Rester ou partir ? Après les attentats, le doute des habitants du quartier

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Pour la deuxième fois en dix mois, des attentats ont frappé le 11e arrondissement de Paris, ce quartier plein de jeunesse. Mais ses habitants ont désormais peur pour leur vie et celle de leurs enfants. Certains pensent à partir.

Pourquoi nous? Pourquoi notre quartier? Parce que nous vivons ensemble. Et ces gens n’aiment pas les gens qui vivent ensemble. Telle était la teneur du message de François Vauglin, maire du XIe arrondissement, pour expliquer sobrement et justement ces actes terribles. Des actions ignobles commises par des personnes qui ne supportent pas de voir les autres rire, et profiter de la vie. «Le discours du maire a rassuré les habitants du quartier, et il a été très apprécié», explique au Figaro Sophie, une mère de famille de 35 ans, qui habite depuis plus de cinq ans dans le XIe arrondissement, du côté du métro Faidherbe-Chaligny. «Vendredi, nous étions à la maison avec des amis, heureusement», ajoute-t-elle.

Dans le quartier, tout le monde n’a pas eu cette chance. Certains sont tombés sous les balles des terroristes au Bataclan, en terrasse, ou au restaurant le Petit Cambodge. D’autres ont assisté, impuissants, à ces scènes de guerre. Plusieurs vidéos amateurs, dévoilant des Parisiens venir en aide aux personnes touchées en terrasse, ont circulé sur le web et les réseaux sociaux. C’est la deuxième fois en dix mois, depuis les attentats de Charlie Hebdo le 11 janvier dernier, que le terrorisme frappe le quartier. Au grand désespoir de ses habitants.

Que faire alors? Partir ou rester? La question se posait déjà au lendemain de Charlie. Certains habitants avaient déjà fait leur choix. Quel qu’il soit. La question se pose encore davantage qu’il y a dix mois: désormais, les terroristes sont prêts à tirer sur la foule, sur tout le monde, sans autre ciblage que la localisation. Tous les Parisiens, hommes, femmes, et enfants, sont donc potentiellement en danger.

Beaucoup ont peur pour eux et pour leurs enfants. D’autres n’ont pas, ou plus envie de vivre dans un quartier qui a été le théâtre d’événements aussi sordides. Comment fonder une famille dans une telle atmosphère? Les enfants, c’est d’ailleurs bien souvent l’élément déclencheur. Le déclic qui fait que l’on se pose la question. Et surtout, quand ces événements s’immiscent, directement dans notre quotidien… «Quand le sang coule en bas de l’immeuble, c’est que les choses ont changé», explique Olivia, qui habite à l’angle du boulevard Voltaire et de la rue de Montreuil, juste en face du Comptoir Voltaire, qui a été visé par les attentats. «J’y vais tous les jours, on y brunche avec les enfants… Maintenant, les gens s’arrêtent, filment, prennent des photos…», raconte cette mère de famille d’une trentaine d’années, qui vit dans le quartier depuis 17 ans.

A-t-elle songé à quitter le quartier? «Oui. Mes parents n’ont qu’une envie c’est que je parte. Je ne suis pas quelqu’un d’anxieux, mais là les choses ont changé. Cela peut arriver à nos enfants et à nos amis. Si mon mari n’était pas aussi fort et rassurant, nous serions peut-être déjà partis», affirme Olivia, en précisant qu’elle a déjà songé à déménager dans l’ouest parisien, où elle a de la famille et des amis. Déménager. Partir. La question taraude.

Florent a 43 ans, et a grandi dans le XIe. Il a habité rue de la Folie-Méricourt - juste à côté du Bataclan - durant vingt ans. Tout en gardant son appartement, il a décidé de quitter Paris. Pourquoi? Entre autres pour élever ses enfants dans un endroit plus «sécurisé». C’était il y a quatre ans. «Aujourd’hui, je vois passer en boucle ces images de lieux que je connais par cœur. Je me suis même senti un peu lâche, parce que je suis accroché à ce quartier, il fait partie de moi», confie-t-il au Figaro, en ajoutant avoir fait 25 concerts au Bataclan.

Malgré la terreur, d’autres n’iront pas jusqu’à quitter Paris, ni même le quartier. C’est le cas de Peggy, qui habite rue de Charonne, et qui travaille dans un immeuble voisin du Bataclan. Cette femme de 41 ans qui travaille dans la publicité passe son temps dans les bars et les lieux culturels du quartier. Par chance, elle était à un concert au Zénith vendredi dernier. «J’ai conscience d’être pleinement dans la cible», confie-t-elle au Figaro. Je me suis posé la question de partir, mais cela n’arrivera pas. Même si j’ai peur, je ne déménagerai pas.»

Même état d’esprit pour Sophie et sa famille. «Je suis fière d’avoir élevé mes enfants dans ce quartier où l’on parle, échange, avec des gens qui sont différents de nous. C’est une chose que l’on doit pouvoir continuer à faire», insiste-t-elle. «La vie de quartier d’avant va reprendre», conclut Peggy avec espoir. Qu’elle reprenne. En espérant que son calme ne soit plus entravé par l’infamie du terrorisme.

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  • NYORKER le mercredi 18 nov 2015 à 18:57

    Charlie Hebdo c'était le 7 janvier M. "le journaliste "