Ping rejette l'arrêt de la Cour constitutionnelle du Gabon

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JEAN PING REJETTE LA CONFIRMATION PAR LA COUR CONSTITUTIONNELLE DE LA VICTOIRE DE BONGO
JEAN PING REJETTE LA CONFIRMATION PAR LA COUR CONSTITUTIONNELLE DE LA VICTOIRE DE BONGO

par Edward McAllister et Gerauds Wilfried Obangome

LIBREVILLE (Reuters) - Le chef de file de l'opposition gabonaise, Jean Ping, a rejeté samedi la confirmation selon lui "injuste", par la Cour constitutionnelle, de la victoire d'Ali Bongo à l'élection présidentielle du 27 août.

Son rejet de l'avis de la Cour constitutionnelle laisse augurer de la poursuite d'une crise politique violente dans le pays. S'adressant à ses partisans et à la presse à sa résidence à Libreville, Jean Ping a appelé la population à "rester vigilante et mobilisée".

"Nous ferons en sorte que le choix des Gabonais soit respecté. 2016 ne sera pas 2009", a-t-il dit en faisant allusion à la précédente présidentielle, qui avait vu l'élection d'Ali Bongo à la succession de son père, Omar Bongo, lequel avait dirigé le pays pendant 42 ans.

Ali Bongo s'est employé samedi à apaiser les tensions, appelant au dialogue et promettant d'ouvrir le futur gouvernement à des figures de l'opposition. Ainsi n'a-t-il pas exclu que Jean Ping soit convié à en faire partie. "Tout est possible", a-t-il dit.

Ali Bongo a rejeté en revanche l'idée d'une médiation internationale dans la crise politique. "Nous n'avons pas besoin d'une médiation internationale. Entre Gabonais, nous savons nous parler", a-t-il dit.

La Cour constitutionnelle avait accédé à la demande de Jean Ping de réexaminer les résultats de la présidentielle dans la province du Haut-Ogooué, où Ali Bongo a selon les résultats officiels obtenu 95% des suffrages et où le taux de participation s'est élevé à 99,9%.

DOUTES PERSISTANTS

Dans son avis, rendu vendredi soir, la cour a jugé irrecevables les feuilles d'émargement fournies comme preuves de la fraude présumée présentées par Jean Ping. La cour a annulé les résultats de 21 bureaux de vote à Libreville en raison d'irrégularités, accentuant la victoire d'Ali Bongo qui est déclaré élu avec 50,66% des voix contre 49,85% précédemment.

Les forces de sécurité se sont largement déployées samedi à Libreville, après la confirmation de la Cour constitutionnelle.

Six personnes avaient été tuées dans des émeutes après l'annonce par le ministère de l'Intérieur de la courte victoire du président sortant lors du scrutin du 27 août.

Des camions transportant des policiers et des soldats, dont certains vêtus d'équipements anti-émeutes, ont pris position aux principaux carrefours et intersections de Libreville dès samedi matin. Le circulation a été limitée dans la capitale gabonaise, nombre d'habitants ayant choisi de rester chez eux.

Dans un communiqué conjoint, la porte-parole de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, et le Commissaire à la Coopération internationale, Neven Mimica, ont estimé samedi que "la confiance du peuple gabonais concernant l'intégrité du processus électoral peut, légitimement, être mise en doute".

"Contrairement au protocole d'accord signé avec le gouvernement" gabonais, la mission d'observation "n'a eu qu'un accès très limité au processus de recours et de contentieux", ajoutent les représentants européens.

"En vue de futures élections, le besoin d'une réforme du système électoral s'impose, de façon à le rendre plus crédible", estime le communiqué.

Le ministre français des Affaires étrangères a indiqué que cette déclaration "reflétait la position de la France".

"La France constate que l'examen des recours n'a pas permis de lever tous les doutes", a estimé Jean-Marc Ayrault dans un communiqué.

"La France demande également à ceux qui continuent de contester les résultats de récuser l'action violente et de poursuivre leurs revendications selon des voies qui ne remettent pas en cause la paix et le bien-être du pays", a-t-il ajouté.

Le président tchadien Idriss Déby, président en exercice de l'Union africaine, a pris acte de la décision de la Cour constitutionnelle et appelé Ali Bongo à "créer les conditions nécessaires et propices à un dialogue politique".

Dans un communiqué diffusé samedi après-midi, le président de l'UA a invité également l'opposition "à plus de responsabilité et à privilégier le dialogue et la concertation".

(Avec Emmanuel Jarry et Mathieu Rosemain; Pierre Sérisier, Eric Faye et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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