Recueillement contre selfies au mémorial du 11-Septembre

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LE MÉMORIAL DU 11-SEPTEMBRE, UNE ATTRACTION TOURISTIQUE ?
LE MÉMORIAL DU 11-SEPTEMBRE, UNE ATTRACTION TOURISTIQUE ?

par Gina Cherelus

NEW YORK (Reuters) - Le mémorial du 11-Septembre de New York, sur le site même où sont tombées il y a quinze ans les tours du World Trade Center, confronte deux mondes: celui des vivants et celui des morts.

Les touristes du monde entier se rendent sur le site où plus de 2.600 personnes ont trouvé la mort. Certains y viennent se recueillir, d'autres veulent satisfaire leur fascination morbide en découvrant le lieu de l'acte le plus meurtrier qu'ait connu l'Amérique depuis le bombardement de Pearl Harbor en 1941.

Les visiteurs, agrippant leurs smartphones, appareils photos ou perches à selfies, font tranquillement le tour du musée et du mémorial. Ils devraient être nombreux dimanche pour le 15ème anniversaire de l'attentat.

Plus de 28 millions de personnes ont visité le mémorial et sept millions le musée, depuis leur ouverture il y a cinq ans, ce qui amène certains new-yorkais à penser que le site perd de sa signification pour devenir une attraction touristique.

Rosanne Hughes, dont le mari est mort le 11 septembre 2001 alors qu'il était en voyage d'affaires, raconte qu'il est difficile pour les familles des victimes de voir le comportement insensible des touristes au mémorial.

"C'est très irrespectueux de la part des gens d'aller là-bas et de prendre des selfies, de sourire à la caméra alors qu'en arrière-plan se trouve l'endroit où les tours se sont effondrées", dit-elle.

"TOUJOURS EN COLÈRE"

Le mémorial et le musée, dont la construction a coûté plus de 700 millions de dollars (623 millions d'euros), sont composés de deux bassins agrémentés de cascade, à l'emplacement même des deux tours. Les noms des victimes du 11-Septembre sont inscrits sur des plaques de bronze autour des points d'eau.

Les habituelles pièces de monnaie brillent près des rebords mais côtoient aussi des serviettes en papier, des capsules de bouteille voire même un gobelet de café en plastique.

Un vigile, qui n'a pas voulu donné son nom, assure que pendant ses patrouilles, il doit demander aux enfants de ne pas s'asseoir sur le nom des victimes et aux adultes de ne pas écraser dessus leurs mégots de cigarettes.

Rosanne Hughes, qui fait aussi partie de la Fondation 11-Septembre, trouve également dérangeant que des vendeurs de hot-dogs ou de souvenirs fassent du commerce à proximité du mémorial.

"Nous sommes toujours en colère face à ce qu'il s'est passé et nous avons avancé là-dessus. Mais il y a des choses qui ne peuvent pas vraiment disparaître", témoigne-t-elle.

Kenneth T. Jackson, un spécialiste de l'histoire de New York et professeur à l'université Columbia, affirme que les attentats ont fait du World Trade Center l'endroit le plus connu au monde et pense que les visiteurs en comprennent malgré tout la portée.

"Il fait maintenant partie de la longue liste des attractions touristiques de New York, et, pour le meilleur comme pour le pire, c'en est une", analyse-t-il. "Même s'il n'y avait pas de mémorial, même si on y avait laissé des choses détruites, les gens viendraient visiter".

(Laura Martin pour le service français)

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