acteurs locaux ou nationaux, contre une part de 0,2% aujourd'hui.

Degan Ali, directeur d'Adeso, une organisation africaine de développement, juge que le chiffre est louable, et supérieur à ce que beaucoup de groupes de la société civile avaient espéré. Il insiste toutefois sur la nécessité de mettre en place des mécanismes de vérification de l'application de cet objectif.

Le "grand marchandage" visera également à définir des moyens de rendre le financement humanitaire plus souple et plus prévisible sur de longues périodes, les agences s'engageant quant à elles à supprimer les mesures inefficaces et à améliorer leur coordination.

En revanche, l'accord ne prévoit pas de fixer un objectif chiffré pour déterminer la part de l'aide consacrée à la réduction du risque de catastrophes et à la prévention. La conférence promettra seulement de l'"accroître sensiblement", selon Izumi Nakamitsu, un responsable du Pnud (Programme des Nations unies pour le développement).

"Il existe des données quantifiables qui montrent que chaque dollar investi dans la prévention et la réduction du risque rapporte", constate-t-il. "Le problème est qu'il est plus bien sexy de mettre dans l'argent dans les réponses aux crises."

(Jean-Stéphane Brosse pour le service français, Thomson Reuters Foundation est la fondation caritative de Thomson Reuters dédiée à la couverture des sujets humanitaires et liés aux droits des femmes, à la lutte contre la corruption et au changement climatique. http://www.trust.org)

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