Piscine Molitor : pourquoi les tarifs pratiqués sont si prohibitifs

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Alors que la réouverture de la piscine Molitor à Paris déchaîne les passions, lefigaro.fr fait le point sur les questions soulevées par cette renaissance sous forme d'hôtel de luxe.

La renaissance de la piscine Molitor en établissement de luxe ne passe pas auprès d'une partie du public qui se sent privé d'un lieu largement ouvert et accessible à tous par le passé. Avec des bassins accessibles aux clients de l'hôtel 5 étoiles qui l'entoure ou moyennant un abonnement annuel de 3.300 euros, le public visé est clairement plus restreint. Mais si l'approche retenue est élitiste, y a-t-il un scandale pour autant?

Le projet a-t-il bénéficié de subventions?

Estimé à l'origine à 65 millions d'euros, le projet en aura coûté près de 80 à son financeur le fonds Colony Capital. Et si Jack Lang dénonce la «mercantilisation» d'un lieu qu'il avait contribué à faire classer, cette protection ne s'est accompagnée d'aucune subvention. En revanche, des expertises ont du être financées par des fonds publics en 1995 et en 2001 moyennant près de 800 000 euros. A terme, au-delà des 220 emplois créés sur le site, Molitor devrait être une source de recette pour la Ville de Paris. La redevance annuelle versée à partir de la deuxième année reste assez faible (de l'ordre de 75000 euros) mais si l'opération est un succès, l'exploitant devra reverser près de 10 % de ses recettes.

Les exploitants ont-ils des obligations de service public?

La Ville de Paris a concédé à Colony capital un bail emphytéotique administratif de 54 ans. Il n'est assorti que de deux obligations: verser une redevance annuelle et restituer l'équipement en parfait état au terme du bail. Les lieux seront d'ailleurs examinés tous les ans. Il n'y a donc aucune délégation de service public. L'exploitant est libre de fixer ses tarifs et le mode d'accès au bassin. L'ouverture trois demi journées par semaine à des élèves des écoles du quartier est donc un acte d'ouverture et de bonne volonté à en croire la direction. Même si elle reconnaît avoir envisagé deux demi-journées dans un premier temps après avoir été poussé vers trois par la municipalité. Par ailleurs, si l'accès aux bassins est strictement encadré, le restaurant, le toit terrasse, le bar ou le spa sont ouverts au public.

Rentabiliser un tel projet passe-t-il forcément par le luxe et le haut de gamme?

Force est de constater que l'ensemble des projets privés de renaissance de Molitor se tournaient plutôt vers le haut de gamme. En 2008 déjà, les trois projet concurrents (Colony Capital-Bouygues, GTM et Icade) prévoyaient déjà un lieu dont l'abonnement annuel serait compris entre 1.200 et 2.000 euros. Malheureusement, les tarifs ont augmenté encore bien plus vite que l'inflation: la presse évoquait à l'époque pour le projet Colony un hôtel de moins de 100 chambres et un accès au club moyennant 60 euros par jour ou 1.800 par an. Finalement, ce sera 124 chambres et un abonnement à 3.300 euros ou 180 euros par jour. L'argument massue faisant pencher le projet vers une approche élitiste, c'est que plus elle est utilisée, plus une piscine coûte cher en entretien. L'accès limité permet de justifier des prix élevés pour les clients tout en limitant la facture de rénovation. Il faut reconnaître que dans son exploitation précédente, la piscine Molitor avant même d'être dégradée par les tagueurs était devenue très vétuste en soixante ans d'utilisation.

Ne peut-on pas envisager un accès à un public plus large au bassin d'hiver?

Avec un hôtel 5 étoiles entièrement construit autour du bassin découvert, ce dernier ne pourra clairement jamais prétendre à une large ouverture au public. Ce n'est pas le cas du bassin couvert dans le prolongement qui accueillera les scolaires. Il se murmure qu'un Club des nageurs pourrait y être créé en septembre ou plus tard pour répondre aux attentes d'un public souhaitant simplement nager et non pas bénéficier des installations sportives et autres prestations du club privé. Pas la peine de rêver pour autant: si les tarifs promettent d'être moins stratosphériques que ceux proposés actuellement, ils n'auront rien à voir avec un ticket de piscine municipale.

Comment les tarifs ont-ils été fixés?

A raison de 3 euros l'entrée pour une piscine municipale parisienne, Molitor s'affiche 60 fois plus cher. Il faut pourtant admettre que le projet ne mise en rien sur ces entrées individuelles et se concentre sur l'hôtel et le club. Il lorgne clairement du côté des clubs huppés tels que le Paris Country Club, le Racing ou le Ken Club. Pour ce dernier, installé non loin de la maison de la radio on retrouve cette même limitation à 1000 membres, une adhésion annuelle autour de 3.000 euros et une journée découverte facturée 290 euros (mais incluant un soin et un repas).

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  • supersum le mercredi 21 mai 2014 à 11:07

    Faut bien que les bobos trempent leur cu*ls entre eux

  • lsleleu le mercredi 21 mai 2014 à 10:08

    Tarifs pour bobos qui vont pouvoir se vanter d'être allé la .

  • Aston54 le mercredi 21 mai 2014 à 08:58

    Ca c'est clair que soc.ialos-bo-bos ne vont pas aimer (encore que, là ils ne seraient pas dérangés par la populace). Peut-être même que l'ancien maire de Paris pourrait y avoir un accès gracieux... Faut bien se remettre de l'ouverture du courrier dans le bureau de l'hôtel de ville!!!