Taxer les dépôts des épargnants est «inconcevable» pour les banques françaises

le
0

Une banque allemande a décidé d'appliquer un taux d'intérêt négatif de -0,25% sur les dépôts de plus de 500.000 euros pour répercuter la politique de la BCE. En France, une telle mesure n'est «pas à l'ordre du jour», selon les banques.

Chez Deutsche Skatbank, un petit établissement coopératif du Land allemand de Thuringe, les clients les plus riches payent pour déposer leurs avoirs sur leurs comptes. Depuis le 1er novembre, la banque applique un taux négatif de -0,25% pour tout dépôt supérieur à 500.000 euros. Elle suit ainsi à la lettre la politique de la Banque centrale européenne (BCE), qui a décidé en juin de pratiquer elle-même des taux d'intérêt négatifs de -0,10% sur les dépôts laissés par les banques sur ses comptes. En clair, les banques doivent désormais payer si elles laissent leur argent dormir à la banque centrale au lieu de l'utiliser pour faire crédit et, donc, financer l'économie. Au 31 octobre, cette «manne» représentait 38,4 milliards d'euros.

Certes, la décision culottée de Deutsche Skatbank concerne peu de ménages allemands, mais elle pourrait faire tache d'huile dans le secteur bancaire outre-Rhin. «Cette position est inconcevable en France», réfute-t-on formellement à la Fédération nationale du Crédit agricole. «Nous imaginons difficilement les banques commerciales dire à leurs clients qu'on va leur faire payer leurs dépôts parce que des taux négatifs sont appliqués sur le marché». A la Société générale, même réaction. «Taxer les dépôts des particuliers n'est pas à l'ordre du jour dans notre réseau», dit-on au siège de la banque. BNP Paribas estime que le principe «n'est pas d'actualité».

La décision de Deutsche Skatbank est d'autant plus «incompréhensible» dans le contexte des nouvelles règles de solvabilité bancaire. La réforme internationale Bâle 3, dont l'entrée en vigueur est progressive depuis le 1er janvier 2014, impose notamment aux banques européennes un renforcement de leurs fonds propres. «Les banques sont plutôt dans une logique de recherche ou de croissance des dépôts via des produits liquides, comme les livrets d'épargne», souligne-t-on au Crédit agricole.

Épargne moins rémunératrice

Toujours est-il que même la BCE, en promettant que sa politique n'aurait «aucun impact direct» sur les économies des Européens, avait averti dès juin que «les banques commerciales pourraient tout à fait décider d'abaisser les taux de rémunération de leurs produits d'épargne». Dans la revue de la Banque nationale de Belgique parue en septembre, l'économiste Mélissa Kasongo Kashama estime que les épargnants ont bien pâti de la politique monétaire européenne. «Les mois de juin et juillet 2014 ont enregistré un nouveau recul du taux moyen rémunérant l'épargne des ménages dans la zone euro. En bref, ces développements indiquent que les décisions en matière de taux prises par l'Eurosystème à la suite de la crise, et ce y compris le taux négatif pour la facilité de dépôt, exercent de véritables pressions à la baisse sur le rendement de l'épargne», écrit-elle.

En France, la rémunération de certains produits d'épargne a nettement flanché ces derniers mois. C'est le cas pour les comptes sur livret (CSL) ou livrets bancaires, ces produits qui permettent d'effectuer des versements et retraits sans frais et sans plafond, et dont les intérêts sont fiscalisés. Le taux du CSL à la Société générale est ainsi passé de 1% à 0,75% au 1er août 2014. De même le Compte Epargne de BNP Paribas a vu sa rémunération glisser de 0,90% à 0,70% le 1er juillet. A la Banque postale, le taux de ce placement a été rogné de 0,80% à 0,55% au 1er novembre, chez LCL de 0,85% à 0,75% au 1er septembre et au Crédit agricole de 0,85% à 0,60% au 1er octobre. L'explication est technique: «La baisse du taux du CSL est liée à celle du taux directeur de la BCE», fait-on valoir à la Société générale. Pour autant, sur ces produits de trésorerie, «chaque banque décide librement quelles variations de taux appliquer», admet-on au Crédit agricole.

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant