Reprise d'un monastère chrétien saccagé près de Mossoul

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UN MONASTÈRE CHRÉTIEN PRÈS DE MOSSOUL REPRIS À L'EI
UN MONASTÈRE CHRÉTIEN PRÈS DE MOSSOUL REPRIS À L'EI

par Stephen Kalin

KHIDIR ILYAS, Irak (Reuters) - A mesure qu'elles resserrent leur étau autour de Mossoul, les forces progouvernementales irakiennes découvrent les exactions et les destructions auxquelles les combattants de l'Etat islamique (EI) se sont livrés depuis deux années.

Au cours du week-end, elles ont repris le monastère de Mar Behnam, bâtiment du quatrième siècle qui, selon la légende, fut commandé par un roi assyrien en signe de pénitence pour avoir tué ses deux enfants convertis à la chrétienté.

Lors de leur occupation des lieux, les djihadistes ont brûlé une collection d'ouvrages consacrés à la théologie chrétienne, effacé des inscriptions en syriaque, la langue parlée par le Christ, et démoli des sculptures de la Vierge Marie et du saint patron du monastère.

Ils ont retiré toutes les croix présentes et ont tenté de faire disparaître chaque mention de Behnam, le fils du souverain qui fit construire l'édifice.

"Leur but fondamental était de détruire toute histoire et toute civilisation chrétienne des plaines de Ninive", affirme Duraid Elias, commandant des Brigades de Babylone, une milice chrétienne soutenue par les autorités irakiennes qui a participé à la reconquête du site.

Lors de leur offensive-éclair dans le nord de l'Irak en 2014, les combattants de l'EI ont d'abord pris pour cible les minorités de la région dont les racines remontent à l'époque mésopotamienne.

Le message adressé aux chrétiens était sans compromis : payez l'impôt et convertissez-vous à l'islam ou périssez par le glaive. La plupart des membres de la communauté, y compris quelques dizaines de moines qui vivaient dans le monastère, ont fui afin de trouver refuge au Kurdistan irakien.

Mar Behnam, le plus grand monastère du pays, fut alors transformé en quartier général de l'Hisba, la police des moeurs chargée de veiller au respect de règles de vie très strictes telles que l'interdiction de fumer, de se raser la barbe pour les hommes et de montrer leur visage en public pour les femmes.

OEIL POUR OEIL. DENT POUR DENT

Une salle d'attente a été transformée en dispensaire et les cellules des moines ont servi de centres de détention pour les récalcitrants. Des dizaines d'antennes satellite ont été entreposées dans un coin reculé du bâtiment, raconte Duraid Elias.

Le commandant précise que ses hommes ont combattu aux côtés de l'armée irakienne pour reprendre le site ainsi que le village de Khidir Ilyas dans lequel il est installé. Mais les troupes régulières ont poursuivi leur progression, abandonnant apparemment le contrôle de la zone aux Brigades de Babylone.

Alors que des coups de feu résonnent au loin, le commandant Elias accueille six nouveaux volontaires. Il leur distribue des uniformes et des armes en échange de la simple promesse de protéger la région.

Ses hommes, affirme-t-il, sont animés par la volonté de maintenir la présence de leur communauté qui a failli être totalement exterminée par l'Etat islamique.

"Nous prouvons au monde que les chrétiens ne sont pas faibles. Nous sommes plus forts qu'ils l'imaginent", déclare-t-il fièrement.

Ses troupes ont détruit trois ou quatre habitations soupçonnées d'appartenir à des djihadistes à Khidir Ilyas afin de les empêcher de revenir.

"Il y en a d'autres. Pour chaque maison chrétienne qu'ils ont fait sauter, nous détruisons une de leurs maisons", dit-il. Debout sur le toit du monastère, Duraid Elias montre du doigt des habitations voisines. "C'est la guerre. Oeil pour oeil. Dent pour dent".

(Pierre Sérisier pour le service français)

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  • M7166371 il y a 2 semaines

    la civilisation a le droit et le devoir de se défendre et de défendre ses valeurs