Préemption de logements à Paris : les professionnels de l'immobilier incrédules

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VIDÉO - La mairie de Paris veut préempter 8021 appartements dans la capitale pour en faire des logements sociaux.

Le projet de la Mairie de Paris de préempter 8021 appartements parisiens pour les transformer en logements sociaux est jugé incohérent pour les professionnels de l’immobilier. Non seulement, elle va priver des acheteurs légitimes de s’offrir des logements, mais son coût risque d’être très élevé, sans pour autant permettre d’atteindre à lui seul le taux de 25 % de logements sociaux en 2025 dans la capitale (et 30 % en 2030). «La Mairie de Paris a acheté des logements sociaux à 4500 euros le m2 situés dans des immeubles neufs aux Batignolles. Et là, elle s’apprête à payer à prix d’or des appartements pour les transformer en logements sociaux», s’étonne Laurent Vimont, président de Century 21. Dans les dix arrondissements sélectionnés par la Mairie (IIe, Xe, XIe, XIIe, XVe, XVIIe, XVIIIe et XXe), les prix au m2 vont de 6730 euros dans le XIXe à 9000 euros dans le IIe.

Mais reste à savoir si la municipalité parisienne qui a eu des difficultés pour boucler son budget 2015 pourra préempter au prix du marché? «Le fait qu’elle rachète des appartements n’est pas en soi un grand problème, si elle le fait au prix du marché», insiste Pierre-Antoine Menez, vice-président de la Fnaim du Grand Paris. «Mais si ce n’est pas le cas, et la Mairie propose des prix nettement inférieurs, elle mettra en difficulté de nombreux vendeurs qui cèdent leur résidence principale. Ils n’auront plus alors les moyens d’en acheter une autre comme ils le prévoyaient», redoute-t-il, en soulignant que la Mairie de Paris a besoin d’appartements familiaux.

Hausse des prix?

«Si le prix proposé ne leur convient pas, les vendeurs pourront saisir le juge des expropriations», tempère Thierry Delesalle, notaire à Paris. Sans garantie de succès toutefois. De nombreux propriétaires pourraient alors refuser de vendre leur bien à prix cassé, ce qui figerait un peu plus le marché immobilier de la capitale déjà tendu.

«L’achat de plusieurs appartements dans un même immeuble risque aussi de poser des problèmes au niveau de la gestion de la copropriété qui deviendra très compliquée», ajoute Pierre-Antoine Menez. Comment la ville sera-t-elle représentée dans chaque copropriété? Et cela ne posera-t-il un problème financier durable. Les charges annuelles de copropriété coûtent en effet très cher. «Jusqu’à présent, la mairie évitait d’ailleurs d’être copropriétaire dans des immeubles pour ne pas avoir de problèmes», souligne le vice-président de la Fnaim.

La Mairie de Paris a déjà identifié 257 immeubles dans lesquels elle envisage d’acheter des logements. Ces adresses ne sont pour l’heure pas rendues publiques. Mais dès les premières opérations de préemption, ces immeubles cibles et ceux aux alentours seront boudés par les acquéreurs potentiels.

Cette mesure de préemption pourrait aussi paradoxalement faire à nouveau grimper les prix de la pierre dans la capitale, selon certains experts. Le contraire de ce que recherchent les pouvoirs publics aujourd’hui.

«Le nombre de logements privés disponibles dans la capitale, déjà restreint, va encore diminuer», justifie Laurent Vimont. «Alors qu’il faudrait construire des logements à Paris, les opérations de préemption vont encore dégrader l’équilibre du marché parisien», conclut-il.

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