Trois anciens ministres de Chirac visés par une juge pour Bouaké

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PARIS (Reuters) - Une juge d'instruction sollicite le renvoi devant la Cour de justice de la République (CJR) de trois anciens ministres de Jacques Chirac dans le dossier du bombardement de Bouaké, en Côte d'Ivoire, qui a coûté la vie à neuf soldats français en 2004, a-t-on appris mardi de source judiciaire.

Sabine Keiris vise Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie et Michel Barnier, respectivement ministres de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères, précise-t-on, confirmant des informations du Canard enchaîné et de Mediapart.

La juge, qui a transmis son ordonnance au parquet, soupçonne les trois anciens ministres d'avoir sciemment laissé fuir les pilotes biélorusses des avions responsables du massacre.

"Il est apparu tout au long du dossier que tout avait été orchestré afin qu'il ne soit pas possible d'arrêter, d'interroger ou de juger les auteurs biélorusses du bombardement", conclut-elle, selon des extraits publiés par Mediapart.

Les trois anciens membres du gouvernement de Jacques Chirac auraient pris cette décision après "concertation à un haut niveau de l'État", ajoute le site d'information.

Ils encourent, chacun, trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.

La Cour de justice de la République est la juridiction compétente pour juger les membres du gouvernement pour les crimes et délits commis dans l’exercice de leur fonction.

Si le parquet de Paris suivait l'analyse de Sabine Kheris, la juge pourrait saisir via le parquet la commission des requêtes de la CJR, qui filtre les plaintes individuelles ou les demandes judiciaires mettant en cause les membres du gouvernement.

Le bombardement de Bouaké était intervenu le 6 novembre 2004, alors que l'armée de Laurent Gbagbo, alors président de la Côte d'Ivoire, pilonnait les positions de la rébellion installée dans le nord du pays.

Deux avions Soukhoï avaient pris pour cible le lycée Descartes de Bouaké où les troupes françaises de l'opération Licorne avaient installé leur base.

L'armée française avait riposté en détruisant la petite flotte ivoirienne et Paris avait accusé Laurent Gbagbo d'être le commanditaire de l'opération. Mais la question du commanditaire du bombardement reste posée onze ans après les faits.

Dans les heures suivant l'attaque, quinze techniciens aéronautiques russes, biélorusses et ukrainiens ont été interceptés à l'aéroport d'Abidjan. Mais sur ordre de Paris, ils seront finalement remis à l’ambassade russe.

Les huit pilotes ont été arrêtés pour leur part à la frontière togolo-ghanéenne et relâchés faute de réaction des autorités françaises.

(Gérard Bon, édité par Yves Clarisse)

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