Pas de répit dans la guerre d'usure sur la loi Travail

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LA GUERRE D'USURE SUR LA LOI TRAVAIL NE CONNAIT PAS DE RÉPIT
LA GUERRE D'USURE SUR LA LOI TRAVAIL NE CONNAIT PAS DE RÉPIT

PARIS (Reuters) - Opposants au projet de réforme du marché du travail et exécutif, engagés dans un bras de fer qui menace de bloquer la France au moment où elle s'apprête à accueillir l'Euro de football, ont chacun affiché vendredi leur détermination à ne rien céder.

"Je tiendrai bon parce que je pense que c'est une bonne réforme et nous devons aller jusqu'à son adoption", a déclaré François Hollande du Japon, où il participait au sommet du G7 au lendemain d'une huitième journée de manifestations qui ont mobilisé au total 154.000 à 300.000 personnes.

Les sept organisations hostiles au projet de loi Travail, CGT et Force ouvrière (FO) en tête, ont appelé à "amplifier la mobilisation" et fixé rendez-vous le 14 juin à Paris pour une manifestation nationale, quatre jours après le coup d'envoi de l'Euro au Stade de France.

D'ici là, elles entendent organiser une "votation citoyenne" sur le texte porté par la ministre du Travail, Myriam El Khomri, dans les entreprises, administrations et "lieux d'études".

Et elles ont demandé le 20 mai à François Hollande de les recevoir ensemble, courrier jusqu'ici sans réponse.

Sur le terrain, les blocages d'infrastructures comme les raffineries et les terminaux portuaires continuent, malgré l'intervention des forces de l'ordre et, selon le secrétariat d'Etat aux Transports, une amélioration de la situation des dépôts de carburants et des stations-service.

Les grévistes qui bloquaient le dépôt pétrolier de la SFDM (groupe Bolloré) à Donges (Loire-Atlantique) ont ainsi été délogés sans violence. Mais Total déclarait en fin de matinée que quatre de ses cinq raffineries, dont celle de Donges, étaient toujours arrêtées, tandis que celle de La Mède (Bouches-du-Rhône) ne fonctionnait qu'en débit réduit.

APPEL DE MAILLY

Les salariés CGT ont voté la reconduction de leur grève au terminal pétrolier de la CIM, au Havre (Seine-Maritime) jusqu'à lundi, a-t-on appris de source syndicale.

C'est par là que passent 40% des importations de brut de la France et les carburants destinés aux aéroports parisiens. Un porte-parole de Paris Aéroport a dit à Reuters que Roissy, Le Bourget et Orly n'avaient plus que pour une semaine de stocks.

Selon Laurent Langlard, porte-parole CGT du secteur énergie, les grévistes de trois terminaux méthaniers d'Engie ont aussi décidé de reconduire leur mouvement jusqu'à lundi.

Les dockers CGT ont lancé un appel à un arrêt de travail de 24 heures le 2 juin. Mais 38 pétroliers étaient déjà en attente à Fos-Lavera (Bouches-du-Rhône), selon une porte-parole des autorités portuaires, et 16 autres au Havre (Seine-Maritime).

Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, en a appelé au chef de l'Etat pour débloquer la situation : "Ne soyez pas rigide, regardez en face la situation", a-t-il déclaré sur BFM TV après voir critiqué l'intransigeance de Manuel Valls.

Mais après le Premier ministre, François Hollande a affiché à son tour sa fermeté et mis en garde les opposants à la loi El Khomri contre les conséquences économiques de leur mouvement.

"Peut-être que du Japon on n'a pas entendu la manifestation d'hier. Mais les salariés (...) sont déterminés", a réagi le numéro 1 de la CGT, Philippe Martinez.

Il s'exprimait en marge du procès de salariés d'Air France, essentiellement des militants cégétistes, poursuivis pour s'en être pris à des cadres de la compagnie le 5 octobre 2015.

Le renvoi à septembre de ce procès, dès son ouverture à Bobigny (Seine-Saint-Denis), est plutôt un signe d'apaisement, même si les raisons invoquées sont juridiques.

EN QUÊTE D'UNE ISSUE

En coulisses, le gouvernement et des parlementaires proches du pouvoir sont à la recherche d'une porte de sortie, quitte à donner au gré des déclarations une impression de flottement.

L'article 2 du projet de loi, le plus contesté parce qu'au coeur de la réforme, est au centre de ces réflexions.

Cet article réorganise le Code du travail et affirme la primauté des accords d'entreprises sur les conventions de branche ou nationales. La CGT et FO y voient une "inversion de la hiérarchie des normes" intolérable.

François Hollande et Manuel Valls refusent jusqu'ici toute remise en cause de la philosophie de cet article, soutenu par la CFDT et les autres syndicats réformistes, et paraissent miser sur un isolement de la CGT et un pourrissement du mouvement.

Jean-Claude Mailly estime qu'une sortie de crise est possible mais à condition que le gouvernement accepte de suspendre l'examen du projet de loi par le Parlement et de remettre tout le monde autour de la table des négociations.

"A la limite demain ils nous disent, 'allez, on se calme, on suspend les débats et on discute', on peut discuter de tout", a dit à BFM TV le dirigeant de FO. Mais il exige au minimum un retrait de l'article 2.

Philippe Martinez, qui réclame le retrait du projet de loi, a lui aussi interpellé le chef de l'Etat : "Si monsieur Hollande en rentrant du Japon dimanche ou lundi nous dit, 'ok j'ai compris le message, on arrête, on s'asseoit autour d'une table et on rediscute', ça s'arrêtera naturellement."

(Simon Carraud, Emmanuel Jarry et Bate Felix, avec Chine Labbé et Service France, édité par Sophie Louet)

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  • M4709037 il y a 8 mois

    Martinez/Mailly jouent leur crédibilité et leur survie et ont la pétoche de perdre leurs "acquis" sociaux et ... monétaires.

  • dotcom1 il y a 8 mois

    Une guerre d'usure fini dans l'essoufflement puis l'indifférence. Qui parle encore de Nuit Debout aujourd'hui?