Premier procès d'une filière djihadiste depuis les attentats

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PREMIER PROCÈS D'UNE FILIÈRE DJIHADISTE DEPUIS LES ATTENTATS
PREMIER PROCÈS D'UNE FILIÈRE DJIHADISTE DEPUIS LES ATTENTATS

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Le procès de sept djihadistes présumés, dont Salim Benghalem, considéré comme un des membres francophones les plus influents de l'Etat islamique et qui sera jugé en son absence, s'est ouvert mardi, un peu plus de deux semaines après les attentats de Paris.

Ils sont soupçonnés d'avoir participé en 2013 à une filière d'acheminement de militants islamistes vers la Syrie.

Originaire de Bourg-la-Reine, près de Paris, Salim Benghalem, alias Abou Mohamed, un homme de 35 ans visé par un mandat d'arrêt international depuis le 9 mai 2014, est aussi soupçonné d'être l'un des bourreaux de Daech en Syrie.

C'est le "grand manipulateur de toutes les recrues françaises de Daech", estime Roland Jacquard, président de l'Observatoire international du terrorisme.

D'après lui, le Belge Abdelhamid Abaaoud, chef opérationnel présumé des attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis, tué dans un assaut des forces de l'ordre le 18 novembre, était sous ses ordres au sein d'une brigade francophone à Rakka.

Depuis septembre 2014, Salim Benghalem, qui a d'abord rejoint les rangs du Front al Nosra, groupe affilié à Al Qaïda, à son arrivée début 2013 en Syrie, est inscrit sur une liste américaine de "combattants terroristes étrangers".

Soupçonné d'avoir été l'un des geôliers de journalistes français retenus en Syrie début 2014, aux côtés de Mehdi Nemmouche, auteur présumé de la fusillade qui a fait quatre morts en mai 2014 au Musée juif de Bruxelles, il est par ailleurs visé depuis fin juillet par une enquête pour séquestration et enlèvement.

"MAXIMUM DE DÉGÂTS"

Condamné cinq fois par la justice française entre 2001 et 2010, notamment pour tentative de meurtre, Salim Benghalem est connu depuis de nombreuses années des services de renseignement, notamment pour ses liens avec certains membres d'une filière pakistano-afghane du XiXe arrondissement de Paris.

C'est dans le cadre de ce réseau que Chérif Kouachi, l'un des auteurs de l'attaque contre Charlie Hebdo qui a fait douze morts en janvier à Paris, sera condamné en mai 2008 à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis.

Jusqu'à fin 2012, Salim Benghalem fréquente la mosquée de Cachan (Val-de-Marne), son dernier lieu de domicile connu en France, avant de s'installer quelques mois en Tunisie, fin 2012, avec femme et enfants, et de rejoindre seul la Syrie début 2013.

D'après son épouse, entendue en garde à vue en janvier 2014, c'est à partir de 2011 qu'il se radicalise. En juillet de la même année, il disparaît pendant trois semaines et se rend au Yémen, où il se forme au maniement des armes, comme elle l'expliquera aux enquêteurs.

"Il avait reçu pour mission de commettre un attentat en France contre des Américains, à l'encontre (...) d'une université américaine", détaillera-t-elle, selon une source judiciaire. Mais il ne passera jamais à l'acte.

En Syrie, Salim Benghalem combat et, en tant que membre de la police islamique, participe aux interrogatoires de prisonniers, assure-t-elle.

Il lui dit vouloir mourir en martyr, et ne pas avoir l'intention de rentrer en France. "Si (je rentre), ce sera pour faire un attentat, un maximum de dégâts", lui aurait-il déclaré.

INQUIÉTUDE DES AVOCATS

Dans un reportage de janvier 2015 attribué à l'Etat islamique, Salim Benghalem salue les actes de Mohamed Merah, qui a selon lui fait "quelque chose d'extraordinaire" en assassinant sept personnes à Toulouse en mars 2012.

Les six autres prévenus, âgés de 23 à 37 ans, devront répondre de leur participation, à des degrés divers, à cette filière présumée d'acheminement de combattants vers la Syrie. Cinq d'entre eux y ont séjourné en 2013 et 2014, de quelques jours à quelques mois.

"On aborde (ce procès) avec une grande inquiétude", a déclaré à la presse Xavier Nogueras, l'un des avocats de la défense. "Les événements de ces derniers jours vont forcément influer sur cette longue audience, peut-être impacter la sérénité dont on a besoin pour juger ces hommes", a-t-il ajouté.

L'un des prévenus, Younes C., est connu pour ses liens avec Mohamed Achamlane, fondateur et émir du groupuscule islamiste Forsane Alizza, dissous en mars 2012 par le gouvernement, et condamné le 10 juillet à neuf ans de prison ferme.

Un autre, Paul M., a eu "une longue conversation" en prison avec Mehdi Nemmouche le 28 juillet 2014, juste avant sa remise à la Belgique.

Le procès est prévu jusqu'au 7 décembre.

(avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

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